DAKAR, 19 OCTOBRE (JVFE)—Le projet de fourniture de compteurs électriques liant la Senelec à la société sénégalo-chinoise Amco SA et au groupe Hexing suscite de vives critiques en raison de son coût estimé à 7,3 milliards de FCFA et des conditions de passation du contrat de quinze ans. Face aux accusations de scandale financier et de favoritisme relayées par plusieurs médias, l’ancien directeur général de la Senelec, Papa Mademba Bitèye, a annoncé par le biais de son conseil une plainte en diffamation.
Hexing (Hexing Afrique) :une multinationale chinoise cotée en bourse, spécialisée dans les compteurs intelligents et les solutions d’énergie solaire, implantée au Sénégal depuis 2013.
Amco SA : l’entité locale de droit sénégalais structurée pour gérer l’assemblage et la distribution de ces infrastructures de comptage pour le marché national.
L’accord se structure autour d’engagements financiers fixes et de volumes obligatoires particulièrement contraignants pour le partenaire public.
Les spécificités contractuelles
| Paramètre clé | Clause spécifique du contrat |
| Durée ferme | 15 ans à compter de la date de signature (30 décembre 2024). |
| Volume annuel garanti | La Senelec a l’obligation de commander 300 000 compteurs par an, soit un total de 4,5 millions d’unités sur la durée totale. |
| Contrainte de marché | L’achat du volume annuel est garanti et obligatoire, peu importent les besoins réels ou l’évolution des circonstances pour la Senelec. |
| Prix unitaire fixé | 29 046 FCFA pour le modèle monophasé (HXE130). 49 525 FCFA pour le modèle triphasé (HXE330). |
| Valorisation minimale | Une base de 138 milliards de FCFA. Le contrat prévoit une clause d’indexation pouvant pousser le montant jusqu’à 207 milliards de FCFA en cas de hausse des prix (+50%). |
| Structure de l’actionnariat | La Senelec détient 49 % des parts d’Amco SA, tandis qu’Hexing et ses partenaires détiennent la majorité. Les critiques soulignent qu’Hexing capte 81 % de la valeur économique réelle. |
La clause de blocage industriel (Le conflit avec Akilee)
Une autre spécificité majeure est l’impact de ce volume garanti de 300 000 compteurs par an. Selon les syndicats et les associations de consommateurs comme SOS Consommateurs, ce volume couvre l’intégralité des besoins annuels du Sénégal.
Cette clause bloque techniquement toute tentative de réactivation du contrat concurrent avec la startup sénégalaise Akilee (qui prévoyait l’installation de millions de compteurs intelligents) car cela créerait immédiatement un doublon d’approvisionnement inutile et impossible à absorber pour le réseau.
L’état actuel des investigations de l’État sur le contrat Hexing / Amco SA reflète une phase de transition institutionnelle forte au Sénégal.
Si les révélations de presse ont éclaté en octobre 2026, l’appareil de contrôle étatique s’active à plusieurs niveaux pour démêler ce montage financier.
L’état d’avancement des audits et des procédures d’enquête se structure ainsi :
1. Le niveau de régulation administrative : L’ARCOP
L’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) a été le premier organe de l’État à bloquer officiellement les dérives sur les marchés de compteurs intelligents de la Senelec.
- Ce qui a été établi : Le Comité de règlement des différends (CRD) de l’ARCOP a déjà annulé de précédentes procédures d’attribution impliquant Hexing en raison de conflits d’intérêts manifestes et de ruptures d’égalité de traitement.
- L’infraction ciblée : L’ARCOP a formellement pointé du doigt le fait que le marché liant la Senelec à Amco SA (Hexing) ait été signé par entente directe, en contournant de façon illégale l’approbation obligatoire de la Direction centrale des marchés publics (DCMP).
2. Le volet lutte contre la corruption : L’OFNAC
L’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) a été saisi par des collectifs de cadres et de syndicalistes de la Senelec
- Le précédent Akilee comme jurisprudence interne : L’OFNAC a récemment bouclé son rapport définitif sur l’ancien contrat Akilee, concluant à de graves infractions pénales (escroquerie sur les deniers publics, détournement et fraude fiscale).
- L’enquête sur les 81 % : Fort de ces conclusions, le département des investigations de l’OFNAC utilise la même méthodologie pour examiner le montage d’Amco SA. Les enquêteurs financiers de l’Office se concentrent sur le délit de favoritisme et cherchent à déterminer si l’asymétrie de la valeur (les 81 % retournant en Chine) constitue un détournement de deniers publics par artifice technique.
3. Les corps de contrôle supérieurs : L’IGE et la Cour des comptes
L’Inspection générale d’État (IGE) et la Cour des comptes opèrent sous le sceau du secret d’État, mais leurs missions ont été directement impactées par la politique de reddition des comptes prônée par les nouvelles autorités sénégalaises.
- Audit des “dernières semaines” : L’IGE a été instruite pour passer au peigne fin tous les engagements financiers majeurs signés lors de la transition politique de fin 2024 / début 2025. Le fait que ce contrat de 15 ans ait été paraphé le 30 décembre 2024 place réglementairement Amco SA en tête de liste des dossiers à auditer d’urgence.
Résumé de la situation des enquêtes
| Organe de Contrôle | Statut de l’Action | Cible Principale de l’Enquête |
| ARCOP (Régulateur) | Décisions de suspension émises. | Non-respect du Code des marchés publics et absence d’appel d’offres. |
| OFNAC (Anti-corruption) | Auditions et enquêtes en cours. | Soupçons de favoritisme et surfacturation de l’usine d’assemblage (7,3 milliards). |
| IGE / Cour des Comptes | Audits documentaires activés. | Examen des clauses léonines (pénalités de 30 %) et fuite de capitaux (flux des 81 %). |
| Justice pénale | Plainte pour diffamation déposée. | Contre-attaque de l’ancien DG contre le journal Point Actu pour bloquer les accusations. |
L’état actuel montre un effet de cisaillement : d’un côté, les organes de contrôle de l’État (ARCOP, OFNAC) accumulent les preuves de déséquilibre contractuel ; de l’autre, l’ancienne direction tente d’obtenir l’arbitrage des tribunaux pour diffamation afin de contester les chiffres publiés par la presse d’investigation.
L’ancien directeur général de la société nationale d’électricité, Papa Mademba Bitèye, entend saisir la justice contre le journal.
Son avocat, Me El Hadji Diouf, qui a contacté Seneweb, annonce une plainte pour diffamation et diffusion de fausses nouvelles
Dans un article publié par Point Actu concernant un contrat impliquant la Senelec et la société Hexing, ce lundi 19 octobre 2026, le journal a intitulé : « Scandale à la Senelec : Papa Mademba Bitèye et Hexing s’offrent Senelec avec AMCO ».
L’article a mis en exergue plusieurs accusations relatives à un contrat conclu avec la société Hexing, notamment sur la répartition de la valeur créée, le montant des commandes et les investissements consentis pour la mise en place d’une ligne d’assemblage.
Le journal a relaté des commandes évaluées à 138 milliards de FCFA sur quinze ans et des investissements de 7,3 milliards de FCFA.
Face à ces accusations, l’ancien patron de la Senelec entend ester en justice pour laver son honneur.
Son avocat, Me El Hadji Diouf a annoncé une plainte pour diffamation et diffusion de fausses nouvelles
« Avec toutes les contrevérités déversées, Papa Mademba Bitèye va porter plainte contre le journal et contre tous ceux qui l’ont manipulé dans cette entreprise visant à salir l’ancien DG », a annoncé Me El Hadji Diouf, qui prévoit également de tenir une conférence de presse dans les prochaines heures.
Pour rappel ,le contrat liant la Senelec à la société Hexing (via la coentreprise Amco SA) suscite une vive polémique au Sénégal. Signé initialement le 30 décembre 2024 sous la direction de l’ancien Directeur Général de la Senelec, Papa Mademba Bitèye, ce marché est qualifié de scandale par plusieurs publications locales en octobre 2026.
Voici les détails structurels et financiers de ce contrat d’approvisionnement :
| Attribut du Contrat | Détails et Spécifications |
| Parties contractantes | Senelec et la société sénégalo-chinoise Amco SA (considérée comme une entité écran ou un véhicule pour Hexing). |
| Objet du marché | Fourniture, déploiement et assemblage de 4,5 millions de compteurs intelligents. |
| Durée du contrat | 15 ans. |
| Valeur minimale | 138 milliards de FCFA au prix de base (sans indexation). |
| Plafond estimé | Jusqu’à 200 à 207 milliards de FCFA en fonction de la hausse des prix et de l’indexation tarifaire. |
| Volume annuel requis | Achat obligatoire de 300 000 compteurs par an par la Senelec. |
| Pénalités | 30 % de pénalité à la charge de la Senelec en cas de sous-achat. |
| Investissement industriel | 7,3 milliards de FCFA pour installer une ligne d’assemblage locale. |
Les principaux points de friction
- Absence d’appel d’offres : Le marché a été négocié par entente directe, sans mise en concurrence publique ni approbation préalable de la Direction centrale des marchés publics (DCMP).
- Répartition de la valeur : Les critiques rapportent que la multinationale Hexing capterait près de 81 % de la valeur générée, laissant Amco SA comme simple intermédiaire local.
- Suites judiciaires : Face à ces accusations de favoritisme relayées par la presse (notamment par le journal Point Actu), l’ancien DG Papa Mademba Bitèye a annoncé en octobre 2026 le dépôt d’une plainte pour diffamation et diffusion de fausses nouvelles par l’intermédiaire de son avocat
Le parallèle entre le contrat Hexing (via Amco SA) et le dossier Akilee est au cœur des critiques portées par la presse, les syndicats et les associations de consommateurs au Sénégal. Bien que l’ancienne direction de la Senelec ait rompu avec Akilee en dénonçant un contrat abusif, le nouveau montage avec Hexing reproduit, selon les observateurs, des mécanismes similaires, voire amplifiés.
Le tableau comparatif ci-dessous met en lumière les similitudes et les différences structurelles majeures entre les deux dossiers :
| Caractéristiques | Le Dossier Akilee (Signé en 2019) | Le Dossier Hexing / Amco (Signé en 2024) |
| Durée de l’engagement | 10 ans. | 15 ans (encore plus contraignant). |
| Volume de compteurs | 2,7 millions de compteurs intelligents. | 4,5 millions de compteurs intelligents. |
| Montant estimé | Environ 187 milliards de FCFA. | Entre 138 et 207 milliards de FCFA. |
| Mode de passation | Sans appel d’offres ouvert (négociations directes). | Entente directe, sans approbation de la DCMP. |
| Rôle de l’intermédiaire | Start-up locale accusée de n’être qu’un intermédiaire commercial. | Coentreprise (Amco SA) qualifiée de “société écran” captant peu de valeur locale. |
| Marque du matériel | Ironiquement, Akilee devait fournir des compteurs de marque… Hexing. | Fourniture en direct par le fabricant chinois Hexing. |
Les 3 grands points de convergence
- 1. Le contournement du Code des marchés publics
Dans les deux cas, la Senelec est accusée d’avoir octroyé un marché de dimension stratégique par entente directe, privant l’État d’une mise en concurrence transparente qui aurait pu faire baisser les prix. Les rapports de l’OFNAC et de l’ARMP avaient d’ailleurs épinglé le contrat Akilee pour violation des textes de passation.
- 2. Des clauses jugées « léonines » et un marché captif
Les critiques reprochent aux deux contrats d’enfermer la Senelec sur une très longue période avec des prix fixes ou indexés, sans clauses de révision flexibles. Avec Hexing, l’obligation d’acheter 300 000 compteurs par an sous peine d’une pénalité de 30 %
crée un marché totalement captif au profit du constructeur.
- 3. L’externalisation d’une mission régalienne
Pour les associations comme SOS Consommateurs, confier la gestion exclusive, le déploiement et les données du parc de comptage à des structures tierces (qu’elles soient des start-ups locales ou des multinationales étrangères) revient à « vider la Senelec de sa substance » et de ses missions stratégiques de souveraineté énergétique.
- Le conflit d’octobre 2026 : Le risque du “double approvisionnement”
Le parallèle est devenu d’autant plus brûlant qu’en octobre 2026, un projet de nouveau contrat décennal avec Akilee a refait surface au sein du Conseil d’administration de la Senelec pour régler le vieux litige.
Selon les experts et les syndicats, cela pose une incohérence industrielle majeure : le contrat Hexing/Amco garantit déjà l’achat de 300 000 compteurs par an (soit le besoin annuel strict de la Senelec). Valider en parallèle le retour d’Akilee forcerait la Senelec à doubler artificiellement ses approvisionnements de compteurs, créant un doublon financier injustifiable.
La plainte pour diffamation et diffusion de fausses nouvelles a été officiellement annoncée le 19 octobre 2026 par Me El Hadji Diouf, l’avocat de l’ancien Directeur Général de la Senelec, Papa Mademba Bitèye. Elle vise directement le journal sénégalais Point Actu ainsi que les initiateurs présumés des révélations
Les détails de cette contre-attaque judiciaire s’articulent autour des éléments suivants :
| Composante de la plainte | Détails et Justifications de la Défense |
| Cible principale | Le journal d’investigation Point Actu, auteur de l’édition du lundi 19 octobre 2026. |
| Cibles secondaires | L’ensemble des personnes accusées par la défense d’avoir « manipulé » le journal pour « salir » la réputation de l’ancien DG. |
| Motifs juridiques | Diffamation et diffusion de fausses nouvelles. |
| Élément déclencheur | La publication de l’article intitulé : « Scandale à la Senelec : Papa Mademba Bitèye et Hexing s’offrent Senelec avec AMCO ». |
| Prochaine étape | L’organisation d’une conférence de presse par Me El Hadji Diouf pour exposer publiquement sa ligne de défense. |
La ligne de défense de Papa Mademba Bitèye
L’ancien patron de la Senelec conteste fermement la présentation qui a été faite du contrat de fourniture de compteurs intelligents.
Son avocat qualifie les révélations sur le contrat de « tissu de mensonges ». La défense affirme que les chiffres avancés (138 milliards de FCFA sur 15 ans et l’investissement de 7,3 milliards pour la ligne d’assemblage) ont été sortis de leur contexte pour créer un scandale artificiel.
L’article de Point Actu accusait l’ancien DG d’avoir validé ce montage de circonstance en fin de mandat, en pleine période d’alternance politique. Papa Mademba Bitèye récuse tout agenda caché ou précipitation suspecte, défendant la régularité et la pertinence industrielle du projet au moment où il a été paraphé.
Selon les déclarations de son conseil, cette action en justice vise avant tout à laver son honneur face à ce qu’il décrit comme une campagne de dénigrement coordonnée par des détracteurs internes ou externes à la Senelec.
La gamme de compteurs intelligents Hexing (notamment déployée via les séries phares HXE et HXF) repose sur l’architecture standard des réseaux électriques intelligents (AMI – Advanced Metering Infrastructure).
Voici les spécifications et caractéristiques techniques de ces équipements :
| Composante Technique | Spécifications Générales (Séries HXE / HXF) |
| Protocoles de communication | Entièrement compatibles avec les standards internationaux DLMS / COSEM et les normes de prépaiement STS (Standard Transfer Specification). |
| Modules de transmission | Conception modulaire de type Plug-and-Play à chaud. Supporte les réseaux cellulaires (GPRS / 3G / 4G), les courants porteurs en ligne (PLC) et les radiofréquences (RF). |
| Types de réseau | Disponibles en versions Monophasée (résidentiel classique, ex: HXE110, HXE130) et Triphasée (petites industries et gros consommateurs, ex: HXE330, HXF300). |
| Métrologie et Précision | Classe 1 pour l’énergie active et Classe 2 pour l’énergie réactive, assurant une mesure bidirectionnelle (consommation et injection solaire possible). |
| Étanchéité et Protection | Boîtier certifié IP54 au minimum (résistant à la poussière et aux projections d’eau). |
Les fonctionnalités clés du système
1. Le contrôle de charge et coupure à distance
Les compteurs intègrent un relais de déconnexion interne (commutateur magnétique). Cette fonctionnalité permet à l’opérateur (la Senelec) d’effectuer à distance des opérations de limitation de puissance, de coupure ou de rétablissement de la ligne sans déplacer de technicien.
2. L’architecture “Split” (Clavier déporté)
Pour le prépaiement, beaucoup de ces modèles (comme le HXE330) utilisent une configuration Split :
- Le compteur principal est placé en hauteur sur les poteaux ou dans des armoires sécurisées pour éviter la fraude.
- L’unité d’interface client (CIU), munie d’un clavier et d’un écran LCD, est installée à l’intérieur du domicile. Elle communique avec le compteur via le réseau électrique (PLC) ou par câble (M-Bus) pour permettre la recharge des codes (recharges “Woyofal”).
3. Sécurité avancée et Anti-fraude
Les compteurs Hexing disposent de capteurs dédiés à la détection des fraudes (anti-tamper). Ils enregistrent automatiquement un événement horodaté dans leur mémoire interne (et alertent le système central) dans les cas suivants :
- Ouverture du capot ou du couvre-bornes.
- Présence d’un champ magnétique externe (tentative de perturbation du comptage).
- Inversion de phase ou dérivation du neutre (bypass).
4. Suivi de la qualité de l’énergie
Au-delà du simple calcul des kWh, ils mesurent en temps réel les paramètres du réseau : les variations de tension, l’intensité du courant, la fréquence et le facteur de puissance. Cela permet à la Senelec de monitorer la stabilité de ses lignes et d’identifier rapidement les pannes sectorielles.
Le volet industriel du contrat entre la Senelec et la société sénégalo-chinoise Amco SA (véhicule d’Hexing) prévoit la création d’une usine d’assemblage de compteurs intelligents au Sénégal.
Ce projet, d’un coût annoncé de 7,3 milliards de FCFA, se retrouve au centre des critiques formulées par la presse d’investigation locale (notamment le journal Point Actu) en octobre 2026.
Les spécifications économiques et industrielles de cette unité de production locale s’articulent ainsi :
| Caractéristique de l’usine | Détails et Spécifications Opérationnelles |
| Investissement total | 7,3 milliards de FCFA entièrement mobilisés dans le cadre de la création d’Amco SA. |
| Objectif industriel | Assurer le montage, le calibrage et l’assemblage local d’une partie des 4,5 millions de compteurs prévus par le contrat d’approvisionnement. |
| Capacité cible minimale | Dimensionnée pour soutenir la livraison obligatoire de 300 000 compteurs par an exigée par la Senelec. |
| Actionnariat & Partenariat | Porté par Amco SA, entité au sein de laquelle la Senelec détient une participation, le fabricant chinois Hexing fournissant les kits de pièces détachées (CKD). |
Les principaux points de controverse
1. Un coût jugé disproportionné (Le comparatif marocain)
C’est le principal argument technique soulevé par les détracteurs du projet. Selon les documents d’enquête relayés par la presse, une ligne d’assemblage strictement comparable implantée au Maroc par le même groupe Hexing, mais en partenariat avec un opérateur privé local, a coûté environ 700 millions de FCFA. L’écart massif — l’usine sénégalaise étant facturée près de 10 fois plus cher pour un objectif technique similaire — alimente les soupçons de surfacturation et pousse les syndicats à réclamer des comptes aux corps de contrôle de l’État.
2. Un transfert de technologie limité à de l’assemblage basique
Le projet est qualifié par ses critiques de « simple ligne d’assemblage à prix d’or ». Les observateurs soulignent que l’infrastructure ne prévoit pas de fabrication réelle de composants électroniques ou de puces sur le sol sénégalais. L’usine se contentera de réceptionner des kits de pièces détachées pré-fabriquées en Chine pour réaliser les étapes finales d’assemblage physique et de test (boîtiers, visserie, connexions basiques), limitant le réel transfert technologique à forte valeur ajoutée.
3. Une captation de la valeur à l’étranger
L’analyse financière du montage indique que la multinationale Hexing capterait près de 81 % de la valeur globale générée par le marché des compteurs. L’usine locale de 7,3 milliards de FCFA, bien que présentée comme un outil de promotion du “Made in Senegal”, servirait selon les critiques de justification politique pour légitimer un marché captif de 15 ans au profit du constructeur chinois, sans que l’économie locale n’en retire les bénéfices industriels majeurs attendus d’un tel investissement.
L’analyse de la structure de l’actionnariat d’Amco SA révèle un modèle de coentreprise (joint-venture) public-privé, conçu pour porter le projet d’usine d’assemblage de compteurs au Sénégal.
Répartition du capital social et part de la Senelec
| Actionnaire | Part du Capital Détenue | Rôle et Statut dans le Projet |
| Le Constructeur Chinois Hexing | 51 % | Actionnaire majoritaire. Il fournit la technologie, les licences et les composants électroniques en kits (CKD). |
| La Senelec (Société Nationale d’Électricité) | 49 % | Actionnaire minoritaire exact. Partenaire public fournissant le marché captif et participant à la gouvernance locale. |
Analyse de la structure et points clés
1. Une minorité de blocage pour l’État, mais un contrôle opérationnel privé
En détenant 49 % des parts, la Senelec dispose d’une minorité de blocage sur les décisions statutaires majeures au sein du Conseil d’administration d’Amco SA. Toutefois, le contrôle opérationnel, la direction technique et la majorité absolue (51 %) restent entre les mains d’Hexing.
2. La Senelec comme « client unique » et associé
Cette structure crée une situation d’ambiguïté décriée par la presse économique. La Senelec n’est pas seulement co-propriétaire de l’usine à hauteur de 49 %, elle en est aussi le client unique et obligatoire à travers son engagement d’achat de 4,5 millions de compteurs sur 15 ans. Les syndicats soulignent que la Senelec s’impose des pénalités financières à elle-même (30 % en cas de sous-achat) au profit d’une structure qu’elle ne contrôle pas majoritairement.
3. Le mécanisme d’asymétrie de la valeur
Bien que le capital social soit réparti à un niveau presque paritaire (51/49), les enquêtes de la presse d’investigation d’octobre 2026 (notamment Point Actu) indiquent qu’Hexing capte en réalité 81 % de la valeur globale du marché. Cet écart s’explique par le fait que la valeur réside dans la propriété intellectuelle, le logiciel de gestion de données (MDMS) et les puces importées de Chine, tandis qu’Amco SA ne facture localement que la faible valeur ajoutée liée à l’assemblage physique des boîtiers.
Le mécanisme de répartition financière et l’évolution de la stratégie d’actionnariat de la Senelec expliquent pourquoi le contrat avec Hexing suscite tant de débats.
1. Le mécanisme de captation des 81 % de la valeur par Hexing
L’apparente contradiction entre un actionnariat presque paritaire (51% / 49%) et une captation réelle de 81 % de la valeur par le partenaire chinois repose sur la dissociation entre la propriété de l’usine locale et la chaîne de valeur technologique.
Le transfert des flux financiers s’opère par trois mécanismes principaux :
| Vecteur de transfert | Description du mécanisme financier | Impact sur la valeur locale |
| Achat des kits CKD (Completely Knocked Down) | Amco SA achète les composants électroniques indispensables (microprocesseurs, modules de communication, capteurs de fraude) directement aux usines d’Hexing en Chine. | Marge maximale captée en Chine avant même l’assemblage au Sénégal. |
| Licences logicielles & MDMS | Le système central de gestion des données de comptage (Meter Data Management System) reste la propriété intellectuelle exclusive d’Hexing. La Senelec ou Amco SA paie des redevances d’exploitation. | Flux financier récurrent non soumis au partage des dividendes d’Amco SA. |
| Brevets et assistance technique | Facturation de frais d’ingénierie, de support technique et de maintenance des infrastructures par la maison mère chinoise à la coentreprise locale. | Réduit artificiellement le bénéfice net d’Amco SA, limitant les dividendes de la Senelec. |
En somme, Amco SA ne conserve localement que la valeur de la main-d’œuvre et de l’assemblage plastique, tandis que toute l’intelligence technologique facturée à la Senelec retourne vers la Chine.
2. Comparatif de l’actionnariat : Amco SA vs Akilee
Le passage de 34 % de parts dans Akilee à 49 % dans Amco SA a été présenté par l’ancienne direction de la Senelec comme un gain de souveraineté. Pourtant, les analystes y voient un piège structurel similaire.
| Critères d’analyse | Le Modèle Akilee (2019) | Le Modèle Amco SA / Hexing (2024) |
| Part de la Senelec | 34 % (Minorité de blocage standard). | 49 % (Minorité de blocage renforcée). |
| Part du partenaire | 66 % (Détenus par la start-up sénégalaise Akilee). | 51 % (Détenus par la multinationale chinoise Hexing). |
| Nationalité du savoir-faire | Sénégalaise (Ingénieurs locaux formés à l’ESP de Dakar). | Chinoise (Dépendance technologique totale vis-à-vis de Hangzhou). |
| Nature du risque financier | Risque d’intermédiation commerciale locale surévaluée. | Risque de fuite massive de capitaux à l’étranger (flux Sud-Nord). |
| Contrôle de la donnée | Stockée et gérée par une entité privée nationale. | Soumise aux protocoles et serveurs d’un constructeur étranger. |
L’ironie du changement de doctrine
En 2020, la Senelec avait combattu Akilee en affirmant qu’il était inacceptable qu’une structure où elle ne possédait que 34 % des parts contrôle le cœur de son réseau (le comptage).
En signant avec Amco SA à hauteur de 49 %, la direction pensait corriger cette anomalie. Cependant, en abandonnant une start-up locale (Akilee) au profit d’un géant étatique chinois (Hexing) qui conserve la majorité absolue (51 %), la Senelec a troqué un débat de gouvernance locale contre une perte de souveraineté technologique internationale, tout en s’aliénant une part identique du contrôle opérationnel.
JVFE vous donne les analyses détaillées concernant l’impact sur le prix de l’électricité pour les abonnés et les dessous du conflit parallèle majeur avec la structure Akilee.
1. L’impact potentiel sur le prix de l’électricité pour les usagers
Le contrat signé avec Amco SA fait peser des incertitudes financières à long terme, qui pourraient se répercuter directement sur les consommateurs sénégalais :
| Facteur de risque | Mécanisme d’impact sur le tarif |
| La clause de révision des prix | Le contrat initial fixe les compteurs à 29 046 FCFA (monophasé) et 49 525 FCFA (triphasé). Cependant, une clause permet une révision périodique des tarifs d’achat. Selon les projections de la presse économique, cela pourrait faire doubler le coût unitaire des compteurs au fil des ans. |
| Le gonflement de la dette Senelec | En raison de l’indexation et des variations de prix, l’enveloppe globale de 138 milliards FCFA pourrait franchir la barre des 200 milliards FCFA. Pour amortir ces investissements massifs imposés, la Senelec pourrait être poussée à ajuster le coût du kilowatt-heure (kWh) ou à augmenter les frais d’accès/abonnement imposés au client final. |
| L’obligation d’achat (Marché captif) | La Senelec est contrainte d’acheter 300 000 compteurs par an, même si ses besoins réels s’avèrent inférieurs. Ce stock forcé représente une charge financière improductive que l’entreprise publique devra répercuter dans ses coûts d’exploitation globaux. |
2. Les détails du conflit parallèle avec Akilee
Le dossier Akilee est un feuilleton industriel et judiciaire qui dure depuis plusieurs années et qui vient de connaître un rebondissement majeur.
L’origine de la crise (2019 – 2024)
En 2019, la Senelec signe un contrat de 10 ans d’une valeur de 187 milliards FCFA avec Akilee, une startup technologique locale (dont la Senelec détient pourtant 34 % des parts) pour installer des compteurs intelligents.
Peu après, un changement de direction à la Senelec bloque ce contrat, l’accusant de violer le code des marchés publics. L’argument technique de l’époque était qu’Akilee se comportait en intermédiaire informatique coûteux en achetant la technologie à la marque chinoise Hexing avant de la revendre à prix d’or à la Senelec. Pour contourner Akilee, l’ancienne direction de la Senelec décide de traiter directement avec le géant chinois en co-créant l’usine d’assemblage locale Amco SA (Senelec y détenant 49 %).
Le grand télescopage actuel
Le conflit revient au centre des débats car le Conseil d’administration de la Senelec a récemment envisagé la signature d’un protocole transactionnel ou d’un nouveau contrat pour réactiver le partenariat avec Akilee.
C’est cette perspective qui provoque une levée de boucliers au Sénégal :
- Incohérence et doublon industriel : Des organisations comme SOS Consommateurs et les syndicats internes (comme la Convergence Syndicale) pointent une aberration technique. Le contrat Amco garantit déjà la livraison de 300 000 compteurs par an, ce qui couvre l’intégralité des besoins d’extension et de remplacement du réseau sénégalais.
- L’absurdité économique : Si la Senelec valide le retour d’Akilee, elle se retrouvera engagée dans deux contrats d’exclusivité simultanés pour le même produit. Le pays se retrouverait à acheter le double du volume de compteurs nécessaires, gaspillant des dizaines de milliards de FCFA.
- Menaces de plaintes : Le président de SOS Consommateurs, Me Massokhna Kane, a annoncé le dépôt d’une plainte officielle et la saisine de la commission énergie de l’Assemblée nationale si la Senelec venait à signer un nouvel accord avec Akilee, estimant que cela viderait la Senelec de sa substance au profit d’intérêts privés.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
