Donald Trump a exempté la Russie de nouvelles sanctions économiques majeures prévues par le Graham Act, provoquant la colère immédiate de Volodymyr Zelensky qui dénonce une « récompense » et un « encouragement » pour Vladimir Poutine

 DAKAR, 18 OCTOBRE (JVFE)—Donald Trump a exempté la Russie de nouvelles sanctions économiques majeures prévues par le Graham Act, provoquant la colère immédiate de Volodymyr Zelensky qui dénonce une « récompense » et un « encouragement » pour Vladimir Poutine.

Par un décret publié le vendredi 16 octobre 2026, le président américain a invoqué « l’intérêt national des États-Unis » pour suspendre l’application de cette loi. Le texte, adopté le mois précédent par le Congrès, visait pourtant à frapper lourdement le secteur énergétique russe, la flotte fantôme de pétroliers et de hauts responsables du régime.

Donald Trump a porté un coup à un texte à la grande portée symbolique : le Graham Act, promulgué mi-septembre, qui constituait la première action majeure du Congrès contre Moscou depuis le retour du milliardaire américain au pouvoir.

« J’exempte l’application de telles sanctions, restrictions et droits de douane prévus dans le Graham Act », stipule un décret publié vendredi soir par la Maison-Blanche, invoquant « l’intérêt national des États-Unis ».

Moscou s’est rapidement félicité de cette mesure. « La suspension de la loi Graham […] est un moment important et véritablement historique », a déclaré Kirill Dmitriev, conseiller du Kremlin pour la coopération économique à l’international.

À Kyiv, M. Zelensky a lui jugé qu’une « mise en veille des sanctions américaines, un allègement de la pression sur l’agresseur, des récompenses financières pour Poutine – tout cela ne fait que l’encourager à continuer d’attaquer ».

Zelensky a déclaré que cette décision intervenait le jour même où la Russie a frappé 15 infrastructures électriques d’importance à travers l’Ukraine, lors de l’une des « plus vastes » attaques contre le réseau énergétique du pays.

Il a accusé Moscou de chercher à « provoquer une panne électrique générale en Ukraine » avant l’hiver et de priver des « millions » de personnes de courant et de chauffage.

La semaine dernière, Donald Trump avait annoncé un accord avec Vladimir Poutine consistant à lever des sanctions pour permettre aux États-Unis d’importer de grandes quantités de diesel russe.  

Selon M. Zelensky, cet accord n’était qu’une « première étape ».

Déjà bousculé par les récentes annonces du dirigeant républicain favorables à Moscou, le président ukrainien avait dit cette semaine se sentir « trahi » et s’est tourné vers ses alliés européens, leur réclamant 70 milliards de dollars supplémentaires pour faire face à l’invasion russe.

Le Graham Act vise en particulier le secteur de l’énergie russe, ainsi que Vladimir Poutine et d’autres hauts responsables russes.

Il donne aussi à Donald Trump le pouvoir d’imposer des droits de douane pouvant atteindre jusqu’à 100 % sur les cinq principaux pays importateurs de gaz et de pétrole russes parmi lesquels la Chine et l’Inde.

La loi porte le nom de son principal promoteur, le sénateur républicain Lindsey Graham, mort en juillet, farouche défenseur de l’Ukraine et pourfendeur de la Russie et de l’Iran.

Elle était soutenue avec force par Volodymyr Zelensky, qui avait salué lors de sa promulgation « un outil extrêmement puissant capable de mettre un terme à cette guerre ».

Lors d’une conférence de presse en ligne, M. Zelensky a aussi estimé samedi que la levée de sanctions américaines existantes contre Moscou allait « se poursuivre ».

« Je pense que c’est seulement le début et cette mesure concernant la loi Lindsey [Graham] n’est pas la fin de l’histoire », a dit M. Zelensky.

Mais les relations déjà difficiles entre les présidents américain et ukrainien sont depuis entrées dans une nouvelle crise.  

Cette semaine, Kyiv a déploré ne pas avoir été averti par ses alliés d’attaques russes imminentes et a fait part de l’apparition de restrictions importantes dans l’utilisation cruciale par l’armée ukrainienne des services satellitaires de l’entreprise américaine d’Elon Musk, SpaceX.

Soutien européen

L’Ukraine dépend du renseignement militaire occidental, et notamment américain, pour anticiper et contrer les attaques russes, d’autant plus crucial pour son armée qu’elle fait face à des pénuries de missiles intercepteurs.

Réunis vendredi à Bruxelles, les dirigeants de l’Union européenne ont assuré Volodymyr Zelensky de leur soutien, sans ignorer qu’ils devraient remettre la main au portefeuille l’an prochain, un sujet sensible politiquement dans plusieurs pays européens.

« La guerre coûtera 155 milliards d’euros l’année prochaine. Et nous avons besoin d’au moins 70 milliards d’euros de plus de votre part », a affirmé Volodymyr Zelensky.

Après quatre ans et demi d’invasion à grande échelle, l’Ukraine fait face à une intensification des bombardements russes, qui ont fait encore au moins un mort dans la nuit de vendredi à samedi à Kherson (Sud).

Résumé des réactions et des enjeux

En réponse, son armée a multiplié les frappes de longue portée, les autorités russes faisant encore état de dizaines de drones abattus alors qu’ils se dirigeaient vers Moscou.  

Donald Trump, confronté au mécontentement des Américains sur les prix de l’énergie à l’approche des élections de mi-mandat, ne cache cependant pas sa colère contre les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes, qui ont repris après plusieurs jours de pause.

Évitant toute critique directe, Volodymyr Zelensky a souligné à Bruxelles que son équipe était « en pourparlers » avec les négociateurs américains, évoquant une possible rencontre dans les prochains jours.

Acteur / PaysPosition officielleActions et arguments clés
États-Unis (Donald Trump)Exemption des sanctions• Invoque l’intérêt national.
• Cherche à freiner l’inflation domestique liée aux prix du pétrole avant les midterms.
Russie (Le Kremlin)Célébration d’une décision historique• Kirill Dmitriev évoque un « moment véritablement historique ».
• Salue la suspension de la loi Graham.
Ukraine (Volodymyr Zelensky)Dénonciation d’une trahison• Parle d’un « blackout des sanctions ».
• Relie ce décret aux frappes russes massives du jour même contre 15 infrastructures électriques ukrainiennes.
• Se tourne vers l’Europe pour réclamer une aide d’urgence de 70 milliards de dollars.
Union EuropéenneMaintien du soutien à Kiev• Réaffirmation du soutien à Bruxelles.
• Adoption d’un 18e paquet de sanctions européen contre Moscou.

Pourquoi Trump a-t-il gelé le Graham Act ?

La loi initiée par le défunt sénateur Lindsey Graham donnait à la Maison Blanche le pouvoir d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 100 % sur les principaux importateurs de pétrole russe (comme la Chine et l’Inde).

Selon les analystes économiques, l’application stricte de ces sanctions menaçait de faire exploser le prix du baril de pétrole à l’échelle mondiale. Face à une impopularité record liée au coût de la vie et à l’approche des élections de mi-mandat (midterms), Donald Trump a privilégié la stabilité économique américaine au détriment de l’arsenal législatif de pression sur Moscou. Cette décision intervient quelques jours seulement après un premier accord américano-russe décrié permettant la reprise des importations de diesel russe aux États-Unis.

Donald Trump a gelé le Graham Act principalement pour éviter un choc inflationniste majeur sur l’économie américaine à l’approche des élections de mi-mandat (midterms).

Le président américain a invoqué « l’intérêt de la sécurité nationale » pour justifier ce décret suspendant la loi votée par le Congrès en septembre 2026.

Les raisons économiques et politiques du gel

FacteurMécanisme et impact
Menace sur les prix du carburant• Le Graham Act prévoyait des taxes douanières allant jusqu’à 100 % pour les pays achetant du pétrole russe (comme la Chine et l’Inde).
• L’application de la loi risquait de retirer brutalement des millions de barils du marché mondial, faisant exploser les prix à la pompe aux États-Unis.
Élections des midterms• Face à une impopularité liée au coût de la vie, la Maison Blanche a voulu éviter une nouvelle hausse de l’inflation juste avant le scrutin.
Volonté de désescalade avec Moscou• Cette décision s’inscrit dans la continuité d’un accord américano-russe récent permettant déjà la reprise des importations de diesel russe aux États-Unis, privilégiant la stabilité économique globale au bras de fer géopolitique.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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