De très petites doses de lithium pourraient prévenir la progression de la maladie d’Alzheimer, rapportent des chercheurs de l’école de médecine de l’Université Harvard.
Selon les résultats de cette étude, menée sur une période de sept ans et publiée dans la revue Nature (nouvelle fenêtre), le lithium jouerait un rôle essentiel dans la protection de la santé cérébrale. Une baisse des concentrations de lithium dans le cerveau serait ainsi un signe précurseur de la maladie d’Alzheimer.
Selon le Dr Serge Gauthier, directeur de l’unité de recherche sur la maladie d’Alzheimer au Centre de recherche Douglas, qui n’a pas participé à cette étude, ces preuves sont convaincantes et démontrent le potentiel du lithium pour prévenir cette maladie.
Le lithium, ainsi que d’autres métaux comme le fer, le cuivre et le zinc, sont naturellement présents à de faibles concentrations dans le cerveau et sont essentiels à son bon fonctionnement. Plusieurs chercheurs ont émis l’hypothèse qu’une variation dans le niveau de certains de ces métaux serait peut-être liée à la maladie d’Alzheimer.
C’est pourquoi l’équipe de Harvard (nouvelle fenêtre) a d’abord mesuré les niveaux de 27 métaux dans le cerveau de personnes âgées décédées. Certaines n’avaient aucun trouble cognitif, tandis que d’autres présentaient un trouble cognitif léger, et d’autres encore étaient atteintes de la maladie d’Alzheimer.
Les chercheurs ont constaté que seule la concentration de lithium était significativement réduite non seulement dans le cerveau de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mais aussi chez celles présentant une déficience cognitive légère.
Dans les cerveaux de personnes ayant des pertes cognitives, ils ont aussi observé la présence de dépôts de lithium dans les plaques amyloïdes, alors qu’il y avait moins de lithium dans les zones environnantes.
Selon les chercheurs, les plaques amyloïdes agissent comme des aimants à lithium
, piégeant ce métal. Ceci entraîne un cercle vicieux : une carence de lithium entraîne la formation de plaques, ce qui diminue la quantité de lithium dans le cerveau et entraîne la formation de davantage de plaques.
L’équipe de Harvard suggère aussi qu’une carence de lithium active le GSK3β, une enzyme qui contribue à la formation des plaques amyloïdes et de la protéine tau.
Pour mieux comprendre si une carence en lithium dans le régime alimentaire pourrait augmenter le risque de développer la maladie d’Alzheimer, les chercheurs ont soumis des souris génétiquement prédisposées à développer des symptômes proches de la maladie d’Alzheimer à une diète pauvre en lithium pendant cinq semaines.
Ils ont observé que les cerveaux de ces animaux présentaient jusqu’à deux fois et demie plus de plaques amyloïdes que ceux soumis à une diète comportant une quantité normale de lithium. Ces souris présentaient également une aggravation marquée des troubles de mémoire et un déclin cognitif.

Les souris ont été génétiquement modifiées pour « mimer la maladie d’Alzheimer ».

Le Dr Claudio Cuello, professeur au département de pharmacologie et de thérapeutique de l’Université McGill, étudie la maladie d’Alzheimer depuis de nombreuses années.
Selon le Dr Claudio Cuello, professeur au département de pharmacologie et de thérapeutique de l’Université McGill, les travaux de Harvard valident ses propres recherches sur le lithium (nouvelle fenêtre) et la maladie d’Alzheimer. “Ils ont utilisé une approche novatrice. Ils confirment ce que nous avions montré dans le passé avec notre recherche. C’est une bonne nouvelle pour des chercheurs, comme moi, qui sont prêts à entreprendre des études cliniques”
Une citation de Dr Claudio Cuello, Université McGill
Il y a 10 ans, le Dr Cuello avait lui aussi étudié le rôle du lithium dans la maladie d’Alzheimer
Il souligne que d’autres chercheurs suivent cette piste.
Une étude danoise (nouvelle fenêtre) publiée en 2017 montrait que les personnes qui consomment de l’eau potable ayant des niveaux plus élevés de lithium étaient moins susceptibles de recevoir un diagnostic de démence.
De plus, une étude menée au Royaume-Uni (nouvelle fenêtre) a révélé que les personnes à qui l’on prescrivait du lithium avaient environ deux fois moins de risques de recevoir un diagnostic de maladie d’Alzheimer que celles d’un groupe témoin.
Des microdoses plus efficaces
Pour mieux comprendre comment administrer le lithium comme traitement préventif, l’équipe de Harvard a testé 16 sels de lithium.
Une diète de carbonate de lithium, connu comme stabilisateur de l’humeur et administré aux personnes souffrant de troubles bipolaires et de dépression, n’était pas très efficace pour prévenir la formation de plaques amyloïdes.
Par contre, chez les souris nourries pendant cinq semaines avec des microdoses d’orotate de lithium, on a observé une réduction des lésions cérébrales et une amélioration de la mémoire.
Les concentrations administrées aux souris dans le cadre de l’étude de Harvard étaient 1000 fois inférieures aux doses utilisées pour traiter les troubles bipolaires.
Le Dr Cuello avait étudié cette même approche en 2017.” Notre laboratoire défend depuis longtemps l’idée que l’administration continue de micro-lithium pourrait être un traitement préventif de la maladie d’Alzheimer.
“
Le chercheur a testé chez des rats une préparation conventionnelle de lithium, avec une dose similaire à celle utilisée pour les troubles de l’humeur.
Toutefois, une telle quantité de lithium n’était pas tolérée par les rats, et la recherche a été interrompue. L’équipe a conçu une nouvelle préparation, un nanolithium (nouvelle fenêtre) avec une concentration 400 fois moins élevée.
“Notre laboratoire a démontré que des microdoses de lithium arrêtent la progression de la maladie d’Alzheimer et améliorent les résultats cognitifs, sans effets indésirables.”
Ses résultats ont d’ailleurs piqué la curiosité d’une société française de biotechnologie pharmaceutique, Medesis, qui a accepté d’entreprendre une étude clinique (nouvelle fenêtre). Malheureusement, cette entreprise a été dissoute avant la fin des travaux.
Ils ont signalé une certaine amélioration [chez les personnes qui ont reçu du lithium], mais on n’a pas accès aux données, se désole-t-il.
Depuis, le Dr Cuello et son équipe ont mis au point une nouvelle formule de microlithium. Ils prévoient publier bientôt les résultats de leurs travaux et sont dans le processus d’entreprendre une étude clinique en Argentine.
L’équipe de Harvard espère elle aussi procéder à des essais cliniques avec sa préparation d’orotate de lithium.
Entre-temps, le Dr Serge Gauthier prévient qu « ‘il ne faut pas se garrocher sur le lithium
». « Ce n’est pas recommandé de commencer à ingérer du lithium à haute dose
», précise-t-il.

Le Dr Serge Gauthier, neurologue et directeur de l’unité de recherche sur la maladie d’Alzheimer au Centre McGill d’études sur le vieillissement.
Cette nouvelle étude est extrêmement encourageante, croit le Dr Gauthier, qui dit avoir le lithium sur son radar (nouvelle fenêtre) depuis plusieurs années. « On a une liste de cinq médicaments qui sont déjà utilisés pour d’autres conditions qu’on pense pouvoir réutiliser [pour la maladie d’Alzheimer]. Il y a notamment certains médicaments pour la pression et pour le cœur, et il y a le lithium.
»
Le lithium pourrait faire partie d’une stratégie globale de diminution de risque, croit ce neurologue clinicien.” En plus d’encourager les saines habitudes de vie, on pourrait suggérer du lithium, surtout [à] ceux qui ont les gènes porteurs de la maladie.
“
De futures études cliniques permettront d’établir à qui offrir du lithium, ainsi que les doses optimales et le meilleur moment pour entreprendre un traitement préventif.
Le Dr Cuello prévient que le lithium ne pourra pas guérir la maladie d’Alzheimer, puisqu’il n’est pas possible de réparer les lésions cérébrales causées par la maladie, mais il croit fermement que le lithium deviendra une arme contre cette maladie qui pourrait toucher jusqu’à un million de Canadiens d’ici 2030.

