DAKAR, 14 OCTOBRE 2026 (JVFE)—L’essor des paris sur les élections de mi-mandat (midterms) aux États-Unis connaît une accélération spectaculaire, transformant la dynamique des prévisions politiques. Propulsés par des décisions réglementaires et l’omniprésence des plateformes de marchés de prédiction, ces volumes financiers atteignent des sommets inédits.
Derrière les chiffres se cachent des dynamiques de marché très spécifiques, des batailles juridiques locales et une forte concentration des capitaux.
Une explosion des volumes et une mutation des paris
Les données partagées par des groupes de recherche comme l’ACDC mettent en lumière un changement radical d’échelle et de méthode de trading entre les cycles électoraux précédents et celui de 2026.
| Indicateur clé | Cycle 2024 | Cycle 2026 (Mi-mandat) |
| Volume global des échanges | 92 millions $ | Plus de 220 millions $ |
| Paris ciblés sur le vainqueur | 71 % des marchés | 16 % des marchés |
| Paris ciblés sur la marge de victoire | Minoritaire | 58 % des marchés |
Alors que le marché se concentrait historiquement sur l’identité du vainqueur, les parieurs misent désormais majoritairement sur des données précises comme les écarts de voix (marges) ou le taux de participation électorale.
Une concentration extrême : la loi du 1 %
Derrière l’apparente démocratisation de ces plateformes, l’activité réelle est pilotée par une poignée de gros investisseurs.
Le 1 % des portefeuilles les plus actifs représente à lui seul 70 % du volume total des transactions sur les marchés du Congrès.
De plus, l’essentiel des capitaux s’agglutine autour de quelques duels hyper-médiatisés au Sénat américain :
- Le Texas : La course ouverte entre le démocrate James Talarico et le républicain Ken Paxton concentre la majorité absolue de l’attention (générant par exemple plus de 4 millions de dollars de volume sur un seul marché).
- Le Maine, le Michigan et la Caroline du Sud : Ces États complètent le carré d’or des scrutins les plus tradés.
La bataille des États face à la réglementation fédérale
Cette explosion du marché ne se fait pas sans heurts. Les plateformes comme Kalshi et Polymarket naviguent dans un flou réglementaire et politique tendu :
- La résistance locale : Plusieurs États tentent de freiner cette tendance. En Minnesota, par exemple, une interdiction locale des marchés de prédiction électorale a été bloquée de justesse par un juge fédéral juste avant son entrée en vigueur à l’été, estimant que le droit fédéral prévalait sur les interdictions étatiques.
- L’opposition de l’opinion : Selon les sondages, près de 60 % des Américains s’opposent à l’autorisation des paris sur les scrutins politiques, assimilant cette pratique à du jeu de hasard pur et simple (casino) qui pourrait nuire à la confiance démocratique.
- L’argument des plateformes : À l’inverse, les partisans de ces structures soutiennent que ces marchés agissent comme des agrégateurs d’informations totalement impartiaux, souvent plus rapides et précis que les instituts de sondage traditionnels pour capter les tendances réelles du terrain.
Ces marchés prédisent d’ailleurs une forte probabilité de pivot politique à Washington, avec des cotes nettement favorables aux démocrates pour la reprise de la Chambre des représentants
Les paris sur les élections de mi-mandat aux États-Unis ont fortement progressé cette année sur Polymarket et Kalshi, des marchés prédictifs qui ont gagné en notoriété en 2024 après avoir contredit les sondages d’opinion traditionnels en indiquant que le président Donald Trump remporterait la présidence.
Ces marchés permettent aux traders d’acheter et de vendre des contrats binaires « oui » ou « non » sur un éventail d’issues électorales, notamment le parti qui contrôlera le Congrès et le candidat qui remportera chaque scrutin, ainsi que sur des questions comme la date à laquelle certains candidats pourraient se retirer.
Bien que les paris électoraux ne représentent encore qu’une petite part des échanges réalisés sur les marchés prédictifs, certains responsables publics et groupes de défense de l’intérêt général craignent qu’ils ne sapent la confiance dans l’intégrité de la démocratie américaine et n’ouvrent de nouvelles possibilités de délits d’initiés.
Kalshi a suspendu une poignée de candidats qui pariaient sur leur propre scrutin, tandis que le radiodiffuseur public NPR a rapporté en mai que des membres d’équipes de campagne pariaient également sur les scrutins auxquels ils travaillaient.
Polymarket, Kalshi et les autres plateformes affirment que leurs marchés contribuent à faire émerger des informations exactes et impartiales. Elles assurent également être bien équipées pour lutter contre les comportements répréhensibles et transmettre régulièrement des dossiers aux autorités américaines. Kalshi interdit aux responsables politiques et aux membres des équipes de campagne de négocier des contrats électoraux.
Mais la plupart des Américains sont opposés à l’utilisation de marchés prédictifs pour parier sur les élections, selon un sondage d’opinion Reuters/Ipsos publié lundi.
« Les marchés prédictifs électoraux appliquent une nouvelle technologie financière disruptive à notre processus démocratique », a déclaré Michelle Kendler-Kretsch, chercheuse au sein de l’Anti-Corruption Data Collective (ACDC), un collectif basé à Washington qui a étudié les tendances des paris à partir de données rendues publiques par les plateformes.
« Ces données viennent de la base, et non des élites », a déclaré un porte-parole de Kalshi. « Les marchés prédictifs permettent de voir ce que disent les gens lorsqu’il y a de l’argent en jeu. »
Les marchés électoraux de Polymarket affichent un taux de précision de 98 % à la veille d’un scrutin, a indiqué un porte-parole de l’entreprise. « Nous fournissons des informations fiables à un public qui en manque cruellement. Nous utilisons des systèmes de surveillance de pointe et des dispositifs de détection dédiés, conçus pour les marchés politiques. »
L’ACDC a analysé plus de 21 000 marchés portant sur les élections de mi-mandat au Congrès américain de 2026 sur les plateformes internationale et américaine de Kalshi et de Polymarket, jusqu’au 30 septembre, et les a comparés à 463 marchés consacrés aux élections au Congrès de 2024.
Pour ce cycle électoral, le nombre de marchés a rapidement dépassé celui de 2024 et a continué de progresser à l’approche du scrutin. Si davantage de sièges au Congrès sont couverts cette année, le nombre de marchés pour chaque scrutin a également augmenté, en se concentrant sur des variables électorales plus détaillées et plus précises, selon l’ACDC.
Sur les trois marchés, les traders ont misé plus de 220 millions de dollars depuis le début de ce cycle, contre 92 millions de dollars pour l’ensemble du cycle de 2024, selon l’ACDC. En 2024, les paris s’étaient poursuivis après le jour de l’élection, l’issue de certains scrutins restant incertaine.
En 2024, 71 % des marchés électoraux portaient sur le vainqueur d’un scrutin.
Pour ce cycle, seuls 16 % des marchés concernent les vainqueurs, tandis que la majorité, soit 58 %, se concentre sur l’écart par lequel un candidat l’emportera. Les marchés portant sur la participation électorale à un scrutin sont également plus nombreux cette année.
Toutefois, l’immense majorité des volumes échangés porte toujours sur le vainqueur, de nombreux marchés électoraux plus ésotériques ne faisant l’objet que de très peu d’échanges, selon Michelle Kendler-Kretsch.
Globalement, les paris électoraux sont fortement concentrés.
La majeure partie des 220 millions de dollars de volume d’échanges porte sur quelques scrutins, notamment la course au Sénat du Texas, dans laquelle le candidat démocrate James Talarico affronte le républicain Ken Paxton pour un siège vacant. Les traders misent également massivement sur les élections sénatoriales dans le Maine, le Michigan et la Caroline du Sud, selon l’ACDC.
Les données de la plateforme internationale de Polymarket, qui fournit également des informations sur les comptes ou « portefeuilles », laissent penser que quelques traders dominent les paris électoraux.
Le 1 % des portefeuilles les mieux classés sur Polymarket, selon leur volume d’échanges sur les marchés du Congrès, représente 70 % de l’ensemble du volume des paris sur le Congrès pour ce cycle, selon l’ACDC.
NOTRE RAPPORT D ANALYSE JVFE
L’analyse des marchés prédictifs électoraux (comme Polymarket et Kalshi) révèle des transformations structurelles majeures et une croissance financière exponentielle entre les cycles de 2024 et de 2026.
Évolution comparative des marchés prédictifs électoraux
| Métrique / Caractéristique | Cycle électoral 2024 | Cycle électoral 2026 |
|---|---|---|
| Volume total des transactions | 92 millions \(** (cycle complet) \vert{} **Plus de 220 millions\) (jusqu’au 30 sept.) | |
| Contrats axés sur le vainqueur | 71 % des marchés | 16 % des marchés |
| Contrats axés sur l’écart de victoire | Donnée minoritaire | 58 % des marchés |
| Concentration du volume (Portefeuilles) | Non spécifié | 70 % du volume du Congrès détenu par le Top 1% des comptes |
| Précision revendiquée (veille du scrutin) | 98 % (Polymarket) | 98 % (Polymarket) |
Analyse des tendances clés du cycle 2026
- Granularité accrue des paris : Les traders délaissent la simple prédiction du vainqueur au profit de variables extrêmement détaillées, notamment l’écart exact de victoire (58 % des marchés) et les taux de participation.
- Concentration extrême des mises : L’immense majorité des 220 millions $ se concentre sur une poignée de scrutins clés, en particulier la course au Sénat du Texas opposant le démocrate James Talarico au républicain Ken Paxton. Le Maine, le Michigan et la Caroline du Sud captent également l’essentiel du volume.
- Une oligarchie de traders : Les données de Polymarket démontrent que les paris ne sont pas uniformément répartis : à peine 1 % des portefeuilles les plus actifs génère 70 % de la totalité du volume financier sur les scrutins du Congrès.
- Débat démocratique et intégrité : Face aux craintes de délits d’initiés soulevées par l’Anti-Corruption Data Collective (ACDC), des plateformes comme Kalshi ont dû suspendre des candidats pariant sur leur propre élection et interdire formellement l’accès aux équipes de campagne.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
