Au cours de ces dix dernières années, les responsables politiques ont montré un intérêt renouvelé pour le concept de bien-être, ou de bonheur, deux termes qui sont souvent utilisés indifféremment dans le discours, et pour leur mesure au niveau national et régional. Au Royaume-Uni, le bien-être a commencé à susciter une attention nationale grandissante à partir de 2006. Il a alors été associé au bonheur, avec la publication très médiatisée des recherches de Layard, intitulées Happiness. Lessons from the New Science (2005), accompagnée de déclarations politiques comme celle de David Cameron, arguant en faveur de la mesure du bonheur intérieur brut. En réalité, il n’existe pas de définition officielle du bien-être au Royaume-Uni, comme nulle part ailleurs. Certains considèrent donc que le bien-être est l’équivalent du bonheur (Layard), tandis que d’autres relient le concept à la satisfaction, à la qualité de vie ou à la durabilité économique (OCDE, 2014, Scott, 2012).
La recherche récente sur le bien-être s’est centrée sur le bien-être subjectif qui, dans le domaine de la science économique, est proche de « l’utilitarisme délibératif » de John Stuart Mill : ce que les gens pensent et ressentent de leur vie. En effet, Mill rejetait l’hédonisme et défendait le bonheur humain consistant en l’exercice des capacités rationnelles de chacun. L’accent mis sur le bien-être « délibératif » est apparu après la publication de l’étude de 2009, rédigée sous la direction des économistes Jean-Paul Fitoussi, Amartya Sen, et Joseph Stiglitz, à la demande du Président Nicolas Sarkozy (Fitoussi, Sen, Stiglitz, 2009). L’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) a pris en compte les recommandations du rapport et publié un tableau de bord des indicateurs permettant de mesurer à la fois le bien-être objectif et subjectif. Dans le même esprit, en 2010, le premier ministre britannique David Cameron a chargé l’organisme national responsable des statistiques au Royaume-Uni, l’ONS, de créer un « indice du bonheur au Royaume-Uni », dans le cadre du projet sur le bien-être financé à hauteur de 2 millions de livres par année. Les documents de l’ONS considèrent ce type de bien-être subjectif comme permettant de donner une mesure fiable du bien-être et l’organisme indique qu’il le privilégie par rapport aux normes hédonistes dans les enquêtes conduites par les pouvoirs publics ou par les organismes ayant reçu leur aval au Royaume-Uni (ONS 2010, 2012, 2016). De récentes études considèrent aussi que le bien-être « comporte trois caractéristiques principales : la dimension matérielle qui met l’accent sur le bien-être matériel et le niveau de vie, la dimension relationnelle qui privilégie les relations personnelles et sociales, et la dimension subjective qui accorde de l’importance aux valeurs et aux perceptions. » Ces trois dimensions sont interdépendantes et les frontières qui les séparent très largement fluides (McGregor, 2007 ; Sumner and Mallett, 2013).
Cependant, l’accent mis sur le bien-être subjectif et, en particulier, sur « l’utilitarisme délibératif » nous éloigne des questions plus objectives liées aux inégalités ou à la protection sociale (Blanchflower, 2009; Gadrey, 2012). En effet, les récentes mesures du bien-être au Royaume-Uni ne prennent pas en compte les inégalités structurelles ou les relations sociales entre les communautés, qui constituent également des moteurs essentiels du bien-être. En outre, la signification du bien-être subjectif se rapproche de celle de l’utilité économique, car elle traite de « l’avantage personnel retiré par un individu d’une interaction particulière ou d’un comportement particulier » (Eichhorn, 2013).
La résurgence, depuis les années 1980, du laissez-faire du libéralisme économique du XIXe siècle représente donc une clé permettant une meilleure compréhension du contexte actuel de la notion de bien-être, qui favorise moins la protection sociale d’une façon générale et se préoccupe davantage de mesurer le bien-être individuel (Scott, 2012; Eichhorn, 2013). L’enthousiasme pour la mesure du bien-être ne semble toutefois pas être partagé par les États-Unis, où le modèle néo-libéral constitue également un cadre essentiel du paysage économique, politique et social. En effet, ceux qui étaient à l’origine de la promotion de la mesure du bien-être (Miringoff, 1999 ; Kahneman & Krueger, 2006 ; Gallup, 2008-2016) ont eu du mal à convaincre les agences, les législateurs et le public qu’il serait utile de recueillir et d’analyser des données sur le bien-être subjectif afin de pouvoir guider les politiques publiques. C’est assez surprenant pour un pays dont la Déclaration d’indépendance mentionne clairement que la recherche du bonheur constitue l’un des droits inaliénables de ses citoyens. Il est fort probable que les études montrant que la motivation pour la recherche du bonheur ne se traduisait pas par davantage de bien-être pour les Américains, aient refroidi l’enthousiasme à dépasser le taux de croissance du PIB, et à mesurer le bien-être dans ce pays (Easterlin, 1974 ; Lane, 2000 ; Frey and Stutzer, 2002 ; Shah and Marks, 2004 ; Pauwels 2014).
Le bien-être économique, dans le contexte politique actuel, est de plus en plus reconnu comme un objectif clé, au-delà de la simple croissance du PIB. Les politiques publiques cherchent à mesurer et à améliorer divers aspects du bien-être des citoyens, tels que la santé, l’éducation, et la qualité de vie. Cela implique une approche holistique qui prend en compte les dimensions sociales, environnementales et économiques.
L’importance du bien-être économique dans la politique actuelle:
- Reconnaissance du bien-être comme objectif politique:
Les gouvernements reconnaissent de plus en plus que le bien-être des citoyens est un facteur essentiel de la stabilité sociale et de la confiance dans les institutions.
- Mesurer au-delà du PIB:
Des indicateurs de bien-être, tels que ceux proposés par l’OCDE, permettent de suivre les progrès dans des domaines clés et d’orienter les politiques publiques vers des résultats plus complets.
- Intégration du bien-être dans la prise de décision:
Les décideurs politiques cherchent à intégrer le bien-être dans l’élaboration des politiques, en tenant compte des dimensions environnementales, sociales et économiques.
- Facteur de stabilité sociale:
Le bien-être économique peut influencer le soutien au gouvernement et la confiance dans les institutions, ce qui peut avoir des conséquences sur la stabilité politique et sociale.
- Impact sur la santé:
L’économie du bien-être peut conduire à des économies dans le secteur de la santé en améliorant les conditions de vie et en réduisant le stress et les maladies liées.
Exemples de politiques axées sur le bien-être:
- Politiques environnementales:
Des politiques visant à réduire la pollution, à promouvoir la durabilité et à protéger les ressources naturelles pour les générations futures.
- Politiques sociales:
Des politiques visant à réduire les inégalités, à améliorer l’accès à l’éducation et aux soins de santé, et à garantir des conditions de travail décentes.
- Politiques de développement:
Des politiques visant à promouvoir la croissance économique inclusive, à créer des emplois et à améliorer les revenus des populations.
En résumé, le bien-être économique est de plus en plus reconnu comme un objectif central des politiques publiques, avec une prise de conscience que la croissance économique seule ne suffit pas à assurer le bien-être des citoyens. Les gouvernements cherchent à intégrer le bien-être dans leur prise de décision, en utilisant des indicateurs pertinents et en mettant en œuvre des politiques qui tiennent compte de toutes les dimensions du bien-
La politique économique peut avoir plusieurs fonctions. Elle peut permettre d’améliorer l’allocation des ressources pour améliorer l’efficacité du fonctionnement de l’économie.
Alors, si vous pensiez que l’économie se résumait à calculer combien vous coûte votre café quotidien, détrompez-vous. Cette discipline est au cœur des grandes stratégies pour sauver la planète – tout en s’assurant que le budget et les politiques tiennent la route. Oui, même le climat peut se gérer avec un peu de rationalité économique (et beaucoup de données).L’économie, bien sûr ! Souvent perçue comme la discipline préférée des amateurs de graphiques et d’équations, l’économie va bien au-delà de sa réputation de “science de l’argent”. Dans ses fondations mêmes, elle regorge d’outils sophistiqués, de modèles prédictifs élégants (et complexes, avouons-le), et de solutions pragmatiques pour relever les défis environnementaux.

Patricia A. McCoy
Patricia A. McCoy est le fondateur du Consumer Financial Protection Bureau et est professeur d’assurance Liberty Mutual à la Boston College Law School.
Le bien-être économique dans le climat politique actuel
L’élection présidentielle de 2024 a marqué un tournant politique radical et inattendu. À la Maison Blanche, le président a promulgué une avalanche de décrets visant à démanteler la régulation économique. Son conseiller, Elon Musk, a déstabilisé les travailleurs en qualifiant la Sécurité sociale de système de Ponzi. Pendant ce temps, la majorité républicaine au Congrès a préconisé de fortes coupes dans les filets de sécurité sociale afin de financer les baisses d’impôts pour les hauts revenus.
Tout cela s’est déroulé dans un contexte politique extrêmement gênant : au moins la moitié des ménages américains manquent aujourd’hui de moyens financiers pour vivre. Et cela sans compter les petits luxes comme le streaming, l’internet haut débit ou les repas au restaurant. Au contraire, ces dizaines de millions de familles ne peuvent même pas payer le strict nécessaire, comme la nourriture, le logement, les vêtements, les transports, la garde d’enfants, les soins de santé et les impôts. Elles vivent dans une inquiétude et un besoin financiers constants.
Dans mon livre, « Sharing Risk: The Path to Economic Well-Being for All » , j’affirme que ce problème s’est aggravé à mesure que les risques financiers pesant sur les familles se sont accrus. Au cours des cinquante dernières années, les gouvernements et les entreprises ont progressivement transféré les risques financiers aux ménages. Le salaire minimum fédéral a stagné, les emplois stables ont diminué, l’assurance chômage a couvert de moins en moins de travailleurs, les États ont progressivement supprimé les subventions pour les frais de scolarité universitaires et les employeurs ont troqué de précieux avantages sociaux contre des plans 401(k) (voire supprimés).
En conséquence, les risques financiers encourus par les familles ordinaires ont atteint des proportions ingérables. Pourtant, trop souvent, les décideurs politiques recommandent à ces ménages d’« épargner davantage ». Ils les exhortent à constituer une épargne d’urgence, à mettre de l’argent de côté pour leurs études supérieures, à constituer un apport personnel et à mettre de côté un million de dollars (ou plus) pour leur retraite. Ces exigences d’épargne sont décourageantes pour la plupart des familles, mais elles sont tout simplement absurdes pour la moitié la plus modeste des ménages, qui ne peut même pas subvenir aux besoins essentiels.
Que faudra-t-il pour sécuriser financièrement les familles les plus démunies ? Dans « Sharing Risk » , je soutiens que la solution consiste à élargir le recours aux dispositifs de partage des risques. L’assurance privée est la forme la plus courante de partage des risques, et les exemples abondent. Le partage des risques prend en charge un risque qu’une personne assumerait autrement seule et en répartit le coût sur un plus grand nombre de personnes. Si le pire se produit et que le risque se matérialise, la personne lésée ne supportera plus seule la perte. C’est le groupe qui la prendra en charge. Ce faisant, le partage des risques améliore le bien-être social en protégeant tous les membres du groupe des pertes financières et en leur procurant une tranquillité d’esprit. De plus, il est généralement plus efficace de mutualiser les risques financiers que de les faire supporter individuellement. Le partage des risques est une solution gagnant-gagnant, car il protège davantage de personnes contre les risques à un coût total réduit.
Cette approche n’a rien de révolutionnaire. Le pays a recours depuis des années au partage des risques pour protéger les ménages de certains risques financiers. La sécurité sociale, l’assurance chômage et l’assurance maladie en sont des exemples.
Parallèlement, les programmes actuels de partage des risques du pays accusent leur âge. Compte tenu des lourdes charges financières qui pèsent sur de nombreux Américains, nous avons besoin de nouvelles formes de partage des risques adaptées aux conditions actuelles. Dans cet ouvrage, je décris de meilleurs dispositifs de partage des risques et la manière dont ils aideraient les familles à atteindre cinq étapes clés de la stabilité économique. Ces étapes leur permettent de s’épanouir en joignant les deux bouts, en accédant à la propriété, en se payant des soins de santé, en finançant leurs études supérieures et en profitant d’une retraite sûre.
À ce stade, on peut se demander s’il est réaliste d’appeler à un partage des risques accru dans le contexte politique actuel. Les doutes à ce sujet sont compréhensibles, en particulier pour les programmes menacés de régression. Pourtant, des progrès sont possibles dès aujourd’hui.
L’exemple le plus frappant est l’extension du crédit d’impôt pour enfants, soutenue par une majorité bipartite du Congrès. Parallèlement, un nombre important de républicains du Congrès dans les États républicains soutiennent activement la prolongation de Medicaid, fortement réclamée par leurs électeurs. Cela suggère que les membres du Congrès qui ignorent la détresse financière généralisée des électeurs mettent leur siège en péril. Maintenant que la majorité des familles n’ont même pas les revenus nécessaires pour survivre au mois, le pays a atteint un point de bascule politique. Plus que jamais, si les politiciens veulent être réélus, ils doivent prendre au sérieux la précarité financière des familles et promouvoir un partage des risques accru, et non réduit.
Analyser pourquoi la société devrait mutualiser et répartir les risques financiers que chaque famille supporte aujourd’hui.
Au cours des soixante dernières années, les entreprises et le gouvernement ont de plus en plus transféré les risques financiers aux ménages américains. Ce phénomène a poussé des dizaines de millions de personnes au bord de la rupture financière, aggravé les inégalités sociales et mis en péril la démocratie américaine. Dans « Sharing Risk » , Patricia A. McCoy, chercheuse et défenseure des consommateurs, s’appuie sur les traditions nationales de partage des risques pour soutenir les familles en mutualisant et en répartissant les risques financiers qu’elles doivent désormais assumer seules.
La plupart des débats politiques sur le stress financier des ménages examinent séparément les étapes clés du bien-être économique : joindre les deux bouts, accéder à la propriété, bénéficier de soins de santé de qualité, financer ses études supérieures et assurer une retraite sûre. McCoy propose la première analyse intégrée de la manière dont le partage des risques peut permettre aux familles d’atteindre concrètement ces cinq objectifs sans sacrifier l’un à l’autre. Elle formule des recommandations politiques spécifiques et montre comment le partage des risques, fort de sa longue et vénérable histoire, qui inclut la Sécurité sociale et l’Affordable Care Act, contribuerait au bien-être économique de tous.
Patricia A. McCoy , fondatrice du Consumer Financial Protection Bureau, est professeur d’assurance Liberty Mutual à la Boston College Law School.
Le partage des risques est au cœur du contrat social américain, mais une part trop importante des risques a été transférée aux ménages, tandis que les nouveaux risques ont été ignorés. L’ouvrage du professeur McCoy aborde brillamment ces lacunes critiques et propose un modèle pour un rêve américain renouvelé pour des millions de familles en difficulté. — Ray Boshara, chercheur principal à l’Aspen Institute.
« Cet ouvrage propose un formidable plan d’action pour les changements politiques nécessaires à la construction des États-Unis dans lesquels nous aspirons tous, où le travail acharné porte ses fruits et où chacun peut subvenir aux besoins de sa famille sans soucis financiers constants. Il propose à la fois de grandes idées et des changements politiques immédiatement réalisables pour faire de notre pays un lieu où chacun peut s’épanouir. Toute personne impliquée dans l’élaboration des politiques devrait lire cet ouvrage et agir en conséquence. » — Gail Hillebrand, chef de division retraitée du Bureau de la protection financière des consommateurs.
« Un ouvrage novateur. « Partage des risques » met en lumière avec brio nos dysfonctionnements actuels et propose une solution à la fois juste et efficace, en faisant du bien commun le fil conducteur des politiques publiques. C’est une lecture incontournable de notre époque. » — Christine A. Desan, professeure de droit Leo Gottlieb, Harvard Law School
Aujourd’hui, les vastes écarts de richesse et de revenus ont condamné la moitié des familles américaines à une vie de précarité économique. Dans Sharing Risk , Patricia McCoy s’appuie sur l’histoire pour présenter une nouvelle vision de la répartition et de la réduction des risques financiers écrasants supportés par un trop grand nombre de travailleurs. — Darrick Hamilton, professeur d’université et titulaire de la chaire Henry Cohen d’économie et de politique urbaine, The New School.
« L’un des changements les plus significatifs de la société américaine a été l’augmentation des risques financiers pesant sur les Américains ordinaires. Sharing Risk est un ouvrage marquant pour comprendre et traiter ce fardeau économique. Le concept d’assurance et de mutualisation des risques développé par Patricia McCoy est une solution créative et brillante pour affronter et atténuer ce problème profondément enraciné. » — Mark Robert Rank, auteur de The Random Factor: How Chance and Luck Profoundly Shape Our Lives and the World around Us.
« Ce livre est une lecture essentielle pour ceux qui se soucient d’améliorer la vie des familles américaines financièrement vulnérables. McCoy met à profit sa profonde expertise, traçant une véritable voie vers un bien-être socio-économique accru pour tous. » — Abbye Atkinson, professeure de droit, Université de Californie. Berkeley
« Sharing Risk » offre un compte rendu convaincant et concis des politiques économiques à l’origine de l’insécurité qui anime les politiques populistes actuelles, ainsi qu’un ensemble de politiques faciles à comprendre qui offrent une issue. Sharing Risk est une lecture incontournable pour quiconque – républicain, démocrate ou républicain – cherche à redonner espoir aux Américains en l’avenir. » — Tom Baker, professeur de droit William Maul Measey,Faculté de droit Carey de l’Université de Pennsylvanie.
“L’économie restera la science principale tant qu’on n’arrivera pas à se nourrir d’air et de vent.”Mihaly Tancsics
Fodé cissé, Directeur de Publication et Rédacteur en chef.

