
Dakar,27 juillet 2025(JVFE)-Au bout des huit premiers mois de l’année 2014, le pays est en attente d’une reprise économique effective. Bien que de nombreux investisseurs explorent leurs options, la plupart préfèrent attendre pour s’assurer de la stabilité politique et de la direction politique du pays. De son côté, la faiblesse des ressources à disposition du gouvernement limite encore sa capacité. Un des développements récents le plus marquant se rapporte à l’accélération de la dépréciation de la monnaie nationale à cause du déficit persistant de l’offre sur le marché interbancaire des devises. Depuis le début de l’année, l’Ariary s’est dépréciée de 11% par rapport au dollar américain. Ceci a, entre autres, contribué au renchérissement du prix d’importation du riz alors que les riz importés jouent le rôle de stabilisateur en période de soudure. Octobre 2014,une loi de finances rectificatives (LFR) a été adoptée au mois d’août pour permettre au gouvernement de mettre en place son programme qui est axé sur l’amélioration de l’accès de la population aux services sociaux de base de qualité, le développement des infrastructures et le soutien aux secteurs productifs. La LFR prévoit des objectifs ambitieux : recettes supplémentaires équivalentes à 2.2% du PIB dont 0.9% des recettes fiscales et 1% des appuis budgétaires et augmentation des dépenses publiques 2.9% du PIB. Les dépenses supplémentaires sont constituées par les transferts, notamment des sommes destinées au remboursement des arriérés de la JIRAMA et de l’Etat et au paiement de subventions sur les produits pétroliers, et des investissements additionnels. L’administration a mis en œuvre des mesures pour améliorer les recettes fiscales mais reste encore loin de l’objectif pour l’année en cours. A la fin du mois d’août, les recettes fiscales collectées correspondent à 55% des recettes visées. Par conséquent, les dépenses risquent encore d’être réajustées aux recettes disponibles. Ceci provoquerait un écart important entre le budget et son exécution. L’Etat continue encore d’allouer une partie importante de ses ressources en subvention à la JIRAMA, sans pour autant en améliorer la performance. Cette dépense est à reconsidérer : bien qu’elle est essentielle pour maintenir l’activité du secteur privé et qu’elle contribue au bien-être de la population, elle ne bénéficie que les 14% de la population qui ont accès à l’électricité et ceux-ci font partie des classes les plus aisées. Pour financer son déficit, le recours de l’Etat aux avances statutaires a été multiplié par cinq depuis le début de l’année, dû en partie au taux élevé des bons de trésor par adjudication.
Les exportations du pays sont en net recul, avec une baisse marquée dans des secteurs stratégiques comme la vanille, le girofle et le textile. Selon la Banque centrale, dans sa note de conjoncture économique, les exportations de la Grande Île ont chuté de 11,9 % au premier trimestre 2025. La vanille enregistre une baisse de 45,3 %, conséquence d’une diminution de 44,5 % des volumes exportés, en raison des stocks. Le girofle connaît une baisse de 47,9 %.
« Cette situation démontre que les produits d’exportation sont malmenés par les conditions climatiques et l’incertitude de la conjoncture internationale », estime un observateur.
Selon plusieurs chercheurs en économie, la hausse des importations pèse également sur le cours de change et fragilise davantage la valeur de l’ariary.
« Depuis la fin de l’année 2024, les importations ont fortement augmenté, notamment dans des secteurs clés comme les infrastructures, le BTP ou encore les produits de première nécessité. Cela contribue au déficit commercial et à la baisse des rentrées de devises», explique un économiste de l’Université d’Antananarivo.

Importations massives
À titre d’exemple, la consommation de ciment a progressé de 20 % en 2024, une tendance qui s’est maintenue sur le premier semestre 2025, avec un marché fortement dominé par les importations. Ce secteur représente un volume estimé à 1,2 million de tonnes pour Madagascar, selon les données les plus récentes. Les importations ont atteint environ 1,03 million de tonnes sur les onze premiers mois de 2024, pour une valeur CAF de 345 milliards d’ariary, d’après la Direction générale des douanes.
Les importations de riz ont également fortement augmenté au premier semestre. Selon les données fournies par la DGD, les volumes importés durant les cinq premiers mois de 2025 ont déjà dépassé le total annuel de 2024. Le volume atteint 348 500 tonnes, contre 262 100 tonnes pour l’ensemble de l’année précédente. Cette hausse s’accompagne d’un bond en valeur : 795,8 milliards d’ariary en 2025 contre 307 milliards sur la même période en 2024. Cela représente une augmentation de 185 % en volume et de 159 % en valeur.
Des importations massives avaient d’ailleurs été signalées par la Banque centrale dans sa note de conjoncture publiée en mai. Elles avaient pour objectif de faire face à une production locale affaiblie par les conditions climatiques, provoquant un déséquilibre entre l’offre et la demande de riz sur le marché.
La Banky Foiben’i Madagasikara avait confirmé ces importations massives de riz au premier trimestre, justifiées par la nécessité d’éviter les pénuries et de stabiliser les prix.
« Les mauvaises conditions climatiques ont provoqué un déséquilibre entre l’offre et la demande de riz. Pour garantir l’approvisionnement du marché national et contenir les prix, d’importantes importations ont été réalisées», indique le rapport de la BFM.
La reprise des exportations de riz en provenance d’Inde a par ailleurs contribué à faire baisser les cours mondiaux, ce qui a favorisé l’augmentation des achats de la part de Madagascar.
Enfin, certains facteurs conjoncturels ont également alimenté cette pression sur la monnaie. Durant la période des festivités nationales, un afflux massif de produits importés, comme les lampions électriques, a été observé.
En dépit des discours officiels qui exaltent un avenir prometteur pour Madagascar, la réalité monétaire demeure alarmante. Depuis plusieurs années, l’ariary, la monnaie nationale, connaît une dévalorisation constante, exacerbée en 2025 par une inflation galopante et une balance commerciale déficitaire. La montée rapide des taux de change, notamment face à l’euro, traduit une perte de confiance croissante des acteurs économiques locaux et internationaux. La valeur de l’ariary ne cesse de diminuer, érodant le pouvoir d’achat des ménages et complicant le développement économique.
La Banque Centrale de Madagascar se trouve face à un dilemme : comment stabiliser une monnaie en chute libre tout en poursuivant ses politiques de relance ?
La faiblesse persistante de l’ariary, pourtant vieille de plusieurs décennies, s’est aggravée sous la pression des facteurs internationaux et internes. Un flou subsiste quant à l’efficacité des mesures mises en œuvre par les autorités, notamment face à une crise politique et économique qui fragilise davantage la stabilité du pays.
La dépréciation de la monnaie nationale reconfigure la scène économique malgache, impactant directement les acteurs majeurs tels que Madagascar Oil, Air Madagascar ou Holcim Madagascar. Les importations de biens vitaux, comme ceux orchestrés par Orange Madagascar ou Telma, deviennent de plus en plus coûteuses, alimentant un cercle vicieux inflationniste. Face à ces enjeux, une mobilisation collective autour d’un véritable plan de stabilisation apparaît désormais comme une nécessité urgente pour éviter une situation économique encore plus précaire.Alors que les autorités malgaches multiplient les déclarations ambitieuses sur le développement économique du pays, l’ariary, lui, poursuit silencieusement sa glissade face aux grandes devises, notamment l’euro. Selon les données officielles publiées par la Banque centrale de Madagascar, le taux de change est passé de 5 084 MGA pour un euro à plus de 5 190 MGA en moins d’un mois, frôlant même les 5 192 ariary au 2 juillet 2025. Une évolution que les autorités qualifient de « fluctuation », mais qui, pour les observateurs, s’apparente de plus en plus à une véritable érosion de la valeur monétaire nationale.
La faiblesse de l’ariary n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave d’année en année, accentuant le pouvoir d’achat déjà fragile des Malgaches. Le paradoxe est d’autant plus frappant que le gouvernement, par la voix de plusieurs ministres et du chef de l’État lui-même, n’a cessé de marteler que Madagascar est sur la voie du développement, vantant les partenariats internationaux, les projets d’infrastructures et la croissance des exportations. Pourtant, la monnaie nationale, baromètre essentiel de la santé économique, ne suit pas cette dynamique. Bien au contraire.
Cette dépréciation continue de l’ariary renchérit le coût des importations, impactant directement les prix des produits de consommation courante, souvent importés. Cela aggrave l’inflation que subissent les ménages, sans que des mesures claires de stabilisation monétaire ne soient mises en œuvre. Le silence relatif sur cette tendance de fond interroge : à quoi sert-il de parler de développement et de souveraineté économique si la monnaie elle-même, pilier de cette souveraineté, perd chaque mois un peu plus de sa valeur sur les marchés ?
Les facteurs internationaux à l’origine de la dépréciation de l’ariary en 2025
Plusieurs éléments de contexte international expliquent la dégradation continue de la valeur de l’ariary. La conjoncture mondiale, marquée par une crise financière persistante et une inflation croissante dans diverses zones économiques, a pesé sur la stabilité des devises émergentes. La baisse des réserves de change, notamment celles détenues par la Banque Centrale de Madagascar, limite la capacité du pays à défendre sa monnaie face aux fluctuations.
La fluctuation des taux de change de l’euro, qui représente une part significative des échanges commerciaux, est un facteur déterminant. En 2025, le taux de change officiel de l’euro vers l’ariary a connu une hausse spectaculaire, passant de 5 084 MGA à plus de 5 190 MGA en un mois seulement. Des facteurs tels que la spéculation financière sur les marchés mondiaux, alimentée par la volatilité des matières premières comme la vanille, jouent également un rôle. En effet, la virulente baisse du prix de la vanille, principale ressource d’exportation, contribue à un déséquilibre fatidique entre revenus et dépenses.
La situation des économies voisines et des partenaires commerciaux internationaux, tels que la Chine et la zone euro, influence directement la dynamique monétaire malgache. La guerre commerciale, l’instabilité politique dans certains pays d’Europe, ainsi que la crise énergétique mondiale renforcent l’incertitude, fragilisant davantage la monnaie locale.

Les enjeux internes aggravant la dévalorisation de la monnaie nationale
Les problématiques internes jouent un rôle tout aussi déterminant dans la dépréciation de l’ariary. La gestion économique maladroite, la corruption, la dépendance excessive aux importations, ainsi que la faiblesse du secteur productif national caractérisent la situation en 2025. La faiblesse de la production locale, notamment dans les industries agricoles, manufacturières ou extractives, oblige Madagascar à importer massivement des biens essentiels tels que le carburant ou les médicaments, accentuant la nécessité de dépenser davantage en devises étrangères.
La gouvernance économique s’avère fragile, avec une transparence limitée dans l’utilisation des fonds publics. La responsabilité du gouvernement, notamment la Banque Centrale de Madagascar, est mise en cause face à une absence de mesures concrètes pour contrer la chute de la monnaie. La corruption, décriée à plusieurs reprises, détourne des fonds qui auraient pu soutenir une politique monétaire plus ferme.
La faiblesse du secteur privé national empêche la création de richesses suffisantes pour soutenir une croissance durable. La dépendance aux investissements étrangers, notamment au niveau de sociétés comme Societe Générale Madagascar ou BNI Madagascar, rend l’économie vulnérable aux fluctuations du contexte international. La faiblesse des infrastructures, souvent inefficaces et peu modernisées, limite aussi la compétitivité des entreprises locales.
Dans cette optique, le déficit budgétaire chronique, conjugué à une inflation galopante, entraîne une fuite des capitaux, accélérant la dépréciation de la devise. La confiance des citoyens dans leur monnaie s’érode, la rendant de plus en plus vulnérable face aux chocs extérieurs.

Les limites des mesures de stabilisation monétaire en 2025
Face à cette dégradation, la réponse des autorités malgaches, essentiellement incarnée par la Banque Centrale de Madagascar, s’est révélée insuffisante face à l’ampleur du phénomène. Les interventions ponctuelles, telles que l’achat ou la vente de devises sur le marché, n’ont pas permis de freiner la chute de l’ariary. Les politiques monétaires restrictives, souvent motivées par la lutte contre l’inflation, se heurtent à une réalité économique peu favorable. La sortie de crise semble d’autant plus éloignée que la crédibilité des mesures prises est mise à rude épreuve.
La dépendance aux investisseurs étrangers, à travers des institutions comme Société Générale Madagascar ou BNI Madagascar, limite leur capacité à intervenir efficacement. La volatilité des marchés financiers, exacerbée par la crise mondiale, complique davantage la tâche des décideurs.
Par ailleurs, la politique de taux d’intérêt appliquée par la Banque Centrale ne suffit pas à stopper l’érosion monétaire. La faiblesse de la croissance économique, combinée à une inflation persistante, constitue un défi considérable. La mise en place de mesures structurelles, telles que le développement du secteur productif ou la diversification des sources de revenus, apparaît nécessaire pour restaurer la confiance dans la monnaie locale.
La faiblesse des réserves de change, notamment auprès de la Banque Centrale de Madagascar, limite considérablement la capacité de défendre le taux de change. La nécessité d’un accompagnement international, via des institutions comme le FMI, est évoquée, mais reste encore à concrétiser. En définitive, la dévaluation de l’ariary de 2025 témoigne de l’urgence d’un changement de cap global.

Les répercussions sociales et économiques de la chute de l’ariary
Les conséquences de la dévaluation accompagnent souvent une détérioration du quotidien des populations malgaches. La hausse du coût de la vie devient une réalité difficile à endurer pour la majorité des ménages, en particulier les plus vulnérables. La diminution du pouvoir d’achat entraîne une augmentation drastique des pauvretés et des inégalités sociales. La précarité alimentaire s’aggrave, alourdissant la charge des familles sur le secteur de la santé et l’éducation.
La dépréciation de la monnaie, en augmentant le prix des produits importés, bouleverse le fonctionnement des marchés locaux. Les produits de base, tels que la farine, le riz ou l’huile, deviennent hors de portée pour une large partie de la population. De surcroît, l’inflation pousse à une hausse des tarifs dans tous les secteurs, aggravant l’insécurité alimentaire et sanitaire.
Sur le plan économique, cette tendance fragilise les acteurs locaux, notamment Madagascar Oil, dont les investissements sont conditionnés par la stabilité monétaire. Le secteur privé, en grande partie dépendant des importations, est confronté à des coûts accrus. La volatilité des devises intègre aussi un climat d’incertitude qui freine l’entrepreneuriat.
Par ailleurs, de nombreux travailleurs informels voient leur revenu fondre, accentuant leur vulnérabilité. La baisse de la confiance envers la monnaie nationale, combinée à une inflation persistante, constitue une menace sérieuse pour la cohésion sociale. La nécessité urgente d’une stratégie de sortie de crise se fait ressentir, sous peine d’un délitement progressif des institutions et des structures sociales.

Les perspectives pour 2025 : quelles stratégies pour inverser la tendance ?
Face à la gravité de la dépréciation de l’ariary, une réflexion stratégique s’impose pour envisager une reprise de la stabilité monétaire. Le gouvernement malgache doit prioritairement engager un processus de réforme économique radicale. L’amélioration de la gouvernance, la lutte contre la corruption, et la diversification des sources de revenus apparaissent comme des axes majeurs.
La stimulation du secteur productif, notamment à travers le soutien aux filières agricoles, industrielles et technologiques, pourrait réduire la dépendance aux importations. La mise en place d’incitations pour les entrepreneurs locaux, couplée à une politique monétaire plus restrictive, pourrait également freiner la fuite des capitaux. La collaboration avec des institutions internationales telles que le Fonds Monétaire International (FMI) est souvent évoquée pour élaborer un plan de stabilisation crédible et durable.
La diversification économique doit aller de pair avec une modernisation des infrastructures, indispensables pour améliorer la compétitivité. Le développement de filières exportatrices, notamment dans l’agroalimentaire ou le textile, pourrait renforcer la balance commerciale. Enfin, une communication claire et transparente autour des enjeux monétaires est essentielle pour restaurer la confiance des citoyens et des partenaires étrangers. Seul un engagement collectif, mobilisant tous les acteurs du secteur privé, public et associatif, pourra espérer inverser la tendance et assurer l’avenir économique de Madagascar.
- “Une période de croissance lente sera nécessaire avant que les tensions inflationnistes ne se dissipent et que la Banque centrale puisse abaisser les taux d’intérêt, permettant ainsi au taux de change de se déprécier. “Études économiques de l’OCDE : Nouvelle-Zélande 2007 — 2008
FAQ : questions fréquentes sur la dévaluation de l’ariary en 2025
- Pourquoi l’ariary se déprécie-t-il face à l’euro et au dollar ? La dépréciation résulte principalement de facteurs internes comme la faiblesse de la production locale, ainsi que de facteurs internationaux, notamment la crise mondiale et la baisse des réserves de change.
- Quels sont les impacts immédiats pour les consommateurs malgaches ? La hausse des prix des produits importés, notamment alimentaires et pharmaceutiques, fragilise le pouvoir d’achat et amplifie la pauvreté.
- Quelles mesures concrètes peuvent aider à stabiliser la monnaie ? La diversification économique, l’amélioration de la gouvernance, le renforcement des réserves de change, et une collaboration accrue avec des institutions internationales sont essentielles.
- La dévaluation menace-t-elle la stabilité sociale à Madagascar ? Oui, car l’augmentation des inégalités, la précarité alimentaire et la frustration sociale peuvent engendrer des crises sociales majeures si aucune réponse adaptée n’est apportée.
- Quels exemples de pays ayant réussi à stabiliser leur monnaie en situation critique ? Certains pays africains, comme le Ghana ou le Kenya, ont réussi grâce à des réformes structurales et des partenariats internationaux à stabiliser leur devise, mais cela requiert une volonté politique et une cohérence stratégique forte.
Fodé Cisse ,Redacteur en Chef et Directeur de Publication “JVFE”

