Ce sera l’occasion selon Olivier Pognon, Directeur général de l’African Legal Support Facility, de faire un bilan des activités et d’échanger sur plusieurs questions.
La Facilité africaine de soutien juridique est une organisation internationale hébergée par la Banque africaine de développement à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Elle a été créée le 22 décembre 2008 par le Groupe de la Banque africaine de développement, à la demande des pays africains, et est devenue opérationnelle en 2010.
Depuis 2003, les ministres africains des Finances réclamaient la création d’une institution chargée d’apporter une assistance juridique aux États africains, en particulier aux Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), pour les aider à gérer les litiges avec les créanciers (notamment les fonds vautours) et à négocier des contrats commerciaux complexes. L’ALSF a donc été créée pour fournir des capacités juridiques et techniques aux pays africains.
Le mandat unique de l’ALSF vise à fournir un soutien pratique et concret lors des négociations contractuelles entre gouvernements et investisseurs. L’ALSF fournit aux gouvernements les connaissances et les ressources nécessaires pour garantir des résultats équilibrés, justes et équitables, afin d’améliorer la bonne gouvernance et la gestion environnementale et sociale
L’organisation internationale a pour mission « de fournir des conseils juridiques et une assistance technique aux pays africains en matière de structuration et de négociation de transactions commerciales complexes, de litiges avec les créanciers et d’autres transactions souveraines connexes ».
Son prochain forum est prévu pour le 26 mai 2025 à Abidjan en marge des assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement. « Il s’agira d’une part, d’avoir un dialogue franc entre les différentes parties, et d’autre part de poser la question cruciale de la viabilité financière et opérationnelle de la Facilité à long terme », a déclaré Olivier Pognon, Directeur général de la Facilité africaine de Soutien juridique dans un entretien accordé à Afrimag. Les discussions seront également axées sur la mobilisation des ressources.
Au-delà de son objectif principal de protéger les États membres des activités prédatrices des Fonds vautours, l’ALSF fournit également des services de conseils et de renforcement des capacités juridiques au sein des gouvernements. « Nous veillons donc à accompagner les États qui nous sollicitent dans des secteurs clés que sont l’énergie, les infrastructures à travers les PPP, le secteur des ressources naturelles et extractives, ainsi que celui de la dette souveraine afin que les contrats qui découlent de ces négociations soient plus justes et équitables », a confié Olivier Pognon. A l’en croire le but à moyen et long terme est de former les cadres des ministères des États afin qu’ils soient rompus à ces questions.

Depuis sa création, l’ALSF a enregistré des progrès. « Nous avons pu à ce jour former 17.258 personnes. Aussi, le nombre de requêtes que nous recevons des pays bénéficiaires est-il passé d’une soixantaine par an durant les trois premières années d’activités de l’ALSF à une soixantaine de requêtes par mois aujourd’hui », a affirmé le Directeur général de la Facilité africaine de Soutien juridique.
Olivier est de nationalité béninoise et a rejoint l’ALSF en qualité de Conseiller juridique en chef après avoir passé 7 ans chez Airtel Africa Plc (à Nairobi, au Kenya), une société de télécommunications cotée à la Bourse des valeurs de Londres, où il assurait la supervision de la pratique juridique du groupe, notamment la gestion des litiges, la conformité juridique, la gouvernance d’entreprise et les transactions de fusion et d’acquisition.
Avant de rejoindre Airtel Africa, il a travaillé en qualité : de conseiller juridique senior pour le compte du Groupe MTN à Accra, au Ghana et à Johannesburg, en Afrique du Sud (de 2009 à 2014) ; de conseiller juridique à l’Agence française de développement (2008-2009) ; et d’associé spécialisé en droit des sociétés et en financement de projets, respectivement chez EY Law, CMS Bureau Francis Lefebvre, et Mayer Brown à Paris, en France.
Fort de 15 années d’expérience en tant qu’avocat international, Olivier apporte une solide expérience en matière de leadership stratégique, de compétences en gestion des parties prenantes, ainsi qu’une vision globale et une approche collaborative et commerciale de la création d’organisations. Ses responsabilités en tant que Directeur et PDG comprendront l’administration quotidienne de la Facilité et la supervision de ses opérations en matière de services de conseil juridique, de soutien aux négociations et de renforcement des capacités au profit des pays africains en lien avec la gestion de la dette et les litiges avec les créanciers, les infrastructures, les industries extractives et les transactions dans le secteur de l’énergie, ainsi que les accords d’investissement et les transactions commerciales connexes. En tant
que représentant juridique de la Facilité, il promouvra également la collaboration avec les partenaires et organisations concernés afin d’améliorer l’impact des programmes de l’ALSF pour ses bénéficiaires en Afrique.
Olivier est titulaire d’un diplôme de master en financement de projets et en financement structuré de l’École nationale des ponts et chaussées, France (2005-2006), d’un diplôme d’études supérieures en droit des affaires de l’Université Paris V Malakoff, en France (1996-1998) ainsi que de qualifications en leadership stratégique et en finance de l’INSEAD (France).
L’ALSF a aussi permis aux États bénéficiaires de réaliser plus de 9 milliards de dollars d’économies grâce à des contrats plus équitables. « Notre portefeuille lié à la dette souveraine est passé de 5% il y a encore trois ans à 15% aujourd’hui », a-t-il ajouté.
Structuré du point de vue comptable comme un « fonds spécial » de la Banque africaine de développement, le budget de l’ALSF est octroyé par le Fonds africain de Développement (FAD- une des trois entités principales du Groupe de la Banque africaine de développement) entre 35% et 40%. Des partenaires tels que l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, les États-Unis ou encore le Japon contribuent également au budget de fonctionnement de l’ALSF.
« La donne internationale qui s’impose à tous nous oblige aujourd’hui à diversifier nos sources de financement. Nous insistons d’ailleurs sur la mobilisation des pays membres bénéficiaires mais nous ciblons également d’autres sources telles que les organisations philanthropiques par exemple », a souligné Olivier Pognon.

