DAKAR, 19 OCTOBRE (JVFE)—En Albanie, de violents affrontements secouent la capitale Tirana et plusieurs autres villes du pays pour le sixième jour consécutif, marquant une escalade majeure d’un mouvement de contestation antigouvernementale et opposant les forces de l’ordre à des milliers de manifestants, principalement des étudiants et des lycéens.
Face à cette escalade de violence, le Premier ministre Edi Rama a accusé des « mains étrangères », notamment la Russie et l’Iran, d’instrumentaliser la colère sociale et de mener des campagnes de désinformation pour déstabiliser le pays et bloquer son adhésion à l’Union européenne.
Initialement déclenché il y a plusieurs mois par un projet de complexe touristique côtier lié à la famille de Donald Trump (porté par sa fille Ivanka et son gendre Jared Kushner), le mouvement s’est transformé en une colère plus large dénonçant la corruption, les conditions d’enseignement, la hausse des frais universitaires et le manque de perspectives d’avenir.
En cinq jours d’émeutes consécutives, le bilan fait état d’au moins 272 blessés (dont 169 policiers, 82 manifestants et 21 passants) ainsi que de plus de 167 arrestations et 388 personnes faisant l’objet de poursuites pénales.
Edi Rama a explicitement pointé du doigt la Russie et l’Iran comme étant au cœur d’une stratégie de désinformation visant à attiser les violences.
L’Union européenne, que l’Albanie espère rejoindre d’ici 2030, s’est déclarée profondément préoccupée. Elle a fermement condamné les destructions tout en réclamant une enquête sur l’usage excessif de la force par la police.
Une jeunesse en rupture avec la classe politique
Les manifestants crient leur colère en scandant « Rama démission ! » face à un Premier ministre au pouvoir depuis 13 ans. Dans les rues, la violence a franchi un cap : des bâtiments gouvernementaux, dont l’entrée du ministère des Finances et le ministère de l’Éducation, ont été pris d’assaut ou incendiés à l’aide de cocktails Molotov.
Fait notable, la jeunesse albanaise rejette massivement l’ingérence des partis politiques traditionnels d’opposition. Les étudiants qualifient ironiquement le ministère de l’Éducation de « ministère de l’Émigration », en référence aux quelque 50 000 jeunes qui fuient le pays chaque année à la recherche d’une vie meilleure.
| Usage par les manifestants de jets de pierres, cocktails Molotov et lance-pierres. La police réplique avec des gaz lacrymogènes, des canons à eau et, pour la première fois, un usage limité de balles en caoutchouc. |
| Incendies et dégradations ciblant des bâtiments officiels (ministère de l’Éducation, Cour suprême, Banque d’Albanie), des banques et des commerces. |
Les protestations, initialement nées il y a quatre mois de l’opposition à des projets immobiliers de luxe controversés sur le littoral (notamment menés par Ivanka Trump et Jared Kushner dans des zones protégées), ont muté en une contestation étudiante et populaire massive. Les manifestants dénoncent :
- La corruption endémique et l’arrogance du pouvoir.
- La hausse du coût de la vie et la défaillance du système de santé.
- Les conditions d’études précaires, le manque de professeurs et les frais d’inscription universitaires trop élevés.
Réactions politiques et internationales
Au pouvoir depuis 13 ans, il refuse catégoriquement de démissionner. Il condamne le “chaos” et accuse des “mains étrangères” d’attiser les tensions pour bloquer l’adhésion du pays à l’Union européenne
Menée par Sali Berisha, elle soutient les appels au départ du Premier ministre, bien que l’ampleur et l’autonomie du mouvement étudiant dépassent les clivages partisans traditionnels.
Condamne fermement les violences et les destructions tout en exigeant que la réponse policière reste proportionnée. Elle appelle à l’ouverture d’un dialogue pacifique
L’ambassade des États-Unis et le gouvernement britannique ont appelé au calme et exhortent les voyageurs à éviter impérativement les rassemblements et le centre de Tirana.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
