Burundi : la pénurie persistante d’engrais chimiques provoque la colère des agriculteurs , le gouvernement est sous le feu des critiques

DAKAR, 04 NOVEMBRE 2026 (JVFE)—Au Burundi, la pénurie persistante d’engrais chimiques provoque la colère des agriculteurs et place le gouvernement sous le feu des critiques. Alors que plus de 80 % de la population dépend de l’agriculture de subsistance, les ratés de la chaîne d’approvisionnement menacent directement la sécurité alimentaire du pays.

Pour rappel,Alors que la saison culturale B a débuté officiellement le 15 février 2026, de nombreux agriculteurs affirment n’avoir toujours pas reçu les engrais chimiques commandés et payés à l’avance auprès de la Fomi. Entre arriérés, absence de remboursement et soupçons de revente sur le marché parallèle, la colère gronde dans plusieurs localités.

Le système actuel de distribution souffre de blocages structurels et logistiques profonds :

Depuis 2019, l’État a interdit l’importation d’engrais et confié le monopole de la fabrication locale à la société privée FOMI. Cette dernière peine à satisfaire la demande globale.

Les paysans sont contraints de payer leurs intrants des mois à l’avance. Pourtant, beaucoup ne reçoivent que des quantités dérisoires ou attendent encore leurs commandes des saisons précédentes.

Bien que l’engrais soit assemblé localement, la fabrication dépend à 50 % d’intrants importés (ammoniaque, phosphate, urée). Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ralentissent fortement ces livraisons.

Une partie des stocks disponibles est détournée vers des réseaux clandestins pour être revendue à des prix prohibitifs.

Une grogne sociale grandissante

La frustration des paysans s’exprime désormais de manière publique. Récemment, à Kibiri (province de Gitega), des agriculteurs en colère ont érigé des barricades pour exiger la livraison des fertilisants promis ou le remboursement de leurs avances financières. Face à l’urgence, certains représentants agricoles demandent la fin du monopole et l’autorisation pour les commerçants d’importer directement des engrais.

La réponse des autorités

Pour tenter de désamorcer la crise, le président Évariste Ndayishimiye a ordonné le lancement d’un grand recensement colline par colline. L’objectif affiché est d’obtenir des données précises sur les besoins réels des ménages afin d’ajuster la production de la FOMI et de limiter la spéculation ainsi que la vente clandestine. Néanmoins, sur le terrain, les cultivateurs restent sceptiques face à des promesses politiques régulièrement démenties par la réalité des hangars vides.

Les nouveaux développements de la crise

Face à des hangars désespérément vides, la colère paysanne ne faiblit pas. Dans plusieurs provinces, notamment à Gitega, les producteurs exigent de récupérer l’argent versé d’avance à la société FOMI ou demandent que l’État lève le monopole pour réautoriser l’importation par des commerçants privés.

Pour tenter de reprendre le contrôle de la chaîne de distribution et freiner le marché noir, le gouvernement a initié un vaste recensement de la population agricole. Cependant, les retards de livraison persistent et le scepticisme grandit quant à l’efficacité de cette mesure administrative à court terme.

Les retards répétés dans l’épandage des engrais entraînent une baisse drastique des rendements des cultures de base (maïs, haricots, pommes de terre), accentuant l’inflation des prix des produits alimentaires sur les marchés locaux.

La persistance de ces difficultés d’approvisionnement, combinée à la flambée des prix sur le marché parallèle, risque d’alourdir davantage les coûts de production et d’affecter les rendements agricoles.

Les agriculteurs attendent désormais de voir si la promesse gouvernementale d’une disponibilité des engrais permettra effectivement de mettre fin à la pénurie et d’éviter que les mêmes difficultés ne se reproduisent lors des prochaines saisons agricoles.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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