DAKAR, 27 OCTOBRE (JVFE)—Quelque 7,3 millions d’Israéliens sont appelés aux urnes jusqu’à 22h ; Herzog : « J’espère que ce sera une véritable fête pour la démocratie » ; Le chef de Shas, Aryeh Deri, vote à Jérusalem : « le judaïsme est en danger ».
Taux de participation de 16,7 % à 10 h, 1,2 million de suffrages exprimés.Le taux de participation aux élections législatives qui se tiennent mardi en Israël était au plus haut depuis 1981 en milieu de matinée, selon les données de la Commission électorale, signe que de nombreux Israéliens considèrent ce scrutin comme déterminant pour leur avenir.
Trois heures après le début du vote qui a commencé à 05H00 GMT, « plus de 1,2 million d’Israéliens avaient voté », soit un taux de participation de 16,68%, a déclaré Dean Livneh, directeur de la Commission électorale centrale qui supervise le scrutin.
Ce taux à ce stade du vote est inégalé depuis les 17 % atteints en 1981.
Des familles de victimes du 7-Octobre redoutent que le même gouvernement soit réélu « comme si de rien n’était »
Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a entamé sa campagne électorale au kibboutz Nir Oz, l’une des communautés les plus durement touchées par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, aux côtés de l’ancien otage Gadi Mozes. Ce choix de lieu est symbolique. Il ira voter ailleurs plus tard dans la journée.
« Je suis fier et ému de commencer cette journée aux côtés de Gadi Mozes, symbole de l’esprit et de la force israéliens, de l’engagement des Israéliens les uns envers les autres et envers leur État », a déclaré Eisenkot.
« Je m’engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour veiller à ce que nous soyons dignes du prix que vous avez payé, du prix que le kibboutz a payé, et du prix que nous avons tous payé. Je m’engage également à apporter apaisement et réparation à tous les citoyens d’Israël », a-t-il poursuivi.
Mozes, un habitant de Nir Oz âgé de 81 ans, a enduré 482 jours de captivité dans les geôles du Hamas et du Jihad islamique palestinien. Il a fait campagne pour Eisenkot, un ancien chef d’état-major de l’armée israélienne qui a perdu son fils Gal et deux neveux alors qu’ils combattaient à Gaza pendant la guerre.
Constatant l’absence de tout membre de la coalition, Eisenkot a accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement de continuer à se soustraire à leurs responsabilités face aux défaillances qui ont rendu possible cette attaque.
« Si quelqu’un au sein du gouvernement avait ne serait-ce qu’une once de sens des responsabilités, il aurait commencé sa journée ici, dans les communautés frontalières de Gaza », a-t-il déclaré.
« Trois ans après cet échec, ils continuent de se soustraire à leurs responsabilités. »
« Rien n’est joué, » a prévenu mardi dernier Benjamin Netanyahu, à une semaine d’un scrutin décisif pour son avenir mais surtout pour celui du pays. « Les vrais chiffres ne sont pas ceux diffusés par les autres chaînes, pas plus que les prévisions très optimistes publiées ici, » avait-il ajouté sur le plateau de la Quatorzième chaîne, sur lequel il accepte très volontiers de se rendre.
L’opinion selon laquelle une continuité de Benjamin Netanyahu au pouvoir après les événements du 7 octobre 2023 et les années de conflit qui ont suivi porterait préjudice à Israël est un sujet de débat intense et profond, tant au sein de la société israélienne qu’à l’échelle internationale.
Les discussions autour de sa gouvernance et de l’avenir politique du pays s’articulent principalement autour de deux visions opposées :
Perspectives sur la gouvernance et l’avenir d’Israël
| Axe de critique (Arguments des opposants) | Axe de soutien (Arguments des partisans) |
| Responsabilité et redevabilité : Les critiques estiment qu’en tant que Premier ministre, il porte la responsabilité ultime des failles de sécurité du 7 octobre. Le refus d’assumer cette responsabilité ou de commissionner une enquête d’État immédiate est perçu comme une rupture de confiance. | Priorité à la victoire : Les partisans soutiennent qu’un changement de leadership en période de guerre affaiblirait le pays face à ses adversaires (Hamas, Hezbollah, Iran). Selon eux, la priorité absolue doit être la conclusion des opérations militaires et non les querelles politiques. |
| Absence de stratégie à long terme : De nombreux opposants reprochent au gouvernement l’absence d’un plan clair pour “l’après-guerre” (notamment à Gaza), ce qui risquerait d’encliser Israël dans un conflit sans fin et d’isoler le pays diplomatiquement. | Expérience et résilience : Les défenseurs de Netanyahu mettent en avant sa longue expérience face aux crises sécuritaires et sa capacité à résister aux pressions internationales pour prévenir ce qu’ils considèrent comme des menaces existentielles pour l’État hébreu. |
| Fracture sociale interne : Il est souvent reproché au Premier ministre de maintenir des divisions au sein de la population israélienne pour préserver sa coalition de gouvernement, ce qui affaiblirait la cohésion nationale nécessaire face aux défis actuels. | Mandat démocratique : Ses soutiens rappellent qu’il a été légitimement élu et que le sort de son gouvernement doit être tranché par les urnes lors d’élections régulières, et non sous la pression de manifestations en temps de crise. |
La question de savoir si la victoire politique de Benjamin Netanyahu équivaut à une défaite à long terme pour Israël reste l’un des points de clivage les plus importants de l’histoire politique contemporaine du pays.
Les menaces sécuritaires pourraient maintenir Netanyahu au pouvoir
Le Premier ministre applique sa méthode : renvoyer toute opposition à la gauche, dire qu’Israël est en danger et qu’il est le seul capable de le protéger.
Vendredi, alors que les candidats lançaient leurs ultimes arguments de campagne avant l’élection de mardi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a adressé un avertissement troublant : Israël devrait se préparer à des sanctions contre son système bancaire et pourrait devoir se tourner vers les cryptomonnaies pour contourner le problème.
Quelques jours plus tôt, l’armée israélienne avait été placée en état d’alerte maximale suite à plusieurs semaines de rumeurs selon lesquelles Netanyahu tentait de faire pression pour une reprise des hostilités contre l’Iran.
Dimanche, la chaine N12 a rapporté que Netanyahu avait eu une « confrontation sans précédent » avec le chef d’État-major de Tsahal, Eyal Zamir, qui a refusé d’obéir à l’ordre de mener une action militaire liée à l’Iran. Plus tôt dans la journée, Netanyahu avait publié une image générée par l’IA d’une bombe nucléaire en train de s’abattre sur Tel Aviv et mis en garde contre une « seconde Shoah ».
Pour résumer : le Premier ministre israélien en exercice explique aux électeurs qu’ils doivent se préparer à ce que leur pays soit un État paria sur le plan économique, en guerre contre l’Iran pour la troisième fois en l’espace de 18 mois et susceptible de faire l’objet d’une attaque nucléaire. Il affirme, selon ses propres termes, que trois ans après la pire attaque de toute l’histoire d’Israël, à la suite d’une guerre épuisante sur plusieurs fronts qui a fracturé la société israélienne et dressé la majeure partie du monde contre lui, le pays est toujours confronté à un « réel danger existentiel ».
C’est dans ce contexte qu’il sollicite un nouveau mandat.
Et il pourrait bien l’obtenir.
Pour être clair, la victoire de Netanyahu est tout sauf gagnée d’avance. Mais la défaite n’est pas plus certaine. Peu importe qui l’emportera, le mieux que l’on puisse espérer est une coalition étroite dans une Knesset polarisée.
Ce scrutin ne sera sans doute pas l’occasion d’une recomposition politique historique, et encore moins le glas de fin de carrière du Premier ministre en poste le 7 octobre 2023.
Le pogrom du Hamas a peut-être tout changé en Israël et au sujet d’Israël, mais d’une manière ou d’une autre, la vie politique du pays est la même. Lors de cette élection, comme des précédentes, l’électorat est divisé presque en deux parts égales, avec un grand nombre de personnalités politiques déjà au pouvoir il y a de cela dix ans, et une issue indécise à la clef.
Et parce que Netanyahu est le Premier ministre en exercice, cette incertitude joue en sa faveur.
En d’autres termes, trois scénarios sont possibles pour ce scrutin : soit le camp de Netanyahu l’emporte, soit ses opposants l’emportent, soit Israël s’achemine vers de nouvelles élections, le gouvernement actuel restant en place pour expédier les affaires courantes. Dans deux de ces trois scénarios, Netanyahu demeure Premier ministre au moins pour les prochains mois.
Comment cela est-il possible ? Pourquoi les dynamiques électorales sont-elles si tenaces alors que tant d’autres éléments — la doctrine de sécurité d’Israël, sa réputation internationale, et même le territoire qu’il contrôle — sont si différents de ce qu’ils étaient le 6 octobre 2023 ?
La réponse se trouve pour partie dans l’évolution démographique d’Israël, dans l’idéologie et dans la structure de son système électoral. Mais elle se trouve surtout dans la présence ancienne de Netanyahu au pouvoir et l’emprise qu’il exerce sur sa base électorale, ce qui enferme ses adversaires dans un dilemme insoluble.
Adresser des discours enflammés à la base
Pour comprendre les vents contraires auxquels sont confrontés les opposants de Netanyahu, il suffit de se rendre à Dimona, dans le sud d’Israël, depuis longtemps un bastion du Premier ministre. Lorsque le Premier ministre s’y est rendu, la semaine dernière, pour les besoins d’un meeting de campagne, l’une de ses nombreuses admiratrices enthousiastes était venue avec un petit coussin à son effigie.
« C’est une poupée avec laquelle je dors la nuit », a confié cette femme, du nom de Noa Dadon, à la chaine N12. « J’admire Bibi. Il n’y a personne comme lui. J’ai des draps de lit à son effigie, j’ai des kippas avec son visage. »
D’autres ont scandé « Bibi, roi d’Israël », ou répété son surnom en rythme. À son arrivée, Netanyahu a joué au jeu des questions-réponses en demandant à son public s’il souhaitait voir telle ou telle personne de l’opposition au pouvoir. À chaque fois, le public a répondu par un « Non ! » catégorique.
C’est la stratégie que Netanyahu applique depuis plus d’une dizaine d’années, à savoir renvoyer tous ses opposants à la gauche, les diaboliser sans relâche, puis dire qu’Israël est en danger et que lui seul est capable d’assurer sa sécurité. Dans un pays où la plupart des électeurs juifs se disent de droite, cet argument a fonctionné à maintes reprises.
C’est une tactique contre laquelle les différents rivaux de Netanyahu ont du mal à lutter, et elle permet d’expliquer que le Premier ministre ait survécu, politiquement parlant, alors même que tout a changé depuis le 7-Octobre. La peur devient un levier d’autant plus puissant que les menaces paraissent proches. En évoquant et en projetant cette peur, Netanyahu contraint ses rivaux à réagir à ses déclarations, se maintenant ainsi sous le feu des projecteurs.
Les opposants de Netanyahu ont longtemps tenté de l’affronter non seulement sur les idées, mais aussi sur le plan de sa personnalité. Lors des élections de 2015, 2019 et à nouveau cette année, ils ont présenté le scrutin comme un choix entre Netanyahu et ses alliés d’extrême droite, et un opposant sobre promettant de ramener le pays à la raison, l’unité et la modération.
En 2015, le slogan du candidat travailliste Isaac Herzog était : « Un dirigeant réfléchi et responsable. » Il s’exprimait avec douceur et a une fois demandé le silence à ses partisans qui l’ovationnaient. En 2019, Benny Gantz, ex-chef d’État-major de Tsahal, a fait campagne avec le slogan « Israël avant tout » pour son parti Kakhol lavan — des choix qui traduisaient une recherche de consensus, libre de toute idéologie.
Ni l’un ni l’autre n’a vaincu Netanyahu.
Cette année, le principal candidat de l’opposition, Gadi Eisenkot, est cette fois encore un ex-chef d’État-major de Tsahal à la tête d’un tout nouveau parti, qui se positionne là encore comme une alternative calme, modérée, voire sobre face à un Premier ministre amateur de spectacle. Ses rassemblements donnent lieu à des discours mesurés, sous les applaudissements polis du public. Personne, on peut l’affirmer sans risque, n’y vient avec un coussin à l’effigie d’Eisenkot.
Un autre des membres de l’opposition, candidat au poste de Premier ministre, Naftali Bennett, a tenté de battre Netanyahu sur son propre terrain. Il s’exprime en effet lui aussi d’une voix grave et ferme, parle un anglais fluide et presque sans accent, fait des déclarations fracassantes et est particulièrement à l’aise sur les plateaux de télévision.
Mais Bennett a la fougue, pas la base électorale.
Netanyahu peut faire des déclarations et se livrer à des actes choquants et polarisants, ses fidèles inconditionnels continueront de le soutenir, coûte que coûte. Même le 20 octobre 2023, moins de deux semaines après avoir été aux commandes lors de la journée la plus meurtrière de toute l’histoire d’Israël, un sondage attribuait à son parti, le Likud, 18 sièges, soit le deuxième score le plus élevé.
Bennett possédait lui aussi une base auparavant, composée d’électeurs sionistes religieux, pro-implantations et de leurs sympathisants. Mais il l’a sacrifiée en 2021 lorsqu’il a choisi de former un gouvernement avec des partis situés à sa gauche ainsi qu’avec le parti islamiste Raam. Aujourd’hui allié au chef de l’opposition Yair Lapid, le discours de Bennett prônant une compétence de gestionnaire de centre droit, teintée de culture tech, séduit manifestement des électeurs : son parti se classe en effet en troisième position dans les sondages.
Mais popularité n’est pas synonyme de loyauté, et Bennett doit encore reconstruire la base fidèle qu’il a autrefois eue. En réalité, personne au sein de l’opposition ne parvient à fédérer l’ensemble de son camp. Contrairement à la droite, ils n’arrivent même pas à s’entendre sur le candidat qui devrait occuper le poste de Premier ministre.

Les deux autres partis d’opposition menés par des dirigeants juifs disposent quant à eux à la fois d’une idéologie et d’une base. Le parti HaDemocratim de Yair Golan porte le flambeau de la gauche sioniste sociale-démocrate, populaire dans la ville laïque de Tel Aviv et ses environs, tandis que Yisrael Beytenu, le parti d’Avigdor Liberman, compte depuis longtemps sur les électeurs russophones laïcs et partisans d’une ligne dure.
Mais aucun de ces électorats n’est suffisamment important pour remporter l’élection.
La campagne catastrophiste de Netanyahu
Les figures politiques de l’opposition soutiennent naturellement que ce scrutin porte sur le fond, et non sur la forme. Et leurs partis s’accordent sur plusieurs mesures clés, au-delà du seul rejet de Netanyahu : le service militaire des hommes haredim, l’invalidation de la refonte judiciaire engagée par le gouvernement sortant, et la création d’une commission d’enquête d’État sur le pogrom du 7-Octobre.
Selon des observateurs, le simple fait d’avoir un autre Premier ministre que Netanyahu (en plus d’écarter ses partenaires d’extrême droite) permettrait de restaurer la réputation internationale d’Israël, gravement altérée.
De Golan à Liberman, tous s’accordent à dire que ces politiques sont essentielles pour sortir Israël de sa spirale actuelle.
C’est là qu’entrent en jeu les déclarations de plus en plus alarmistes de Netanyahu. Son pari est le suivant : si vous pensez que cette élection porte sur des sujets tels que le système judiciaire, les relations entre laïcs et Haredim ou le type d’enquête qui devrait examiner une attaque survenue il y a de cela trois ans, vous pourriez être tenté de voter pour l’opposition. Mais si vous pensez que c’est la survie d’Israël qui est en jeu, vous pourriez préférer laisser aux commandes l’homme qui tient le volant, et qui a l’oreille du président des États-Unis.

Ses rivaux s’empressent de riposter, rappelant que Netanyahu a été au pouvoir pendant la majeure partie des 17 dernières années, que les défaillances sécuritaires du pays lui sont donc imputables, et qu’il a eu toutes les occasions de faire face aux menaces qui, selon lui, risquent désormais d’emporter le pays. De surcroît, il n’a pas réussi à gagner la guerre sur laquelle il fonde sa campagne.
Ces derniers jours, alors que Netanyahu aurait fait pression pour une reprise de la guerre contre l’Iran, ses opposants l’ont accusé de politiser la sécurité d’Israël. Lorsque son différend avec le chef d’État-major de Tsahal a été révélé, Liberman l’a accusé de « trahison », Lapid disant qu’il avait « perdu les pédales ».
Quoi qu’il en soit, Netanyahu a réussi à se maintenir au cœur du débat, imposant les sujets de discussion et contraignant ses opposants à réagir.
Et pendant ce temps, sa base électorale — guidée par la Quatorzième chaîne, vivement pro-gouvernement — prend inlassablement sa défense.
Cela lui permettra-t-il d’obtenir la majorité à la Knesset ? Probablement pas. Mais il n’a pas besoin de l’emporter. Il lui suffit de ne pas perdre.
Contrairement à l’opposition, l’ensemble des alliés de Netanyahu s’accordent à dire qu’il doit occuper le poste de Premier ministre. Et si l’on additionne sa base avec les électeurs haredim et d’extrême droite, deux groupes démographiques qui lui sont étroitement liés, cela pourrait lui apporter suffisamment de sièges à la Knesset pour éviter la défaite, pendant qu’Israël glissera vers une nouvelle élection et une nouvelle crise.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
