Dakar,13 janvier 2026(JVFE)-Au 12e jour de manifestations en Iran, la colère de la population continue de grandir malgré la violente répression orchestrée par les forces de l’ordre.
L’économie iranienne va mal. La valeur du rial, la monnaie iranienne, a atteint un creux à la fin de l’année 2025.
Le taux d’inflation était de 52% en décembre, selon les statistiques officielles iraniennes. L’inflation se maintient d’ailleurs autour de 40% par année depuis la pandémie de COVID-19.
La baisse du pouvoir d’achat qui en résulte, ainsi que les pénuries chroniques de produits de bases provoquées par des sècheresses historiques et les sanctions économiques imposées par les États-Unis tiennent la population en otage depuis plusieurs mois.
Le 28 décembre, des commerçants du Grand Bazar de Téhéran ont décidé de fermer boutique pour manifester. Les étudiants de plusieurs grandes universités se sont joints à eux dans les jours suivants. Le mouvement de contestation regroupant des milliers de personnes s’est ainsi propagé à plusieurs régions du pays.
Le régime n’a pas tardé à réagir: le bilan de la répression policière est maintenant de «dizaines de morts» et de centaines de blessés, selon des ONG. Au moins 1200 personnes ont aussi été arrêtées, selon Human Rights Activists News Agency.
Les manifestations économiques qui ont mis le feu aux poudres à la fin du mois de décembre ont pris une tournure politique dans les derniers jours.
«À bas le dictateur», «Mort à Khamenei», «ni Gaza ni le Liban, ma vie pour l’Iran»: des slogans anti-régime ont été entendus dans plusieurs grandes manifestations à travers le pays, selon diverses agences de presse.
«Les revendications sont maintenant liées à la nature du régime, avec des contestations également liées à la nature du pouvoir», a indiqué l’historien spécialiste du Moyen-Orient Jonathan Piron dans une entrevue accordée à L’Orient-Le jour.
Pour la première fois, le président iranien Masoud Pezeshkian a qualifié les revendications économiques du peuple de «légitimes», une déclaration qui illustre l’effritement des fondations du régime islamique, ont souligné des analystes.
L’ampleur de la révolte demeure toutefois moins importante que lors des manifestations qui ont secoué le pays après l’emprisonnement et la mort de l’étudiante Mahsa Amini pour un voile mal porté en 2022.
Les menaces contre le régime du dirigeant suprême de la République islamique, Ali Khamenei, ne proviennent pas seulement de l’intérieur.
Le 2 janvier, le président américain Donald Trump a lui aussi lancé un avertissement aux autorités iraniennes.
«Si l’Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue violemment, comme à son habitude, les États-Unis d’Amérique viendront à leurs secours», a-t-il déclaré sur Truth Social.
Le pouvoir iranien a répondu qu’il entendait continuer de se montrer «ferme» envers les manifestants.
Le chef du pouvoir judiciaire de l’Iran a ainsi précisé qu’il n’y aurait «aucune clémence» pour «quiconque aiderait les ennemis de l’Iran», accusant les États-Unis de chercher à profiter de la situation pour déstabiliser encore davantage le pays.
Les dirigeants iraniens accusent les États-Unis et Israël d’avoir déployé des «agents terroristes» dans les rues de Téhéran et d’autres grandes villes du pays, alors que les manifestations qui secouent l’Iran se poursuivent et que le niveau de violence de la répression a atteint un sommet inégalé depuis des décennies. Donald Trump a encouragé mardi les Iraniens à poursuivre leur mouvement de contestation jusqu’à renverser le pouvoir.
«Patriotes iraniens, CONTINUEZ À MANIFESTER – PRENEZ LE CONTRÔLE DE VOS INSTITUTIONS», a écrit le président américain dans un message publié sur Truth Social.
Washington et Téhéran sont engagés dans un bras de fer diplomatique alors que le président américain menace d’intervenir militairement dans le pays si le pouvoir iranien continue d’utiliser une force meurtrière contre les manifestants qui défient son autorité.
Au moins 2000 personnes ont trouvé la mort depuis le début du soulèvement populaire le 28 décembre, selon l’agence de presse Human Rights Activists News Agency.
Le régime iranien affirme que des «forces étrangères» sont responsables de ce bilan.
Les dirigeants iraniens ont accusé les États-Unis d’avoir déployé des «agents étrangers» pour nourrir la violence lors des manifestations des derniers jours.
«Nous avons enregistré les voix d’individus donnant des ordres depuis l’étranger à des agents terroristes, leur demandant de tirer sur les forces de police et en l’absence de celles-ci, sur les manifestants. Leur intention était de semer la mort», a accusé le ministre des Affaires étrangères de l’Iran, Abbas Aragchi, lors d’une conférence de presse, lundi.
«L’accès à Internet n’a été coupé qu’après que nous avons été confrontés à des opérations terroristes et réalisé que les ordres venaient de l’extérieur du pays», a-t-il aussi précisé dans une entrevue accordée à Al Jazeera.
Téhéran n’a présenté aucune preuve pour appuyer ses accusations, mais a affirmé que ces opérations auraient comme objectif de justifier une
Le régime iranien accuse également l’un des services de renseignement israéliens, le Mossad, de participer aux manifestations, en plus d’avoir orchestré des cyberattaques et des missions de sabotage visant à affaiblir l’État iranien.
L’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo a d’ailleurs alimenté cette théorie dans un message publié sur X le 2 janvier.
«Bonne année à tous les Iraniens dans les rues. À tous les agents du Mossad qui marchent à leur côté aussi…», a-t-il écrit.
Le 9 janvier, le ministre du Patrimoine d’Israël, Amihai Eliyahu, a lui aussi indiqué que des agents israéliens étaient présents en Iran.
«Je peux vous assurer que nos équipes sont actuellement à pied d’œuvre [en Iran]», a-t-il déclaré alors qu’il était interrogé sur les ondes de la radio militaire israélienne.
Le parlementaire a cependant précisé que leur mission n’était pas de renverser le régime islamique, mais de s’assurer qu’il ne puisse pas profiter du chaos actuel afin de menacer Israël de quelconque façon.
Fodé CISSE, Journamiste , Redacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

