
DAKAR,13 avril 2026(JVFE)-Lors de son procès en appel en avril 2026, Nicolas Sarkozy a adopté une stratégie de défense offensive en plaçant symboliquement le clan de Mouammar Kadhafi au “banc des accusés” .
Pour rappel,l’affaire Sarkozy-Kadhafi (ou affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007) est une affaire politico-financière internationale dans laquelle Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur français, aurait été soutenu financièrement par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pour sa campagne pour l’élection présidentielle française de 2007. En contrepartie, Sarkozy aurait servi les intérêts de Kadhafi, notamment en œuvrant à sa réhabilitation sur la scène internationale, après des années d’isolement liées au rôle de la Libye dans des actes terroristes.
En décembre 2007, Kadhafi est reçu à l’Élysée par le président Sarkozy, dans l’optique de sa réintégration dans la communauté internationale.
En 2011 éclate la première guerre civile libyenne, et de mars à octobre a lieu l’intervention militaire internationale en Libye avec la France en chef de file de la coalition occidentale et durant laquelle Kadhafi est tué.
L’affaire est mise au jour par le journal d’investigation en ligne Mediapart, portant sur un probable financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.
Médiapart publie le 12 mars 2012, une première note évoquant un éventuel financement de la précédente campagne du candidat Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi.
Le 28 avril 2012, Médiapart publie un second document qui serait une preuve de ce financement. Ces deux articles paraissent juste avant la fin du quinquennat du président de la République, durant la campagne du premier tour de l’élection présidentielle français de 2012, laissant supposer l’existence d’un engagement par le régime libyen de Mouammar Kadhafi de financer à concurrence de 50 millions d’euros la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007, ce qui est illégal. Le montant officiel de sa campagne électorale était de 20 millions d’euros.
Un accord « sur le montant et les modes de versement » aurait été préparé en 2005 et validé en 2006 par Brice Hortefeux, ministre français délégué aux collectivités locales, en présence de l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, qui avait introduit en Libye dès 2005 les proches du ministre français de l’Intérieur, dont Claude Guéant et Nicolas Sarkozy lui-même. Béchir Salah, alors à la tête du Libyan African Portfolio (LAP), fonds d’investissement financier du régime libyen, aurait été chargé de superviser les paiements. Ziad Takieddine aurait par ailleurs secrètement conseillé Claude Guéant jusqu’à la veille de la guerre en Libye.
La divulgation de ces documents a mis en lumière le cas de Béchir Salah, ex-trésorier de Mouammar Kadhafi, recherché par Interpol, vivant protégé sur le territoire français depuis la révolution libyenne (qui a entraîné la chute du régime) et qui a pris la fuite en mai 2012.
En mars 2014, l’affaire Bismuth éclate : des écoutes judiciaires révèlent des conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog sur des téléphones mobiles enregistrés sous de faux noms, dans l’espoir de déjouer la surveillance de la police. Ils sont tous deux soupçonnés d’avoir corrompu un magistrat de la Cour de cassation pour être informés de l’avancement des affaires judiciaires concernant Sarkozy. Les trois prévenus sont condamnés en 2021 en première instance, pour violation du secret de l’instruction, corruption et trafic d’influence. Ils interjettent l’appel de ce jugement, mais sont définitivement condamnés en 2024.
En 2015, Claude Guéant, le directeur de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007, est mis en examen pour « blanchiment de fraude fiscale en bande organisée ».
En juin 2016, la justice confirme l’authenticité du document qui fait mention d’un accord de financement, à concurrence de 50 millions d’euros, de Kadhafi pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, et prononce un non-lieu concernant la plainte de Sarkozy qui accusait Mediapart de faux et usage de faux. En revanche, la justice déclare que ce document n’établit pas que la transaction a bien eu lieu, ce qui pourrait être déterminé par l’enquête.
En 2016, Ziad Takieddine est mis en examen pour complicité de trafic d’influence et de corruption d’agent public par une autorité publique étrangère. Il est en cavale au Liban à partir de sa condamnation en juin 2020 dans l’affaire de Karachi à 5 ans de prison ferme, jusqu’à son décès en septembre 2025.
En mars 2018, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour corruption passive, recel de détournement de fonds publics (libyens) et financement illégal de campagne électorale. En mai, Éric Woerth, trésorier de la campagne présidentielle de 2007, est mis en examen pour « complicité de financement illégal de campagne électorale ». En septembre, Claude Guéant est mis en examen pour de nouvelles charges : corruption passive, complicité et recel de ce délit, recel de détournements de fonds publics et également pour « complicité de financement illégal de campagne électorale ».
Début 2020, Alexandre Djouhri, est mis en examen pour notamment blanchiment de fraude fiscale en bande organisée et corruption active.
En 2020, Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert sont mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de ces délits.
Le 6 octobre 2023, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour « recel de subornation de témoin » et « participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre l’infraction d’escroquerie au jugement en bande organisée » et a également été placé sous le statut de témoin assisté pour « participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre l’infraction de corruption active de personnel judiciaire étranger » au Liban dans le cadre de l’enquête sur la rétractation du témoin Ziad Takieddine.
Le 6 janvier 2025, Nicolas Sarkozy, mis en examen pour corruption passive, financement illicite de campagne électorale, recel de détournement de fonds publics et association de malfaiteurs, est jugé avec douze autres prévenus dont trois anciens ministres, Brice Hortefeux, Claude Guéant et Éric Woerth, un ex-dignitaire libyen et les intermédiaires Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri. Le procès en première instance dure trois mois, le verdict est prononcé le 25 septembre 2025.
Nicolas Sarkozy est déclaré coupable d’association de malfaiteurs et condamné à 5 ans de prison ferme. Il est placé sous mandat de dépôt à effet différé ; Claude Guéant est déclaré coupable pour usage de faux et de blanchiment aggravé, de trafic d’influence, de corruption passive et association de malfaiteurs ; Brice Hortefeux a été déclaré coupable d’association de malfaiteurs ; Éric Woerth, l’ex-trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, est relaxé ; Alexandre Djouhri est reconnu coupable de blanchiment aggravé, de trafic d’influence actif et de corruption et placé sous mandat de dépôt ; Ziad Takieddine meurt deux jours avant l’énoncé du verdict, l’action publique est donc déclarée éteinte en ce qui le concerne.
Le 10 novembre 2025, la Cour d’appel fait droit à la demande de mise en liberté de Nicolas Sarkozy, qui est donc remis en liberté sous contrôle judiciaire après moins de trois semaines d’incarcération. Son procès en appel est traité du 16 mars au 3 juin 2026.
Il soutient que les accusations de financement libyen de sa campagne de 2007 sont une machination orchestrée par les dignitaires déchus du régime libyen .
Points clés de sa défense (Avril 2026)
- Thèse de la vengeance : L’ancien président affirme être la victime d’une “vengeance” du clan Kadhafi en réponse à l’intervention militaire française en Libye en 2011 qui a conduit à la chute du dictateur .
- Discrédit des témoins : Devant la cour d’appel de Paris, il a qualifié le clan de l’ex-dictateur d'”asile d’aliénés mobilisés par la haine” . Il conteste notamment la crédibilité des notes de dignitaires libyens et les propos de l’intermédiaire Ziad Takieddine .
- Arguments géopolitiques : Sarkozy a souligné l’incohérence, selon lui, d’avoir reçu un financement occulte d’un régime qu’il a été le premier à combattre officiellement en reconnaissant le Conseil national de transition (CNT) .
Contexte judiciaire actuel
- Première instance (Septembre 2025) : Nicolas Sarkozy a été déclaré coupable d’association de malfaiteurs et condamné à cinq ans de prison ferme .
- Appel (Avril 2026) : Ce second procès, débuté en mars 2026, voit l’ex-chef de l’État tenter d’obtenir son innocence en démontrant que le dossier d’accusation repose sur des documents falsifiés et des témoignages rancuniers .
- Enjeux : Outre cette affaire, Nicolas Sarkozy a déjà vu sa condamnation pour financement illégal de campagne (affaire Bygmalion) définitivement confirmée en 2025.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

