DAKAR, 26 OCTOBRE (JVFE)—La masse monétaire (agrégat M2) de l’UEMOA connaît une forte expansion, portée par la progression des actifs extérieurs nets et des créances intérieures.
Dernières données et tendances de la masse monétaire
La masse monétaire dans l’Union a bondi de plus de 10 300 milliards de FCFA sur un an, soutenue par une accélération des créances intérieures en hausse de 6,7 % (à 65 739,3 milliards de FCFA).
Selon le Rapport sur la Politique Monétaire de la BCEAO, la situation monétaire est marquée par une progression de la masse monétaire de +20,9 % en glissement annuel (après +18,1 % au trimestre précédent), atteignant une hausse de 11 421,1 milliards de FCFA.
- Origine de la croissance :
- Actifs extérieurs nets : En forte hausse (autour de +115 % à +127 % selon les mois de l’année 2026), favorisée par l’amélioration du solde global des échanges extérieurs.
- Créances intérieures : En hausse de 4,8 % à 6,7 % selon les périodes, stimulées à la fois par les créances nettes sur les administrations centrales et le crédit à l’économie.
- Financement de l’économie : Les créances sur l’économie progressent d’environ 5 % à 7,3 % sur un an. On observe toutefois une dynamique contrastée : si les entreprises non financières voient leurs crédits accélérer (autour de +9 %), le rythme des crédits bancaires globaux au secteur privé et les prêts aux ménages connaissent un ralentissement.
L’inflation dans l’UEMOA connaît une trajectoire de remontée progressive en 2026, après une année 2025 marquée par une stabilité exceptionnelle et un taux d’inflation annuel nul (0,0 %). Malgré cette accélération, la dynamique reste contenue dans la zone cible [1% – 3%] fixée par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
Évolution trimestrielle et mensuelle de l’inflation en 2026
L’évolution des prix montre un net point d’inflexion au cours de l’année :
| Période / Date | Taux d’inflation (Glissement annuel) | Situation globale |
| Premier trimestre 2026 | -0.2 % | Prolongation de la phase de baisse des prix de fin 2025. |
| Deuxième trimestre 2026 | +0.4 % | Début de la trajectoire ascendante de l’indice des prix. |
| Juillet 2026 | +1.2 % | Accélération franchissant à nouveau la barre des 1 %. |
| Août 2026 | +1.7 % | Niveau le plus élevé enregistré depuis le début de l’année. |
Facteurs explicatifs de la hausse
Cette reprise de l’inflation est principalement alimentée par deux grands leviers :
- La composante Énergie et Transports : Le relèvement des prix à la pompe des produits pétroliers dans plusieurs pays de l’Union (Bénin, Côte d’Ivoire, Mali, Togo, Guinée-Bissau) a renchéri les coûts de transport et de logement.
- La composante Alimentaire : Après plusieurs mois de baisse, les prix de certains produits frais (viande, poisson, légumes) se sont redressés à partir du milieu de l’année.
Perspectives et risques pour la fin d’année 2026
Selon les dernières analyses du Comité de Politique Monétaire (CPM) de la BCEAO de septembre 2026 :
- Prévision annuelle : L’inflation moyenne pour l’ensemble de l’année 2026 est projetée à 1,6 % (scénario central), avant d’atteindre 2,1 % en 2027.
- Risques haussiers : La Banque centrale reste vigilante face aux incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient (impact potentiel sur le fret et le pétrole brut) et à l’insécurité persistante dans certaines zones agricoles de l’Union.
- Facteurs d’atténuation : Les perspectives d’approvisionnement des marchés restent favorables grâce aux bonnes récoltes attendues pour la campagne agricole 2026/2027.
Le Sénégal joue un rôle d’ancrage majeur dans les arbitrages du Comité de Politique Monétaire (CPM) de la BCEAO pour maintenir ses taux directeurs (taux principal à 3,00 % et taux de prêt marginal à 5,00 %).
En tant que deuxième puissance économique de la zone UEMOA, la trajectoire macroéconomique du Sénégal valide et renforce la position de “statu quo” de la Banque centrale à travers plusieurs leviers interconnectés :
La maîtrise de l’inflation au Sénégal rassure la BCEAO
Alors que l’UEMOA fait face à une remontée modérée de l’inflation moyenne régionale (atteignant 1,7 % au niveau global), le Sénégal affiche une performance remarquable qui tire la moyenne de l’Union vers le bas :
- Un ralentissement continu : L’inflation au Sénégal est retombée à 1,0 % en glissement annuel.
- Sous le plafond communautaire : Ce niveau se situe très en dessous du plafond de surveillance de l’UEMOA fixé à 3 %.
- Impact direct : Cette faible pression sur les prix domestiques sénégalais donne de la flexibilité à la BCEAO. Elle évite à l’institution d’avoir à resserrer sa politique monétaire, justifiant ainsi le maintien des taux à leur niveau actuel.
Le besoin de soutenir une croissance dynamique
La politique monétaire de la BCEAO cherche à équilibrer la stabilité des prix et le soutien à l’activité économique.
- Une croissance régionale forte : L’UEMOA maintient un rythme d’expansion robuste évalué à 6,0 %.
Le pays traverse une phase d’accélération économique importante, notamment soutenue par ses projets énergétiques (hydrocarbures) et des mesures d’allègement ciblées pour les ménages.
- Impact direct : Augmenter les taux directeurs aurait risqué de freiner l’accès au crédit privé, au détriment des investissements structurants au Sénégal et dans le reste de la région. Conserver le taux à 3 % permet d’alimenter la dynamique des crédits à l’économie.
La stabilité du financement des États (Risques fiscaux)
- Équilibre délicat : Le Sénégal, comme d’autres souverains de la zone, fait face à des défis budgétaires et à des besoins de financement obligataire importants sur le marché régional.
- Impact direct : En maintenant ses taux inchangés, la BCEAO stabilise les conditions de refinancement pour les banques commerciales. Cela évite une hausse des rendements sur les titres publics, préservant ainsi la soutenabilité budgétaire du Sénégal face aux investisseurs.
Résumé des conditions monétaires actuelles de la BCEAO
| Instrument Monétaire | Niveau Actuel | Objectif Principal |
| Principal taux directeur (Refinancement) | 3,00 % | Soutenir la dynamique du crédit tout en surveillant les risques géopolitiques. |
| Taux du guichet de prêt marginal | 5,00 % | Encadrer le coût des liquidités d’urgence pour les banques. |
| Coefficient des réserves obligatoires | 3,00 % | Maintenir un niveau de liquidité bancaire confortable. |
Les perspectives de croissance du PIB du Sénégal ont été révisées à la baisse pour 2026 et 2027. L’économie nationale traverse une phase notable de ralentissement, marquée par des efforts de consolidation budgétaire, des audits sur les finances publiques et une moindre contribution des hydrocarbures après le pic d’effet de base lié au démarrage de la production
Chiffres clés des prévisions de croissance du PIB
Les estimations varient légèrement entre les nouvelles projections du gouvernement sénégalais et les ajustements récents du Fonds Monétaire International (FMI) suite à l’accord d’aide de septembre 2026 :
| Source des prévisions | Croissance du PIB (2026) | Croissance du PIB (2027) |
| Gouvernement du Sénégal (Budget rectificatif) | +2,5 % à +2,7 % | +2,4 % |
| Fonds Monétaire International (FMI) | +2,2 % | +2,3 % |
À titre de comparaison, la croissance s’était établie à environ +6,5 % à +6,7 % en 2025.
Les principaux facteurs du ralentissement
- L’effet de base des hydrocarbures : La première année pleine de production pétrolière et gazière a grandement gonflé le PIB de 2025. En 2026, l’atténuation de cet impact mécanique entraîne une baisse de la contribution de ce secteur à la croissance globale.
- La consolidation budgétaire : Le gouvernement a engagé d’importants efforts de redressement pour ramener le déficit budgétaire de 7,6 % du PIB en 2026 à 4,7 % d’ici 2027. Cette baisse des dépenses publiques pèse temporairement sur l’activité économique à court terme.
- Le repli de l’investissement : Les investissements, notamment publics, ont subi une baisse significative, atténuée en partie par la résilience de la consommation finale des ménages.
Évolution par secteur d’activité (Prévisions 2026)
- Secteur primaire (+4,8 %) : Tenu par de bonnes perspectives pour la campagne agricole, bien qu’en deçà des sommets de 2025.
- Secteur tertiaire (+2,8 %) : Reste le principal contributeur au PIB, tiré par les services et les préparatifs des grands événements (comme les Jeux Olympiques de la Jeunesse).
- Secteur secondaire (+1,0 %) : Connaît un frein important après la forte expansion industrielle et minière des années précédentes.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
