L’éditorial de Fodé Cissé : « Sénégal : Du mythe du « tandem » à l’épreuve de la cohabitation»

DAKAR, 06 juillet 2026 (JVFE)—Le Sénégal traverse un tournant politique historique, marqué par la fin définitive du mythe du ticket exécutif entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Ce qui était présenté en 2024 comme un bloc monolithique porté par le projet de rupture du PASTEF s’est transformé, en l’espace de quelques mois, en une confrontation ouverte pour le contrôle de l’État.

La fin des illusions et le choix des armes

Le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre en mai 2026 a officialisé un divorce qui se jouait en coulisses. En choisissant de s’émanciper de la figure tutélaire de son ancien mentor, le président Bassirou Diomaye Faye a décidé d’assumer pleinement la plénitude de ses charges constitutionnelles. La réplique politique ne s’est pas fait attendre. L’annonce par le chef de l’État de la création imminente de son propre parti politique, adossée au ralliement stratégique de plus de 300 maires à travers le pays, démontre sa volonté de se bâtir une légitimité territoriale propre, indépendante de l’appareil du PASTEF. En réponse, le parti souverainiste a immédiatement balisé l’avenir en investissant Ousmane Sonko pour la présidentielle de 2029, projetant le pays dans une campagne électorale ultra-précoce.

La guerre des lois : l’Assemblée comme forteresse

Chassé de la Primature, Ousmane Sonko a trouvé refuge au perchoir de l’Assemblée nationale, transformant l’hémicycle en une place forte de la contestation institutionnelle. Le vote, le 29 juin 2026, de la loi de révision constitutionnelle n°17/2026 par la majorité parlementaire constitue le point d’orgue de ce bras de fer. Sous couvert de rééquilibrage démocratique, ce texte restreint drastiquement les pouvoirs du chef de l’État en lui interdisant de diriger un parti et en impliquant le Parlement dans le choix du Premier ministre. C’est une tentative de parlementarisation rampante du régime, conçue pour imposer une cohabitation agressive à l’exécutif.

Le peuple comme arbitre suprême

Face à cette offensive législative, le président Faye utilise l’arme de la démocratie directe : le référendum. En refusant la promulgation directe exigée par Ousmane Sonko — qui qualifie la consultation populaire de simple manœuvre dilatoire (« tapalé ») — le chef de l’État renvoie les deux forces dos à dos devant le corps électoral. Ce choix du référendum est à double tranchant. Il peut offrir à Bassirou Diomaye Faye une légitimité populaire directe face à ses détracteurs, ou au contraire cristalliser un vote sanction orchestré par la base militante du PASTEF.

L’urgence économique oubliée

Pendant que le sommet de l’État se déchire sur des questions de mécanique constitutionnelle, les urgences structurelles du pays s’accumulent. La hausse préoccupante du chômage à 22,9 %, documentée par l’ANSD, rappelle la dure réalité socio-économique à laquelle font face les citoyens. Le pays ne peut pas se payer le luxe d’une paralysie institutionnelle prolongée au moment où des arbitrages budgétaires majeurs avec le Fonds monétaire international sont en cours.

La démocratie sénégalaise a prouvé par le passé sa résilience face aux crises. Toutefois, la transition d’une culture de gestion présidentialiste vers une cohabitation conflictuelle et inédite mettra à rude épreuve la solidité des institutions républicaines dans les mois à venir.

Le paysage politique et économique sénégalais est profondément redessiné par la rupture entre l’exécutif et la majorité parlementaire.

Position des partis d’opposition traditionnels (PDS et APR)

Face au duel fratricide entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, l’opposition traditionnelle adopte une stratégie d’alliance de circonstance et de dénonciation des dérives institutionnelles.

1. Le Parti démocratique sénégalais (PDS)

  • Soutien tactique à l’exécutif : Le parti de Karim Wade choisit de faire bloc de manière pragmatique avec le président Diomaye Faye.
  • Objectif de blocage : Cette alliance vise exclusivement à contrer l’hégémonie d’Ousmane Sonko et la machine militante du PASTEF.

2. L’Alliance pour la République (APR)

  • Dénonciation de la méthode : Le parti de l’ex-président Macky Sall fustige la séance parlementaire du 29 juin 2026, la qualifiant d’illégale et de contraire aux règles républicaines.
  • Rejet global de la réforme : L’APR boycotte et conteste vigoureusement la révision constitutionnelle portée par le PASTEF. Elle y voit une tentative d’asphyxie des institutions par un agenda purement personnel.

Décryptage détaillé de la réforme constitutionnelle 17/2026

Adoptée à l’unanimité des 129 députés présents le 29 juin 2026, la proposition de loi constitutionnelle n°17/2026 modifie en profondeur l’équilibre des pouvoirs. Elle préserve uniquement les clauses d’intangibilité de l’article 103 (durée et limitation à deux mandats présidentiels).

       [ ANCIEN SYSTÈME ]                       [ NOUVEAU SYSTÈME (Loi 17/2026) ]

   Conseil Constitutionnel (7 membres)   ───►   Cour Constitutionnelle (9 membres)

   Président chef de parti politique     ───►   Incompatibilité stricte des fonctions

   Pouvoir exécutif ultra-centralisé     ───►   Droits d’audition & Résolutions du Parlement

  • Création d’une Cour constitutionnelle (Art. 4) : Elle remplace le Conseil constitutionnel. Elle passe de 7 à 9 membres. Ses compétences sont élargies au contrôle des conventions internationales et aux exceptions d’inconstitutionnalité en appel.
  • Incompatibilité des fonctions (Art. 2) : Le président de la République ne peut plus exercer de fonction dirigeante au sein d’un parti politique ou d’une coalition.
  • Renforcement de l’Assemblée nationale (Art. 3) : Le texte insère l’article 67-1. Il autorise l’Assemblée à voter des résolutions contraignantes et à auditionner toute personne d’intérêt public.
  • Contrôle et moralisation de la vie publique : L’obligation de déclaration de patrimoine en début et fin de mandat est gravée dans la Constitution. La responsabilité pénale du président est renforcée en cas de haute trahison.
  • Réécriture du Préambule (Art. 1) : Intégration de nouveaux principes fondamentaux dont la transparence publique, le droit à l’environnement et l’accès égalitaire aux services de l’État. [

Implications sur les investissements économiques internationaux

La discorde au sommet de l’État survient à un moment macroéconomique critique, marqué par la découverte d’une dette publique initialement sous-estimée

  • Négociations FMI sous haute tension : Les conclusions de la mission du FMI de juin 2026 alertent sur les vulnérabilités de l’endettement sénégalais. La crise Faye-Sonko oppose deux lignes économiques : le pragmatisme présidentiel pour sécuriser un programme d’aide financière, face à la doctrine souverainiste dure du PASTEF.
  • Incertitudes sur la rente hydrocarbure : Bien que la croissance soit portée par le démarrage des projets gaziers et pétroliers, l’instabilité politique crée de la frilosité. Les marchés internationaux redoutent une paralysie de l’appareil d’État indispensable à la validation des contrats.
  • Risque de notation financière et de liquidité : Les marchés de capitaux extérieurs et régionaux (UEMOA) durcissent l’accès au crédit pour le Sénégal. La menace d’une restructuration forcée de la dette — plutôt qu’un reprofilage ordonné des maturités — augmente la prime de risque pour les investisseurs privés étrangers. [

« Le mythe est au-delà du vrai et du faux, tout simplement parce qu’il est plus originel. Il montre ce qui est de toute éternité. » Alain de Benoist

Le « mythe du tandem » fait généralement référence à l’idéalisation d’un duo (créatif, professionnel ou amoureux) fonctionnant de manière fusionnelle et complémentaire. Dans le domaine du couple, il illustre l’illusion de ne former qu’un seul être, comme l’exprime l’auteur Denis Robert :« Le couple repose sur un mythe fusionnel. Comme si nous ne faisions qu’un. Alors que nous sommes définitivement deux. »

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