RDC : les ADF étendent leur présence vers la Tshopo et le Haut-Uélé pour contourner la pression militaire des opérations conjointes menées par les armées congolaise (FARDC) et ougandaise (UPDF)

DAKAR, 11 AOUT 2026 (JVFE)—Les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) étendent leur rayon d’action au-delà de leurs bastions historiques pour contourner la pression militaire des opérations conjointes menées par les armées congolaise (FARDC) et ougandaise (UPDF).

Le bilan récent des opérations militaires conjointes entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’Uganda People’s Defence Force (UPDF) — baptisées Opération Shujaa — reste profondément mitigé.

Malgré des succès tactiques sur le terrain contre les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), l’insécurité persiste et s’étend.

Cette expansion géographique se manifeste par plusieurs dynamiques clés :

Facteurs de l’expansion

L’offensive “Opération Shujaa” au Nord-Kivu et en Ituri pousse les rebelles à fuir vers l’ouest et le nord.

Les provinces de la Tshopo et du Haut-Uélé offrent d’immenses zones forestières isolées, propices à l’établissement de nouvelles bases arrières.

Les attaques ciblent souvent les routes commerciales vitales (comme l’axe reliant l’Ituri à la Tshopo) pour piller des marchandises, kidnapper des civils et autofinancer leurs opérations.

Conséquences humanitaires et sécuritaires

Les violences entraînent des vagues de déplacés internes vers des zones auparavant jugées sûres.

L’élargissement du front oblige l’armée congolaise à disperser ses troupes pour sécuriser de nouveaux territoires.

La progression vers le Haut-Uélé rapproche potentiellement la menace des frontières du Soudan du Sud et de la République centrafricaine.

Succès tactiques et militaires

Plusieurs bases arrière majeures des ADF et d’autres groupes armés (comme la CODECO) ont été démantelées dans le Nord-Kivu et en Ituri.

Plus de 200 civils capturés ont été récemment secourus au cours des assauts en forêt profonde.

De nombreuses armes lourdes, munitions et engins explosifs improvisés ont été récupérés, notamment lors de frappes menées à l’ouest de la rivière Epulu.

Face à l’évolution de la menace, les états-majors ont élargi leur zone de patrouille aux axes clés de Beni, Kasindi, Butembo et de l’Ituri pour couper les lignes logistiques rebelles.

Échecs et limites critiques

Malgré le déploiement militaire, l’efficacité des opérations reste fortement contestée par la société civile. Pour le seul premier semestre 2026, au moins 431 civils ont été tués par les ADF en six mois.

Évitant les affrontements directs avec les colonnes blindées FARDC-UPDF, les rebelles se sont restructurés en petites cellules mobiles hautement violentes. Ils se ruent sur des villages isolés et sans défense.

Comme vous l’avez souligné, la pression exercée dans les bastions initiaux a poussé les ADF à déborder vers l’ouest (territoire de Mambasa) et vers les provinces de la Tshopo et du Haut-Uélé.

Le dernier rapport des experts des Nations Unies souligne un manque critique d’effectifs sur le terrain. Les FARDC sont massivement détournées vers le sud du Nord-Kivu pour faire face à la rébellion du M23. Cette faille sécuritaire oblige l’opération Shujaa à s’appuyer de manière risquée sur des milices locales (Wazalendo).

Cette situation a poussé les présidents Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni à se réunir d’urgence à Kampala pour restructurer la chaîne de commandement et tenter d’endiguer cette nouvelle extension géographique.

Face à la progression sans précédent des rebelles ADF vers la Tshopo et le Haut-Uélé, les autorités locales tentent de mutualiser leurs efforts sécuritaires pour bloquer l’ancrage de la rébellion avant qu’elle ne sanctuarise ces nouvelles provinces.

La réponse politique et administrative s’articule autour de trois axes majeurs :

Concertations de crise et alliances interprovinciales

Début juillet 2026, sous l’égide du vice-Premier ministre de l’Intérieur, les responsables sécuritaires de cinq provinces se sont réunis d’urgence à Kisangani (Tshopo). L’objectif est de bâtir un plan de riposte collectif incluant les territoires nouvellement menacés.

 Les 7 et 8 août 2026, le gouverneur du Haut-Uélé, Jean Bakomito, s’est entretenu de manière stratégique avec son homologue de l’Ituri. Ils ont signé un accord pour renforcer le partage de renseignements militaires et synchroniser la traque des réseaux logistiques des ADF à leurs frontières communes.

Contre-offensive et communication de crise

Au Haut-Uélé, le gouverneur s’appuie sur le secteur opérationnel des FARDC qui a récemment intercepté des cellules de soutien logistique des ADF (composées de complices locaux et de recruteurs) à Suka na Mboka. Les autorités locales multiplient les déclarations rassurantes pour affirmer que les rebelles sont “en perte de vitesse” afin de limiter la panique.

Un déploiement de troupes supplémentaires a été ordonné pour quadriller le corridor critique reliant Mambasa (Ituri) – Wamba (Haut-Uélé) – Bafwasende (Tshopo).

Les appels à l’aide des autorités coutumières

En première ligne, les chefs locaux et coutumiers se disent dépassés par ce “nouveau visage de l’horreur”. Janvier Asinota, chef du groupement de Bafwakoa (frontière Ituri-Tshopo), a publiquement supplié le gouvernement central d’envoyer des renforts massifs.

Les administrations locales de Watsa, Wamba et Bafwasende font face à une crise humanitaire aiguë avec l’arrivée subite de plus de 10 000 déplacés internes, une situation qui sature complètement les infrastructures d’accueil locales.

L’insécurité chronique causée par les rebelles ADF paralyse l’économie de l’est de la République démocratique du Congo en frappant directement sa colonne vertébrale : le transport de marchandises et la connectivité des infrastructures routières. Le passage de la violence vers les provinces de la Tshopo et du Haut-Uélé asphyxie de nouveaux poumons économiques.

L’impact économique de cette insécurité s’analyse à travers plusieurs conséquences majeures :

Destruction d’actifs et paralysie du trafic

Les attaques récurrentes sur les axes routiers (notamment la route Mambasa–Kisangani) se soldent systématiquement par l’incendie de camions de marchandises, de citernes de carburant et de motos. Chaque incursion ruine des investissements logistiques privés colossaux.

Face au risque de mort, la Fédération des entreprises du Congo (FEC) et les syndicats de chauffeurs décrètent régulièrement des journées “ville morte” ou suspendent le trafic. Cette paralysie bloque l’approvisionnement des grands centres de consommation comme Kisangani, Beni ou Butembo.

Explosion des coûts de transport et inflation

Les transporteurs qui acceptent encore de rouler répercutent le “risque de guerre” sur les tarifs du fret. Les coûts opérationnels montent en flèche en raison des détours géographiques imposés et du paiement obligatoire d’escortes militaires.

L’obligation de contourner les zones d’embuscade allonge les temps de trajet. Les produits périssables (denrées agricoles) pourrissent en route, créant une rareté sur les marchés urbains et une inflation immédiate des prix des produits de première nécessité.

Effondrement des filières agricoles et minières

Le territoire de Mambasa et les zones limitrophes de la Tshopo sont d’importants bassins agricoles. L’insécurité sur les pistes rurales empêche l’évacuation du cacao, de l’huile de palme et du café vers les ports fluviaux ou les frontières. Les agriculteurs perdent leurs revenus, aggravant la crise humanitaire.

L’extension des ADF vers l’ouest cible précisément les zones d’exploitation minière artisanale. En perturbant les comptoirs officiels et en prenant le contrôle de carrés miniers (comme à Tepe), les rebelles imposent un racket sur le transport de l’or, privant l’État de recettes fiscales cruciales.

Perte d’attractivité et asymétrie régionale

Les banques et les grands opérateurs logistiques refusent de financer ou de déployer des flottes neuves dans ces zones classées “rouges”.

Alors que la RDC tente d’intégrer le commerce régional, la coupure des routes reliant les ports de l’océan Indien (via l’Ouganda) au fleuve Congo (à Kisangani) maintient le nord-est du pays dans un isolement économique structurel.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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