DAKAR,20 avril 2026(JVFE)-À Washington, Alger défend un rôle accru dans la stabilité économique mondiale, malgré des fragilités structurelles persistantes.
La secrétaire d’État auprès du ministre des Hydrocarbures et des Mines, Karima Bakir Tafer, avait présenté en 2025, la stratégie algérienne de valorisation des minéraux rares lors de l’événement minier mondial Resourcing Tomorrow à Londres.Face à plus de 2.000 participants représentant les principaux acteurs des secteurs minier, énergétique et technologique, l’Algérie affirme son ambition de devenir un partenaire incontournable dans la sécurisation des approvisionnements mondiaux en ressources stratégiques nécessaires à la transition énergétique et à l’économie verte. La participation algérienne à cet événement majeur de la semaine minière londonienne, qui se déroule jusqu’au 4 décembre, s’inscrit dans une dynamique offensive de promotion des opportunités d’investissement dans le secteur minier national. La délégation algérienne a multiplié les rencontres de haut niveau avec des ministres et des responsables gouvernementaux de pays avancés dans le domaine minier, témoignant d’une volonté politique forte de positionner l’Algérie comme un acteur majeur sur l’échiquier mondial des ressources minérales critiques.
L’Algérie réaffirme sa volonté de devenir un pôle énergétique stratégique et une plaque tournante de l’ingénierie en Afrique . Cette ambition repose sur un double levier : la consolidation de sa position de leader gazier et une accélération majeure de sa transition vers les énergies renouvelables.
Investissements et Hydrocarbures
Le pays prévoit d’investir 60 milliards de dollars entre 2025 et 2029 pour renforcer ses capacités de production, notamment en gaz naturel et en pétrochimie .
- Sécurité des approvisionnements : L’Algérie se positionne comme un partenaire clé pour sécuriser les ressources stratégiques mondiales nécessaires à l’économie verte .
- Rôle régional : Elle ambitionne d’accompagner les autres pays africains en partageant son expertise dans la gestion rationnelle des ressources fossiles et renouvelables .
Transition Énergétique et Énergies Renouvelables
Sous l’égide du gouvernement Ghrieb, l’Algérie modernise sa stratégie nationale pour diversifier son mix énergétique .
- Capacités Solaires : L’objectif est d’atteindre 15 000 MW d’énergies renouvelables d’ici 2035, principalement via le photovoltaïque .
- Part du mix : Le pays vise à ce que le renouvelable représente environ 27 % à 30 % de sa production électrique à cet horizon .
- Projets clés : Le programme Solar 1000 MW a été lancé comme une étape initiale concrète pour attirer les investisseurs vers le solaire .
Gouvernance et Efficacité
Une réunion gouvernementale récente, tenue le 15 avril 2026, a mis l’accent sur l’efficacité énergétique comme priorité pour préserver les ressources nationales .
- Objectif d’économie : L’Algérie vise une réduction de plus de 10 millions de tep (tonnes équivalent pétrole) d’ici 2030, soit une amélioration de plus de 15 % de son efficacité énergétique .
- Structure ministérielle : La gestion est désormais répartie entre Mohamed Arkab (Ministre d’État, Hydrocarbures et Mines) et Mourad Adjal (Énergie et Énergies renouvelables), témoignant d’une spécialisation accrue des politiques énergétiques
Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Lamine Lebbou, a réaffirmé la position d’Alger en faveur d’une gouvernance internationale «solide», lors de la 53e réunion du Comité monétaire et financier international (CMFI) tenue à Washington, selon un communiqué officiel. Intervenant au nom d’un groupe incluant notamment le Ghana, l’Iran, la Libye, le Maroc, le Pakistan et la Tunisie, il a insisté sur la nécessité de cadres multilatéraux capables de limiter les chocs économiques mondiaux, dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient.
Ce positionnement prolonge une ligne diplomatique classique, axée sur la coordination internationale et la stabilité macroéconomique. Mohamed Lamine Lebbou a ainsi souligné que «des cadres multilatéraux efficaces peuvent contribuer à réduire la fréquence et la gravité des chocs», en appelant à un renforcement des politiques monétaires centrées sur la stabilité des prix, ainsi qu’à une plus grande flexibilité des taux de change pour amortir les déséquilibres extérieurs. Le discours met également l’accent sur la surveillance des risques émergents, notamment liés à la numérisation financière et aux cryptoactifs.
Cette prise de position s’accompagne toutefois d’un décalage notable avec la situation économique interne. Les autorités algériennes plaident pour des cadres budgétaires crédibles et une communication publique renforcée, tout en appelant à protéger les ménages vulnérables face à la hausse des prix alimentaires. Or, aucune donnée chiffrée récente n’a été avancée dans la déclaration officielle pour illustrer l’évolution de ces indicateurs en Algérie, ni pour préciser l’ampleur des marges budgétaires mobilisables.
Dans ce prolongement, Alger met en avant son rôle dans le secteur énergétique, en particulier sa capacité à accroître ses exportations de gaz naturel vers l’Union européenne. Cette ambition s’inscrit dans un contexte de recomposition des flux énergétiques mondiaux. Le gouverneur de la Banque d’Algérie a évoqué les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les dommages subis par certaines infrastructures énergétiques dans les zones de conflit, tout en soulignant que les gains liés à la hausse des prix de l’énergie restent limités par les restrictions commerciales et financières.
Au-delà de cette projection internationale, la stratégie algérienne repose largement sur la rente énergétique comme levier d’influence. Cette dépendance structurelle interroge la capacité du pays à peser durablement dans la gouvernance économique mondiale, alors même que les institutions internationales appellent à une diversification des économies et à un renforcement des cadres internes de résilience.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

