Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
L’histoire politique du Sénégal est ponctuée de duos fusionnels qui, une fois confrontés à la réalité du sommet de l’État, finissent par se fracasser contre les récifs de l’ambition ou des divergences idéologiques.
Aujourd’hui, le pays semble assister, non sans une certaine stupeur, à ce que beaucoup redoutaient : la fissure d’un attelage que l’on disait indissociable.
Le slogan « Diomaye mooy Sonko » (Diomaye, c’est Sonko), qui a porté le Pastef vers une victoire éclatante en mars 2024, semble désormais appartenir à un passé révolu.
Le choc des réalités
Pendant des années, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont incarné un front uni contre le régime précédent. Mais l’exercice du pouvoir est un révélateur brutal.
D’un côté, un Président de la République, garant de l’unité nationale et des équilibres institutionnels ; de l’autre, un Premier ministre qui demeure le chef naturel du parti et l’idéologue en chef d’un projet de rupture radicale.
Les signaux de tensions se sont multipliés ces derniers mois, culminant en mars 2026 avec des déclarations de rupture qui ne laissent plus de place au doute.
Ousmane Sonko affirmait que le président Faye ne dispose pas de la légitimité partisane pour convoquer les députés du PASTEF.
Cette cohabitation “ardue” est le résultat d’une méfiance grandissante entre les deux hommes.
Le Premier ministre a levé toute ambiguïté sur ses ambitions, affirmant que “rien ni personne” ne pourra l’empêcher d’être candidat en 2029. Cette déclaration sonne comme un défi lancé au président Faye et à la magistrature.
Les récentes sorties d’Ousmane Sonko, critiquant ouvertement certaines orientations de la présidence ou menaçant de quitter le gouvernement, témoignent d’un malaise profond. Ce n’est plus seulement une question de « tempéraments » différents, mais une véritable crise de gouvernance.
Le PASTEF, majoritaire à l’Assemblée nationale, est une machine électorale structurée qui ne considère pas la mouvance présidentielle comme une menace. En revanche, le président Faye se retrouve dans une solitude partisane singulière, avec une coalition dirigée par Aminata Touré qui souffre d’un déficit de base électorale.
Entre idéalisme et pragmatisme
Au cœur de cette discorde, le dossier économique et la gestion de la dette — estimée à 11 milliards de dollars de dettes cachées — agissent comme un catalyseur. Là où Bassirou Diomaye Faye tente d’adopter une posture de gestionnaire face aux partenaires internationaux, Ousmane Sonko semble vouloir maintenir la pression pour une application stricte de la « ligne du parti ».
Cette fragmentation au sommet fragilise l’État. Lorsque le Premier ministre prend à partie le chef de l’État devant ses militants, c’est l’autorité même de la fonction présidentielle qui est mise à l’épreuve. Pour le Sénégalais moyen, l’espoir d’un changement structurel risque de se noyer dans les querelles de leadership.
Quel avenir pour le Sénégal ?
Le Sénégal est à un tournant. Si le divorce se confirme, il pourrait entraîner une recomposition politique majeure et, potentiellement, une instabilité institutionnelle si la majorité parlementaire devait se déchirer entre « Diomayistes » et « Sonkoistes ».
Le défi pour les deux hommes n’est plus de gagner une élection, mais de prouver qu’ils peuvent diriger ensemble malgré leurs différences. La « rupture » ne peut pas seulement être celle d’une amitié politique ; elle doit être celle des vieilles habitudes de pouvoir qui privilégient les ego aux intérêts de la Nation. Sans un sursaut de cohérence, le tandem risque de laisser derrière lui un goût amer de rendez-vous manqué avec l’histoire.
Les investisseurs internationaux et le FMI observent ce duel avec méfiance, craignant une paralysie décisionnelle qui pourrait compromettre la restructuration financière du Sénégal.
Une citation pertinente sur le thème « Le tandem à l’épreuve du pouvoir » illustre la complexité de partager l’autorité, souvent marquée par la méfiance plutôt que la collaboration. Une citation notable est celle de Jacques Chirac : « Le pouvoir ne se partage pas ».
Nous pouvons dire qu’au Sénégal désormais « Le pouvoir est une femme qui ne se partage pas. » — Ahmadou Kourouma.

