DAKAR,17 MARS 2026(JVFE)-Engie a officiellement accéléré sa stratégie de décarbonation avec un engagement ferme de sortir totalement du charbon d’ici 2027 au niveau mondial.
Cette décision s’inscrit dans l’ambition du groupe d’atteindre le “Net Zéro Carbone” d’ici 2045.
Voici les points clés de ce retrait accéléré :
Engie s’est engagé à fermer ou céder toutes ses activités liées au charbon sur le continent européen d’ici la fin de l’année 2025.
L’objectif global inclut toutes les zones géographiques, y compris les pays émergents où le charbon est encore très présent.
Le groupe a annoncé la vente de sa participation de 33 % dans la centrale à charbon de Safi (Safi Energy Company), une étape majeure pour son retrait du continent africain.
Engie procède à la fermeture progressive de ses plus anciennes centrales au charbon, tout en accompagnant ses salariés vers de nouvelles compétences liées aux énergies renouvelables.
Après la fermeture historique de la centrale de Hazelwood, le groupe continue de transformer ses anciens sites thermiques en hubs d’énergie propre, notamment via l’installation de systèmes de stockage par batterie de grande capacité.
Pivot vers les énergies renouvelables
Pour compenser ce retrait, Engie réinvestit massivement dans les solutions bas carbone :
Développement de projets majeurs comme le parc BC-Wind en mer Baltique via sa filiale Ocean Winds.
Accélération des investissements dans les batteries, particulièrement aux États-Unis et en Australie, pour stabiliser les réseaux électriques alimentés par le renouvelable.
Multiplication des capacités de production dans des zones à fort potentiel comme le désert d’Atacama au Chili.
Engie transforme radicalement son modèle industriel en remplaçant ses anciennes infrastructures polluantes par des technologies de stockage massives pour stabiliser les réseaux électriques.
Projets majeurs de reconversion
Pour rappel,la centrale thermique de Safi ne figure plus dans le périmètre de consolidation du Groupe français Engie. Après la cession, en janvier 2025, d’une partie de sa participation au groupe marocain Nareva, la part résiduelle de l’énergéticien tricolore dans l’actif est désormais traitée comme un simple instrument financier. Ce changement comptable, qui efface également les émissions de la centrale du bilan carbone du groupe, s’inscrit dans la stratégie globale d’Engie visant une sortie complète du charbon d’ici 2027, y compris au Maroc où la centrale de Safi demeure un pilier du système électrique national.
La centrale à charbon de Safi est désormais sortie du périmètre de consolidation du Groupe français Engie. L’énergéticien ne détient plus que 17,67% du capital de Safi Energy Company (Safiec), la société exploitant la centrale, après avoir cédé en janvier 2025 une part de 15,66% de sa participation initiale au Groupe marocain Nareva Holding.
À la suite de changements de gouvernance intervenus au cours de l’exercice écoulé, la participation résiduelle d’Engie dans cet actif marocain est désormais comptabilisée comme un instrument de capitaux propres, conformément à la norme IFRS 9 (International Financial Reporting Standard 9) relative aux instruments financiers. Autre conséquence de cette évolution : les émissions de gaz à effet de serre de la centrale thermique de Safi ne sont désormais plus intégrées dans le bilan carbone du Groupe français.
Selon les données d’Engie, les émissions liées à cet actif, rapportées au taux de participation 2025 du Groupe, sont estimées à environ 1 million de tonnes de CO₂ équivalent. L’opération de cession partielle du capital de Safiec a, par ailleurs, permis au Groupe de réduire son endettement financier net d’environ 30 millions d’euros, sans impact significatif sur le compte de résultat.
Ce reclassement comptable marque une nouvelle étape dans le désengagement progressif d’Engie du charbon. Le Groupe français prévoit en effet une sortie totale du capital de la centrale de Safi d’ici 2027, dans le cadre de sa stratégie globale de transition énergétique.
Dans cette dynamique, Engie a, également, finalisé en 2025 la cession de ses actifs de production de gaz et de dessalement au Koweït et au Bahreïn, tout en complétant en début d’année la cession d’un actif énergétique au Pakistan.
Au Maroc, la centrale thermique de Safi demeure toutefois un maillon structurant du système électrique national. Dotée de deux unités de production de 693 mégawatts (MW) chacune, pour une capacité installée totale de 1.386 MW, la centrale a été mise en service commercial fin 2018 pour un investissement global de 2,6 milliards de dollars (près de 23 milliards de dirhams).
Le projet a été développé, financé, construit puis exploité par Safiec, société de droit marocain dont les actionnaires sont Engie, Nareva Holding et le Groupe japonais Mitsui & Co. Lors du lancement du projet en 2013, la répartition du capital était de 35% pour Engie, 35% pour Nareva et 30% pour Mitsui.
Le consortium formé par ces trois Groupes avait été retenu la même année par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), initiateur du projet, à l’issue d’un appel d’offres international. L’ensemble de l’électricité produite par la centrale est vendu à l’ONEE dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité d’une durée de 30 ans, selon un montage de type partenariat public-privé reposant sur un schéma «BOOT» (Build, Own, Operate, Transfer). À l’issue du contrat, les actifs de la centrale seront transférés à l’Office.
Le marché de construction de la centrale avait été attribué au Groupe sud-coréen Daewoo Engineering & Construction, tandis que l’exploitation et la maintenance sont assurées par Safiec.
Sur le plan technologique, la centrale de Safi est la première en Afrique à utiliser la technologie dite ultra-supercritique. Celle-ci permet d’améliorer le rendement énergétique des installations d’environ 10% par rapport aux centrales conventionnelles, tout en réduisant les émissions de CO₂ et la consommation de combustible.
Malgré ces performances, les partenaires du projet explorent aujourd’hui différentes pistes de décarbonation du site, notamment à travers l’utilisation de l’ammoniac vert, une alternative susceptible de réduire l’empreinte carbone de l’installation.
Plus largement, Engie a confirmé son objectif de sortir de l’utilisation du charbon en 2025 en Europe continentale et d’ici 2027 dans le reste du monde, avec une stratégie visant une sortie progressive des énergies fossiles à l’horizon 2045.
Le groupe utilise ses terrains industriels existants pour limiter l’empreinte foncière et profiter des raccordements électriques déjà en place.
- Vilvorde (Belgique) : Engie a inauguré en janvier 2026 un méga-parc de batteries sur le site d’une ancienne centrale au charbon.
- Capacité : 200 MW / 800 MWh (équivalent à la consommation de 100 000 foyers pendant 4 heures).
- Rôle : Absorber les excédents d’énergie renouvelable et prévenir les coupures lors des pics de demande.
- Hazelwood (Australie) : Le site de cette centrale fermée en 2017 a été reconverti en un système de stockage par batterie (HBESS) de 150 MW / 150 MWh. Engie en détient désormais 100 % et envisage déjà des extensions.
- Saint-Avold (France) : Via sa filiale Storengy, le groupe explore des projets de reconversion vers l’hydrogène vert pour ce site thermique historique.
Stratégie mondiale d’investissement dans les batteries
Engie mise sur le stockage pour devenir le leader de la flexibilité énergétique.
- Objectifs 2030 : Le groupe vise 10 GW de capacité installée de batteries dans le monde d’ici 2030, contre environ 2 GW début 2025.
- Expansion géographique :
- États-Unis : Accélération forte suite à l’acquisition de Broad Reach Power en 2023. Engie y exploite déjà 1,8 GW de stockage, notamment au Texas.
- Chili : Mise en service de BESS Coya (139 MW), le plus grand système de stockage par batterie d’Amérique latine, couplé à une centrale solaire.
- Inde : Développement annoncé d’un nouveau système de stockage de 280 MW.
- Budget : Environ 10 % des 22 à 25 milliards d’euros d’investissements de croissance (2023-2025) sont dédiés aux gaz renouvelables et au stockage.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
