Dakar ,11 Aout 2025(JVFE)-Depuis plusieurs semaines, la France multiplie les signaux hostiles à l’encontre de l’Algérie : restrictions de visas, blocage du dialogue consulaire, mesures hostiles contre les diplomates. Derrière ces gestes, c’est une perte d’influence assumée qui se révèle, une fébrilité politique habillée de rhétorique migratoire.
Dans les cercles diplomatiques, on murmure déjà : « L’Algérie ne plie plus. » Pire, elle impose désormais le tempo. Fini le temps des réponses précipitées ou des concessions sans contrepartie. Alger choisit aujourd’hui le silence stratégique. Un silence qui n’est ni faiblesse, ni désintérêt : c’est une affirmation froide de souveraineté.
Face aux blocages en matière de coopération migratoire et au sort réservé à l’écrivain Boualem Sansal et au journaliste Christophe Gleizes, le chef de l’Etat durcit son attitude à l’égard d’Alger, en préconisant des mesures de rétorsion.
C’est un vrai tournant, un raidissement inédit dans l’approche de l’Algérie par Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat demande au gouvernement de François Bayrou de faire preuve de « plus de fermeté et de détermination », afin de répondre aux « difficultés croissantes » rencontrées par Paris « en matière migratoire et sécuritaire avec l’Algérie », selon les termes d’une lettre du président de la République, adressée, mercredi 6 août, au premier ministre et révélée par Le Figaro. Jamais M. Macron n’avait adopté une attitude aussi dure vis-à-vis d’Alger, en préconisant une riposte qui, de facto, relève de la rétorsion.
Les Autorités algériennes ont examiné avec beaucoup d’attention la lettre adressée par le Président français à son Premier ministre, ainsi que les explications fournies le 7 août courant au Chargé d’affaires de l’ambassade d’Algérie en France par le Quai d’Orsay, note la même source, précisant que l’examen de ladite lettre et des explications qui l’ont accompagnée autorisent des observations préalables importantes.
En tout premier lieu, et s’agissant de la dégradation des rapports algéro-français, cette lettre exonère la France de l’intégralité de ses responsabilités et fait porter tous les torts à la partie algérienne. Rien n’est plus loin de la vérité et de la réalité. Dans toutes ses phases, la crise actuelle a régulièrement donné lieu à des communiqués officiels du ministère algérien des Affaires étrangères. Ces communiqués ont systématiquement établi les responsabilités dans l’escalade et révèlent que les réactions et les contre-mesures que les autorités algériennes ont pu adopter s’inscrivaient strictement et rigoureusement dans le cadre de l’application du principe de réciprocité.
En deuxième lieu, la lettre s’emploie à projeter de la France l’image d’un pays hautement soucieux du respect de ses obligations bilatérales et internationales et de l’Algérie celle d’un Etat en violation continue des siennes. Là également rien n’est plus éloigné de la vérité et de la réalité. En l’espèce, c’est la France qui a contrevenu à sa propre législation interne. C’est la France, également, qui a manqué au respect de ses engagements au triple titre de l’accord algéro-français de 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, de la convention consulaire algéro-française de 1974 et de l’accord algéro-français de 2013 relatif à l’exemption des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service. C’est la France, en outre, qui s’est donné pour seule et unique objet de fixation l’accord algéro-français de 1994 relatif à la réadmission des ressortissants algériens vivants en situation irrégulière en France, accord dont elle a dénaturé la raison d’être et détourné les objectifs véritables. C’est la France, enfin, qui s’est affranchie de ses devoirs contractés au titre de la convention européenne des droits de l’homme de 1950.
L’ensemble de ces manquements français n’ont eu pour but que de passer outre le respect des droits acquis des ressortissants algériens éloignés souvent arbitrairement et abusivement du territoire français, leur privation des possibilités de recours administratifs et judiciaires que leur garantit pourtant la législation française elle-même et de vider de tout contenu le devoir de protection consulaire de l’Etat algérien à l’égard de ses ressortissants en tous lieux et en tout temps.
En troisième lieu, la France, dès la survenance de cette crise de son propre fait, a posé sa gestion en termes de rapports de force. C’est elle qui a procédé par injonctions, ultimatums et sommations. C’était ignorer, bien légèrement, que l’Algérie ne cède pas à la pression, à la menace et au chantage quels qu’ils soient. Ce sont ces constats qui dictent aujourd’hui la réponse algérienne à la lettre adressée par le Chef d’Etat français au Chef de son exécutif.
L’Algérie tient à rappeler, une fois de plus, qu’elle n’a été historiquement à l’origine d’aucune demande de conclusion d’un accord bilatéral d’exemption de visas au profit des titulaires de passeports diplomatiques et de service. A maintes reprises, c’est la France, et elle seule, qui a été à l’origine d’une telle demande. En décidant la suspension de cet accord, la France offre à l’Algérie l’opportunité idoine d’annoncer, quant à elle, la dénonciation pure et simple de ce même accord. Conformément aux dispositions de l’article 08 dudit accord, le Gouvernement algérien notifiera incessamment au Gouvernement français cette dénonciation par la voie diplomatique.
Désormais, les visas qui seront accordés aux titulaires français de passeports diplomatiques et de service obéiront, en tous points, aux mêmes conditions que celles que la partie française imposera à leurs homologues algériens.
En relation avec l’annonce de la réactivation du levier visa-réadmission, le Gouvernement algérien tient à constater que ce levier est en flagrante violation de l’accord algéro-français de 1968 et de la convention européenne des droits de l’homme de 1950. La protection consulaire de l’Algérie à l’égard de ses ressortissants en France sera sans faille. Elle les aidera à faire valoir leurs droits et à faire respecter tout ce que les législations française et européenne leur garantissent comme défense contre l’abus et l’arbitraire.
La lettre du Chef de l’Etat français à son Premier ministre fait une présentation biaisée de la problématique des accréditations du personnel diplomatique et consulaire dans les deux pays. Depuis plus de deux années, c’est la France qui a pris l’initiative de ne pas accorder les accréditations en question au personnel consulaire algérien, dont trois Consuls Généraux et Cinq Consuls. A ce sujet, comme dans d’autres, l’Algérie n’a fait qu’appliquer le principe de réciprocité. Dès lors que les entraves françaises seront levées, l’Algérie répondra par des mesures similaires. Cette position a été déjà notifiée aux autorités françaises, elle demeure en vigueur.
Dans ses dispositions finales, la lettre du Chef de l’Etat français à son Premier ministre énumère un certain nombre de contentieux bilatéraux devant faire l’objet d’une recherche de règlements. L’Algérie entend, elle-aussi, saisir, par la voie diplomatique, la partie française d’autres contentieux devant faire l’objet d’une même recherche de règlements.

Le Chargé d’affaires de l’ambassade de la République française en Algérie a été convoqué ce jour au siège du Ministère des Affaires Etrangères où il a été reçu par le Directeur des Immunités et Privilèges.
A cette occasion, deux notes verbales ont été remises au diplomate français.
La première note verbale a eu pour objet de notifier formellement la dénonciation par la partie algérienne de l’accord algéro-français de 2013 relatif à l’exemption réciproque des visas pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service. Cette dénonciation va plus loin que la simple suspension notifiée par la partie française et met définitivement un terme à l’existence même de cet accord.
En conséquence, et sans préjudice des délais prévus dans l’accord, le Gouvernement algérien a décidé de soumettre, avec effet immédiat, les titulaires de passeports diplomatiques et de service français à l’obligation de visas. Il se réserve, par ailleurs, le droit de soumettre l’octroi de ces visas aux mêmes conditions que celles que le Gouvernement français arrêtera pour les ressortissants algériens. Il s’agit là d’une stricte application du principe de réciprocité qui exprime, avant tout, le rejet par l’Algérie des velléités françaises de provocation, d’intimidation et de marchandage.
La seconde note verbale vise, quant à elle, à informer la partie française de la décision des autorités algériennes de mettre fin à la mise à disposition, à titre gracieux, de biens immobiliers appartenant à l’Etat algérien au profit de l’ambassade de France en Algérie. Cette note annonce, également, le réexamen des baux, considérablement avantageux, contractés par l’ambassade avec les OPGI d’Algérie et invite la partie française à dépêcher une délégation à Alger pour entamer les discussions à ce sujet.
Il y a lieu de rappeler que la représentation diplomatique algérienne en France ne bénéficie daucun avantage de cette même nature. En conséquence, l’action algérienne ainsi décidée vise là également à introduire l’équilibre et la réciprocité dans la relation algéro-française globale.
Pendant que Paris invoque les obligations bilatérales, elle ferme unilatéralement les portes qu’elle exige ouvertes. Elle bloque les visas, mais demande la coopération. Elle réduit la diplomatie à un instrument de punition.
Les victimes sont connues : étudiants, chercheurs, artistes, familles binationales. Tous pris dans les filets d’un bras de fer devenu absurde.
La mémoire courte s’ajoute à la stratégie défaillante. Paris demande des garanties de sécurité, tout en réduisant les capacités diplomatiques de l’Algérie sur son sol. Elle exige la réadmission des ressortissants, tout en ignorant les dettes symboliques : restitution des archives, reconnaissance des essais nucléaires, rôle trouble de certaines administrations passées.
Face à cela, l’Algérie ne hurle pas. Elle ne menace pas. Elle regarde. Elle attend. Et elle agit ailleurs. Elle tisse ses liens à l’Est, au Sud, dans le monde arabe, en Afrique, en Asie. Elle dialogue, elle commerce, elle lance ses propres satellites. Elle ne mendie plus de partenariat : elle en propose, d’égal à égal.
Le ministère algérien des affaires étrangères a également annoncé une révision des baux « considérablement avantageux » contractés pour d’autres institutions, comme les instituts français ou les consulats.
Ce que la France peine à admettre, c’est que l’Algérie n’a plus besoin d’autorisation pour exister. Elle ne demande plus la reconnaissance, mais le respect. Elle ne sollicite pas de privilèges, mais la réciprocité.
Le partenariat ne peut plus être vertical. Il doit être adulte. Car une relation fondée sur l’injonction, sur la sanction et sur l’humiliation est déjà une relation morte.
Si la France veut retrouver un lien fécond avec Alger, elle devra désapprendre le réflexe impérial, redécouvrir la diplomatie d’égal à égal, et renoncer à instrumentaliser des millions de Franco-Algériens dans ses stratégies de politique intérieure.
« La France doit être forte et se faire respecter », écrit-il dans son courrier à M. Bayrou, recourant à un répertoire sémantique qui était jusque-là plutôt celui du ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, dont la ligne maximaliste se trouve ainsi validée. La seule nuance que le chef de l’Etat y apporte est son invitation à « témoigner » aux « partenaires » de la France le « respect qu’elle exige d’eux ». Mais elle semble de pure forme. Car la batterie de sanctions suggérée par le chef de l’Etat recèle une mesure politiquement très chargée : la « suspension officielle » d’un arrangement sur les passeports officiels et diplomatiques.
Le XXIe siècle n’est pas celui des ultimatums. C’est celui du respect mutuel et de la dignité sans compromis.


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