DAKAR, 27 NOVEMBRE 2025(JVFE)-Bombardier, CAE, Nova Bus, Prevost, Bell Textron Canada… Des noms bien connus au Québec ont participé à une discrète opération de charme aux États-Unis pour convaincre l’administration Trump de ne pas démanteler le libre-échange nord-américain, a constaté La Presse.
Ce sont les consultations du représentant américain au Commerce à propos de l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en vue de l’examen prévu l’an prochain qui ont pris la forme d’un plaidoyer commun en faveur du maintien de la libre circulation des marchandises entre les trois pays.
« Notre intégration avec les fournisseurs américains du secteur aérospatial signifie que notre succès […] a un effet d’entraînement direct à tous les niveaux de la chaîne d’approvisionnement, ce qui stimule la création d’emplois », souligne le vice-président des affaires gouvernementales américaines de Bombardier, Pete McAleer, dans le mémoire qu’il signe.


L’exemple témoigne de l’approche utilisée par bon nombre des quelque 1500 signataires de mémoires, parmi lesquels on retrouve les noms de géants américains comme Alcoa, Tesla et UPS, transmis au représentant américain.
Plutôt que de braquer les projecteurs sur les répercussions potentielles de la politique tarifaire du 47e locataire de la Maison-Blanche sur leurs activités, ils énumèrent plutôt de quelle manière le libre-échange leur a permis de générer des retombées économiques au sud de la frontière.
Les bons coups
Chez Bombardier, on évoque par exemple un enracinement dans l’industrie américaine de l’aviation d’affaires – où il y a actuellement plus de 3000 jets privés construits par la société québécoise qui sillonnent le ciel américain – qui aurait été difficilement réalisable sans traité de libre-échange.
Propriétaire de Nova Bus, le Groupe Volvo braque les projecteurs sur les « 4000 tonnes d’acier inoxydable » achetées annuellement par le constructeur d’autobus urbains.
Et même si les autocars de Prevost – qui appartient aussi au groupe suédois – sont construits sur le territoire québécois, son réseau américain de maintenance compte 500 salariés, ce qui représente près du quart de l’effectif total de l’entreprise.
« Prevost utilise d’importantes quantités d’acier américain pour le châssis de ses véhicules, affirme Volvo. Les groupes motopropulseurs fabriqués à Hagerstown, dans le Maryland, sont exportés pour être installés dans nos autocars. »
Au sud de la frontière, CAE, qui compte 3000 employés, fabrique une panoplie de dispositifs de simulation de vol pour les pilotes des différents secteurs de l’armée américaine. C’est en important une « quantité importante de matériel et de marchandises » en provenance du Canada que la multinationale québécoise parvient à s’acquitter de ses mandats avec l’armée américaine, souligne-t-elle.
« C’est [la manière] de fournir les solutions les plus rentables et efficaces […] à ses clients du gouvernement américain », écrit la vice-présidente de la filiale américaine de CAE, Sarah Graves.
Et ça fonctionne ?
La Maison-Blanche n’a aucune obligation de suivre les demandes et recommandations qui figurent dans les mémoires.
N’empêche, elles surviennent au moment où les discussions entre Ottawa et Washington à propos d’un accord commercial semblent au neutre et que des droits de douane sectoriels font de plus en plus mal à des secteurs comme l’aluminium et l’acier, ainsi que le bois d’œuvre.
La plupart des mémoires consultés par La Presse exhortent l’administration à suspendre les surtaxes sur le métal gris canadien.
Les droits de douane sont au cœur de la politique économique de l’administration Trump. Une pléthore de mémoires peut-elle l’inciter à changer son fusil d’épaule, ou s’agit-il d’un coup d’épée dans l’eau ?
« Cela fonctionne un peu, estime le professeur Richard Ouellet, de l’Université Laval, spécialiste du droit international. Cela n’influence pas directement l’opinion de l’administration Trump. Les lecteurs ciblés sont les élus comme les membres du Congrès. C’est à ces derniers que les entreprises veulent montrer qu’elles ont gagné aux États-Unis grâce au libre-échange. »
Avec les élections de mi-mandat américaines prévues l’an prochain, c’est le genre de discours qu’il faut tenir pour « marquer des points », ajoute l’expert. On parle de politiciens dont le siège sera en jeu, rappelle M. Ouellet.
C’est en leur montrant des exemples concrets, des exemples qui concernent directement les endroits représentés par les membres du Congrès, qu’il sera possible de les rallier contre les droits de douane, analyse le professeur.

