DAKAR, 11 AOUT 2026 (JVFE)—Ousmane Sonko a ouvert la première session extraordinaire de l’année 2026 à l’Assemblée nationale en tant que président de l’institution, le lundi 10 août 2026.
Cette rentrée parlementaire cristallise d’importantes tensions institutionnelles et politiques au Sénégal.
Ouverture de la session extraordinaire
Devant 97 députés présents, Ousmane Sonko a vigoureusement défendu la régularité de la convocation de cette session par le Bureau de l’Assemblée nationale, balayant les critiques de l’opposition.
Les députés vont examiner cinq textes de loi sur une période de quinze jours, dont deux sont portés en procédure d’urgence par la majorité Pastef.
Les débats incluent une modification de l’article 37 de la Constitution ainsi que la révision du régime juridique des crédits spéciaux.
Le plan de rationalisation du secteur parapublic au Sénégal, présenté par l’ex Premier ministre Ousmane Sonko en Conseil des ministres, prévoit la suppression de 19 entités publiques et le repositionnement de 10 autres afin de réduire le train de vie de l’État.
Cette réforme structurelle majeure visait à éliminer les doublons administratifs et à assainir les finances publiques.
Les objectifs financiers et budgétaires
- 55 milliards FCFA d’économies : C’est le gain net cumulé attendu par le gouvernement sur une période de trois ans grâce à ces restructurations.
- Réduction de la charge publique : Les 19 entités supprimées cumulaient à elles seules plus de 28 milliards FCFA de dotations budgétaires et une masse salariale de 9,2 milliards FCFA.
- Apurement des dettes : Ces structures dissoutes traînaient une dette globale évaluée à 2,6 milliards FCFA au 31 décembre 2024.
Impact social et gestion du personnel
- 982 agents concernés : Le personnel travaillant au sein des entités supprimées avait fait l’objet de mesures d’accompagnement social.
- Garantie de redéploiement : Le gouvernement s’était engagé à redéployer les personnels touchés vers d’autres branches administratives pour éviter des licenciements massifs.
Les axes de la nouvelle gouvernance
- Fin de l’État dispersé : Le repositionnement de 10 structures stratégiques visait à transformer l’administration en un “État stratège” aux missions clarifiées.
- Harmonisation des salaires : Le plan impose un encadrement strict de la masse salariale et une harmonisation des grilles de rémunération dans tout le secteur parapublic.
- Contrôle accru : Ousmane Sonko avait instruit le renforcement des ressources de la Commission d’évaluation des agences d’exécution et du Comité de suivi du secteur parapublic pour assurer un audit permanent.

Commissions d’enquête parlementaire
Ousmane Sonko a validé l’inscription à l’ordre du jour de six commissions d’enquête parlementaire sur des dossiers très sensibles.
Il a précisé avoir personnellement consulté le ministre de la Justice pour s’assurer qu’aucun de ces dossiers n’était simultanément sous le coup d’une procédure judiciaire en cours, respectant ainsi le règlement intérieur.
Les six commissions d’enquête parlementaire validées par Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale visent à faire la lumière sur plusieurs scandales financiers, fonciers et administratifs majeurs.
Voici le détail de ces dossiers très sensibles mis à l’ordre du jour :
Scandales de gestion publique et d’infrastructures
- Le programme « Un étudiant, un ordinateur » : Enquête sur des soupçons d’irrégularités et de dysfonctionnements dans les procédures d’attribution de ce marché d’équipement numérique universitaire.
- L’usage des mécanismes financiers « Total Return Swap » (TRS) : Investigations techniques sur le recours opaque à ce type de dérivés financiers complexes au sein de la gestion publique.
- Les conditions d’attribution des licences de pêche : Clarification sur le manque de transparence entourant l’octroi des droits d’exploitation des ressources maritimes nationales.
Patrimoine de l’État et fiscalité
- La gestion foncière : Audit approfondi de l’attribution et de la spoliation de vastes réserves foncières stratégiques à travers le pays.
- La cession du patrimoine bâti de l’État : Contrôle de la régularité des ventes et des transferts de propriétés et bâtiments appartenant au domaine public.
- La gestion des exonérations fiscales : Vérification des passe-droits et des pertes financières causées par les dispenses d’impôts accordées à certaines entités privées.
Cinq textes législatifs majeurs, répartis entre deux propositions de loi d’origine parlementaire et trois projets de loi du gouvernement, sont examinés en urgence durant cette session de quinze jours.
Voici le détail de ces réformes :
Les deux propositions de loi (initiatives parlementaires)
- La modification de l’article 37 de la Constitution (n°33-2026) : Portée par la majorité, cette révision vise à réformer en profondeur le cadre de la déclaration de patrimoine du président de la République afin de renforcer la transparence au sommet de l’État.
- L’encadrement des crédits spéciaux (n°34-2026) : Ce texte cherche à réviser le régime juridique et à imposer un contrôle strict sur l’usage des fonds secrets et crédits spéciaux, historiquement jugés trop opaques.
Les trois projets de loi (initiatives du gouvernement)
- La refonte du Code du travail (n°15-2026) : Une mise à jour globale de la législation du travail qui suscite déjà de vifs débats et l’opposition de certains regroupements syndicaux.
- La révision du Code de la sécurité sociale (n°16-2026) : Un projet de loi complémentaire destiné à moderniser les droits et les structures de protection sociale des travailleurs.
- La sécurité numérique (n°25-2026) : Un texte technique crucial portant sur la protection des infrastructures d’information critiques, visant à renforcer la souveraineté numérique du pays.
La Conférence des présidents est chargée d’arrêter le déroulé exact des travaux, qui porteront sur un éventail de réformes d’envergure.
Au total, l’ordre du jour intègre avec 3 projets de loi gouvernementaux, 2 propositions de loi et 6 propositions de résolution portant création de commissions d’enquête parlementaires. Il s’agit de la refonte du Code du travail (n°15-2026), la révision du Code de la sécurité sociale (n°16-2026) et du texte sur la protection des infrastructures d’information critique et la sécurité numérique (n°25-2026), de la modification de l’article 37 de la Constitution relatif à la déclaration de patrimoine du président de la République (n°33-2026) et de l’encadrement du régime juridique des crédits spéciaux (n°34-2026). Ces commissions temporaires de six mois viseront à faire la lumière sur des dossiers sensibles tels que la gestion foncière, la cession du patrimoine bâti de l’Etat, l’usage des mécanismes financiers de type Total Return Swap (Trs), l’exécution du programme «Un étudiant, un ordinateur», la gestion des exonérations fiscales, ainsi que les conditions d’attribution des licences de pêche.
Contexte de rivalité politique
Depuis son élection au perchoir en mai 2026 suite à son limogeage de la Primature, Ousmane Sonko utilise la majorité écrasante du parti Pastef (130 sièges sur 165) pour marquer son autonomie politique.
Ces initiatives législatives prolongent directement la rivalité et le jeu de forces entre le camp d’Ousmane Sonko et celui du président Bassirou Diomaye Faye.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
