DAKAR, 17 JUIN 2026 (JVFE)—Le projet d’accord qui doit être signé ce vendredi en Suisse comprend un système de « paiement au résultat » et le déblocage des fonds iraniens si le pays satisfait aux exigences de Washington.
Le contenu du protocole d’accord en cours de finalisation entre les États-Unis et l’Iran a été dévoilé, révélant un texte aux implications considérables pour l’avenir du Moyen-Orient. Selon le document, Washington accepterait un vaste allègement des sanctions contre la République islamique, ainsi qu’un programme de soutien économique évalué à au moins 300 milliards de dollars, en échange d’engagements iraniens sur le nucléaire et de la fin des hostilités dans la région.
Ces chiffres ont été publiés ces dernières heures par des médias américains. La seule certitude est que le projet d’accord en 14 points, qui doit être signé demain en Suisse, n’est pas un accord définitif, mais un engagement par lequel les deux parties se donnent 60 jours de négociations pour parvenir à un pacte plus ambitieux et définitif incluant le redoutable programme nucléaire iranien. Selon le projet divulgué à Bloomberg et Al-Arabiya, ce délai pourrait être prolongé si les deux parties le jugent nécessaire.
Le premier volet de l’accord prévoit une cessation immédiate et permanente des combats sur l’ensemble des fronts, y compris au Liban. Les deux parties s’engageraient à renoncer à toute action hostile l’une contre l’autre et à ouvrir des négociations directes en vue d’un accord définitif dans un délai maximal de 60 jours.
Le “un mémorandum “ ou projet d’accord de paix américano-iranien inclut un plan de développement et de reconstruction de 300 milliards de dollars pour l’Iran, mais l’affirmation selon laquelle les États-Unis vont directement “donner” ou “payer” cette somme en argent public est inexacte.
L’accord prévoit la suspension de l’embargo sur les ventes de pétrole iranien, un plan de financement de plusieurs milliards de dollars et un allègement potentiel des sanctions.
Pour rappel, en 2018, Donald Trump a dénoncé l’accord nucléaire conclu en 2015 entre les États-Unis, l’Iran et d’autres puissances mondiales. Huit ans plus tard, les États-Unis reviennent à Genève prêts à signer un nouvel accord avec Téhéran, un accord qui présente certaines similitudes avec celui qu’il avait lui-même rejeté – et qui, selon certains critiques, est plus généreux. La comparaison est inévitable : lorsque Obama a finalisé cet accord,
le transfert à l’Iran s’élevait à 1,7 milliard de dollars en remboursement de dette et en intérêts. Le projet d’accord qui devrait être signé ce vendredi – et dont le contenu reste encore flou – prévoit, semble-t-il, le déblocage de 24 milliards de dollars de fonds iraniens gelés et, en cas de succès des négociations, la création d’un
fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars.
La réalité du fonds de 300 milliards de dollars
- Un fonds d’investissement privé et régional : Le vice-président américain JD Vance et plusieurs fuites diplomatiques ont clarifié que ce fonds de 300 milliards de dollars ne provient pas des contribuables américains. Il s’agit d’un mécanisme d’investissements privés et d’infrastructures principalement financé par la Coalition des États du Golfe et des multinationales (notamment de Corée du Sud, du Japon et de Singapour).
- Pas d’argent liquide : La Maison Blanche a insisté sur le fait que l’Iran ne recevra aucun chèque ou liquidité directe. Donald Trump a d’ailleurs qualifié de “Fake News” l’idée que Washington paierait l’Iran, tout en validant le cadre global de l’accord.

Parmi les concessions américaines figurent la levée du blocus maritime imposé à l’Iran, la reprise complète du trafic maritime iranien dans un délai de 30 jours ainsi qu’un engagement à retirer les forces américaines des zones concernées après la conclusion de l’accord final. Washington s’engagerait également à autoriser immédiatement les exportations de pétrole iranien, ainsi que les services bancaires, d’assurance et de transport nécessaires à leur mise en œuvre.
Le texte prévoit en outre l’élaboration d’un vaste plan international de reconstruction et de développement économique de l’Iran. Ce programme, financé à hauteur d’au moins 300 milliards de dollars avec la participation des États-Unis et de leurs partenaires régionaux, devrait être défini dans les deux mois suivant la signature d’un accord permanent.
Les contreparties exigées de l’Iran
Pour que ce fonds devienne opérationnel et que les projets débutent, l’Iran doit respecter des conditions strictes dans le cadre d’une période de négociation de 60 jours :
- Démantèlement nucléaire : L’Iran doit abandonner tout projet d’arme nucléaire, éliminer ses stocks d’uranium enrichi et accepter un régime d’inspections internationales très strict.
- Stabilisation régionale : L’accord de cessez-le-feu implique la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz pour le commerce mondial du pétrole et l’arrêt des hostilités sur plusieurs fronts, notamment au Liban.
Ce que gagne l’Iran immédiatement
En signant ce protocole d’accord, Téhéran obtient un allègement progressif de son isolement économique :
- L’autorisation de reprendre immédiatement ses exportations de pétrole.
- Le dégel progressif de ses avoirs financiers bloqués à l’étranger au cours des négociations.
Sur le plan économique, les États-Unis s’engageraient également à mettre progressivement fin à l’ensemble des sanctions imposées à l’Iran, y compris certaines mesures américaines unilatérales. Les avoirs iraniens gelés à l’étranger seraient débloqués au fur et à mesure de l’avancement des négociations et rendus accessibles à la Banque centrale iranienne.
En contrepartie, Téhéran s’engagerait à ne jamais développer d’arme nucléaire. Le document prévoit le gel immédiat du programme nucléaire iranien dans son état actuel jusqu’à la conclusion d’un accord définitif, tandis que les questions liées aux stocks d’uranium enrichi et aux activités nucléaires civiles seraient traitées dans le cadre des négociations finales.
Le projet prévoit également la création d’un mécanisme de supervision chargé de contrôler l’application de l’accord et le respect des engagements pris par les deux parties. L’accord définitif devrait enfin être entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies.
S’il est signé dans sa forme actuelle, ce texte marquerait l’un des plus importants rapprochements diplomatiques entre Washington et Téhéran depuis plusieurs décennies et redessinerait profondément les équilibres stratégiques de la région.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
