DAKAR,23 Septembre 2025(JVFE)-Le président de la République a concrétisé à l’occasion de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies un processus entamé depuis plusieurs mois. Désormais, 16 pays membres de l’UE reconnaissent officiellement un État palestinien.
Il y a actuellement 27 pays membres de l’Union européenne : l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la Croatie, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède. Il n’y a pas de nombre de 16 pays qui s’applique à l’UE dans son ensemble.
Après le Portugal la veille, la France a rejoint le 22 septembre la liste des États membres de l’UE reconnaissant officiellement un État palestinien – JVFE : Capture d’écran compte X Emmanuel Macron
Après le Portugal la veille, la France a rejoint le 22 septembre la liste des États membres de l’UE reconnaissant officiellement un État palestinien – JVFE : Capture d’écran compte X Emmanuel Macron
Une annonce politique aussi symbolique qu’historique. Ce lundi 22 septembre, le président de la République a officialisé la reconnaissance de l’État de Palestine par la France lors de son discours très attendu à l’Assemblée générale des Nations unies, à New-York. “Fidèle à l’engagement historique de mon pays au Proche-Orient pour la paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien, je déclare que la France reconnaît aujourd’hui l’État de Palestine”, a déclaré Emmanuel Macron, sous les applaudissements de la salle.
Cette décision, concrétisée dans le cadre d’un sommet coparrainé par la France et l’Arabie saoudite, vise à soutenir la solution à deux États et à donner un nouvel élan diplomatique à un processus de paix en profonde difficulté, alors qu’Israël intensifie ses attaques sur Gaza.
Elle s’inscrit plus largement dans la continuité de la “déclaration de New York”, adoptée le 12 septembre dernier. Ce texte, soutenu par 142 des 193 États membres de l’ONU, réaffirme l’objectif de créer un État palestinien à la fois viable et souverain. Et précise que le Hamas ne fait pas partie du processus diplomatique, tout en appelant à un cessez-le-feu immédiat à Gaza ainsi qu’à la libération des otages.
“Nous sommes convaincus que cette reconnaissance est la solution qui seule permettra la paix pour Israël”, s’est exprimé Emmanuel Macron. Elle est aussi “une défaite pour le Hamas”, a ajouté le président français. “Il nous appartient maintenant ensemble de déclencher une mécanique de paix répondant aux besoins de chacun”.
Assurer la transition
Après la reconnaissance de l’État de Palestine, Emmanuel Macron a notamment rappelé à Israël son “obligation absolue de faciliter l’accès humanitaire à Gaza, aujourd’hui démunie de tout”. Il faudra faire “un effort massif”, a-t-il plaidé. Pour y parvenir, le chef d’État appelle notamment à “neutraliser” le Hamas “sur le plan politique” et à mettre “fin aux opérations militaires sur le territoire de Gaza”.
Emmanuel Macron a par ailleurs avancé l’idée d’une “administration de transition” à Gaza, qui serait mise en place une fois un cessez-le-feu établi. Celle-ci intégrerait “l’Autorité palestinienne et la jeunesse palestinienne accompagnées de forces de sécurité dont nous accélérerons la formation”.
Une ambassade auprès de l’État de Palestine pourra aussi être ouverte, “dès lors que tous les otages (…) auront été libérés et qu’un cessez-le-feu aura été établi”.

Pour l’ambassadrice de la Palestine en France, Hala Abou Hassira, cette reconnaissance constitue un tournant : elle « récompense un combat de plus d’un siècle pour la liberté » et confirme les droits inaliénables du peuple palestinien.
L’ambassadrice palestinienne en France salue la reconnaissance de l’État palestinien sans occulter les obstacles.
En fin, la solution à deux États, co-présidée à New York par la France et l’Arabie saoudite, marque une étape de l’histoire contemporaine. L’histoire a donc retenu cette date.
C’est au juste le triomphe de la diplomatique française qui a jeter les galons d’une indépendance totale de la Palestine avec l’existence d’un Etat ,d’un territoire et d’un pouvoir politique qui s’exerce . Cette reconnaissance officielle d’un État palestinien, annoncée par Emmanuel Macron au nom de la France est par ailleurs suivie dans là dans la foulée par d’autres puissances occidentales européennes comme le Royaume-Uni, le Canada ou encore l’Australie.
Pour l’ambassadrice de la Palestine en France, Hala Abou Hassira, cette reconnaissance constitue un tournant : elle « récompense un combat de plus d’un siècle pour la liberté » et confirme les droits inaliénables du peuple palestinien, au premier rang desquels figure le droit à l’autodétermination.
S’adressant aux journalistes lors d’une conférence de presse à Paris, Abou Hassira s’attarde sur le caractère historique de l’instant, tout en sachant que la route qui mène à la concrétisation d’un État souverain et viable demeure extrêmement longue et périlleuse.
Périlleuse, car « elle survient dans un contexte dramatique » : à Gaza, les Palestiniens continuent de subir un génocide à travers des bombardements incessants, un blocus asphyxiant et une famine organisée.
« La vie civile y est quasiment détruite : hôpitaux, écoles, lieux de refuge sont systématiquement pris pour cible, et les médecins, enseignants ou secouristes sont eux-mêmes visés », souligne-t-elle.
En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, la situation n’est guère meilleure. Abou Hassira fustige la colonisation accrue, la confiscation des terres, les expulsions forcées, ainsi que les violences quotidiennes des colons israéliens, alors que la classe politique israélienne rejette catégoriquement toute perspective d’État palestinien viable.
Abou Hassira estime donc que la reconnaissance française et internationale intervient comme un geste de principe fort, mais « dans un paysage marqué par la douleur, l’occupation militaire et un rapport de force profondément déséquilibré ».
« L’intransigeance israélienne », ajoute-t-elle, « est couplée avec le rôle des États-Unis », membre permanent du Conseil de sécurité et allié indéfectible d’Israël, qui « a jusqu’ici bloqué toute reconnaissance pleine et entière de la Palestine à l’ONU ».
Les Palestiniens espèrent que la dynamique enclenchée par Paris et Riyad pèsera sur la diplomatie américaine et finira par infléchir cette position, mais rien de cela ne semble acquis pour le moment.
L’ambassadrice a rappelé que l’acceptation de la solution à deux États représentait une concession douloureuse pour la direction palestinienne, qui s’est résignée à « ne revendiquer que 22 % de la Palestine historique, c’est-à-dire les frontières de 1967 avec échanges de territoires négociés ».
« Cette reconnaissance des frontières de compromis reste le socle de la démarche palestinienne, avec un objectif clair : vivre en paix et en égalité de droits avec Israël », assure-t-elle.
Mais plus le temps passe, plus la colonisation grignote ces 22 %, rendant l’hypothèse d’un État palestinien continu et souverain de plus en plus fragile, ce qui fait que « la viabilité de la solution à deux États dépendra de mesures fortes de la part de la communauté internationale ».
À Gaza, il revient à la communauté internationale d’obtenir un cessez-le-feu immédiat et durable afin de permettre l’entrée massive d’aide humanitaire. Viendra ensuite la reconstruction des infrastructures civiles et sociales, puis la mise en place d’une gouvernance stable.
L’Autorité palestinienne, souligne Abou Hassira, a affirmé sa volonté d’assumer seule la responsabilité de ce territoire, « avec un gouvernement unique, une loi unique et une seule force de sécurité nationale », mais elle reconnaît que l’appui du Conseil de sécurité sera nécessaire pour stabiliser l’enclave.
En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, « l’urgence est d’arrêter la colonisation et de garantir la continuité territoriale d’un futur État palestinien ». Cela suppose « de mettre en œuvre les avis consultatifs de la Cour internationale de justice, qui exigent la fin de l’occupation militaire et de l’apartheid ».
Sur le long terme, les autorités palestiniennes s’engagent à poursuivre des réformes internes dans la gouvernance, la justice, la santé, l’éducation, la protection sociale, afin de renforcer la crédibilité et l’efficacité de leurs institutions, indique-t-elle.
Mais sans une pression internationale accrue sur Israël, ces étapes risquent de rester lettre morte, d’où l’appel de l’ambassadrice à « des sanctions concrètes, un embargo sur les armes, la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, et la rupture partielle des relations diplomatiques et économiques ».
D’autre part, elle souligne la nécessité d’un soutien financier et technique accru à l’Autorité palestinienne, « dont les recettes fiscales sont régulièrement confisquées par Israël, paralysant son économie et ses réformes ».
Malgré toutes ces difficultés, la reconnaissance française et internationale a créé une dynamique et envoie un message clair : « la solution à deux États reste la seule voie possible pour garantir la paix et la stabilité, non seulement pour les Palestiniens et les Israéliens, mais pour l’ensemble du Moyen-Orient ».
