Dakar,14 OCTOBRE 2025(JVFE)-Un ultimatum a été lancé aux députés pour destituer le président de la République sous 48 heures. Passé ce délai, l’Assemblée nationale sera à son tour sous la menace d’une dissolution, avertit les manifestants.
La Grande Île connaît sa cinquième crise politique depuis l’indépendance en 1960. Sous la pression de “Gen Z Madagascar”, le président Andry Rajoelina a quitté l’île de l’océan Indien, semblant laisser la main aux militaires.
Tout a commencé le 26 septembre, lorsque des milliers de jeunes malgaches sont descendus dans les rues d’Antananarivo pour agiter leurs portables comme des torches, afin de protester contre les coupures d’eau et d’électricité, ainsi que pour dénoncer la corruption systémique au sein des institutions et la pauvreté extrême qui touche une grande partie de la population.
La situation a basculé le weekend dernier. Andry Rajoelina a dénoncé samedi “une tentative de prise du pouvoir illégale […] actuellement en cours”, tandis que l’unité militaire Capsat – qui avait joué un rôle majeur dans le coup d’État de 2009 au profit du même Andry Rajoelina à la suite, déjà, d’une mobilisation populaire –, a appelé les forces de sécurité à “refuser de tirer” sur les manifestants, avant de rejoindre ces derniers dans le centre de la capitale malgache.
En 1972, les étudiants renversaient le régime pro-français de Philibert Tsiranana au nom de la justice sociale. En 1991, les grèves et les marches faisaient tomber le régime, mais la démocratie naissante se heurtait à l’éternel retour des mêmes élites. En 2001, Marc Ravalomanana, entrepreneur charismatique, faisait rêver d’un pays ouvert et moderne, avant d’être balayé à son tour par Andry Rajoelina, jeune maire d’Antananarivo et ancien DJ, qui s’emparait du pouvoir en 2009.
Dimanche 12 octobre 2025, le Président malgache, Andry Rajoelina, a été exfiltré par un avion militaire français et n’est plus sur le sol national.
D’après les informations, l’opération se serait déroulée après un transfert en hélicoptère vers l’île Sainte-Marie, puis un embarquement pour La Réunion avant un départ vers une destination encore incertaine.
Dans la matinée de dimanche, au lendemain de la « mutinerie » du CAPSAT et de la victoire du 13 Mai, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Marie Michelle Sahondrarimalala, a confié que le président de la République se trouvait encore dans le pays.
Dans la nuit de samedi à dimanche, un communiqué de la présidence, sous forme de démenti, avait d’ailleurs affirmé que le Chef de l’État était toujours à Madagascar. Dimanche soir, un autre communiqué d’Iavoloha, condamnant les menaces et injures à l’encontre du président, indiquait qu’il appelait toujours au dialogue.
Toutefois, une bonne partie des hauts responsables du pays semble avoir plié bagages.
La fuite précipité de l’ancien Premier ministre Christian Ntsay, de Mamy Ravatomanga, homme d’affaires influent et proche du président Rajoelina, avec leurs proches a été confirmé par les autorités mauriciennes. Ils ont atterri en urgence à bord d’un jet privé appartenant à la compagnie aérienne de l’homme d’affaires, sans plan de vol déclaré.
Quelques jours auparavant, les députés Naivo Raholdina et le gouverneur de la région Analamanga, Hery Rasoamaromaka, auraient également gagné la France, où ils devraient probablement demander l’asile politique. D’autres personnalités proches du régime, telles que la sénatrice Lalatiana Rakotondrazafy ou le député Andry Ratsivahiny – dont les domiciles ont été incendiés lors de la première journée de manifestation, le 25 septembre – restent introuvables, se limitant à de rares déclarations, souvent provocatrices, sur les réseaux sociaux.
En tout cas, les appels au blocage des aéroports et de l’espace aérien malgache se sont multipliés ces derniers jours. L’armée de l’air est particulièrement sollicitée pour agir en ce sens, afin d’empêcher la fuite de responsables du régime et l’entrée éventuelle d’armes par voie aérienne, qui pourrait menacer la sécurité du pays en pleine période de crise.
Paris affirme toutefois qu’il n’interviendra pas militairement dans la crise.
Le départ spectaculaire de l’ancien homme fort de Madagascar a quelque chose de symétrique et d’ironique : Rajoelina est arrivé au pouvoir en 2009 dans un contexte de rupture, porté par la rue et appuyé par des segments de l’armée, une dynamique aujourd’hui inversée, où une partie des forces qui l’avaient soutenu ou peut-être instrumentalisé semblent se retourner contre lui. Recomposer ce parcours aide à comprendre pourquoi la Grande Île est à nouveau confrontée à une crise dont les ressorts s’apparentent à ceux du passé.
Prévue pour être diffusée à la radio et à la télévision nationales, c’est finalement sur sa page Facebook que le président de la République a tenu son allocution à la nation. Il y a révélé qu’une tentative d’attaque contre le palais d’Ambohitsorohitra avait été planifiée en fin de semaine.
Une tentative d’attenter à sa vie. C’est ce que Andry Rajoelina, président de la République, a affirmé dans le discours diffusé sur sa page Facebook et celle de la présidence de la République, hier. Une intention qui l’aurait amené à “rejoindre un endroit sécurisé afin de protéger ma vie et éviter d’éventuels affrontements meurtriers entre Malgaches”, selon ses dires.
Le locataire d’Iavoloha a confirmé à demi-mots l’information qui circule depuis dimanche après-midi sur son départ du pays.
Dans son allocution, il indique aussi “être en mission à l’étranger” pour réceptionner des dons de groupes thermiques afin de résoudre le délestage. Comme pour dire qu’il est toujours aux manettes du pays.
Cependant, ce sont les éventuelles intentions d’attenter à sa vie qui sont fréquemment revenues dans la prise de parole du Chef de l’État.
Selon Andry Rajoelina, il aurait été informé “de tentative de coup d’État” et de tentatives “d’assassinat” dès le 25 septembre. Son intégrité physique aurait été de plus en plus compromise lors des événements qui ont secoué la fin de la semaine dernière. Faisant référence au groupe de militaires du Corps d’administration des personnels et des services de l’armée de terre, ou Capsat, qui se sont rebiffés samedi, le Président affirme que “initialement, ils comptaient faire cette déclaration au palais d’État d’Ambohitsorohitra, vendredi”.
D’après le président de la République, le renforcement de la sécurité du palais d’Ambohitsorohitra aurait fait que l’intention du groupe de militaires n’a pas pu se concrétiser. Il ajoute qu’à la suite des événements du week-end, “un groupe de militaires poussé par quelques politiciens a eu l’intention d’attenter à ma vie”. Sur recommandation du général Jocelyn Rakotoson, chef d’état-major de l’Armée de terre, il affirme avoir rejoint “un lieu sécurisé”.
Andry Rajoelina indique aussi avoir contacté des Chefs d’État de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et des Présidents “proches de moi”. Le locataire d’Iavoloha “a été exfiltré par un avion militaire français le 12 octobre 2025. (…) Un accord avec le président Emmanuel Macron aurait permis cette exfiltration”. Questionné par la presse française sur ce point, hier, en Égypte, le locataire de l’Élysée a éludé le sujet.
Dans sa prise de parole, hier, le Chef de l’État s’est employé à mettre en avant qu’il est toujours à la barre, bien que hors du pays, en ces temps de crise politique. Il n’a pas non plus pipé mot sur l’appel à sa démission qui se fait de plus en plus pressant. Même le colonel Michael Randrianirina, chef de file du groupe de militaires du Capsat, a appelé à la démission du Président, sur la place du 13 Mai, samedi en fin d’après-midi.
Le fait de souligner qu’il est en mission pourrait aussi être une manière de damer le pion aux députés de l’opposition qui veulent invoquer “l’abandon du pouvoir”, prévu à l’article 52 de la Constitution, pour pousser la Haute Cour constitutionnelle (HCC) à constater la vacance à la présidence de la République. Seulement, les faits sur le terrain indiquent que Andry Rajoelina est acculé par ceux qui veulent son départ du pouvoir.
À la base, l’allocution présidentielle d’hier devait être diffusée à la radio et sur la télévision publiques RNM et TVM, à 19 heures. Cependant, une escouade de militaires a fait irruption au siège de l’Office de la radio et de la télévision malagasy (ORTM), à bord d’un blindé, pour empêcher sa diffusion. Il y aurait eu de longues négociations, avec comme facilitateur le général Démosthène Pikulas, chef d’état-major des armées. Après deux reports, le discours a finalement été diffusé sur la page Facebook du Chef de l’État et de la présidence de la République, à 23 heures.
Le locataire d’Iavoloha joue aussi la carte de l’apaisement en déclarant qu’il pardonne à ceux qui ont attenté à sa vie. Selon lui, la décision de grâce présidentielle publiée hier est aussi une marque d’apaisement. Andry Rajoelina réitère, par ailleurs, son appel au dialogue et met l’accent sur la nécessité de préserver l’ordre constitutionnel afin de ne pas mettre en péril la situation socio-économique du pays.
“Une seule voie peut nous permettre de surmonter la grave crise que nous traversons : le respect de la Constitution et des lois en vigueur dans notre pays”, souligne le président de la République. Le respect de l’ordre constitutionnel est aussi la ligne défendue par la communauté internationale. Le président Macron l’a affirmé de vive voix, hier. Faisant part de la préoccupation de la France sur la situation dans la Grande Île, il appelle “à ce que l’ordre constitutionnel, la continuité institutionnelle soient préservés”.
S’agissant du mouvement de la Gen Z, Emmanuel Macron espère qu’il “ne soit pas récupéré par des factions militaires ou des ingérences étrangères”. Dans un communiqué, hier, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) “réitère le principe de tolérance zéro de l’UA à l’égard des changements anticonstitutionnels de gouvernement” et “rejette catégoriquement toute tentative de changement anticonstitutionnel du gouvernement dans le pays”.
Après deux semaines de répression, le mouvement de contestation contre le pouvoir a retrouvé un nouveau souffle. Les manifestants ont investi la Place du 13 mai sous escorte des militaires du CAPSAT depuis samedi.
La Gen Z a appelé à un nouveau rassemblement ce lundi sur la Place du 13 mai à Analakely. Pour poursuivre la lutte, il demande la fermeture de tous les bureaux et écoles.
Dans une déclaration de mutinerie effectuée samedi matin, les militaires ont fait savoir qu’ils ne participeraient plus à la répression et refusaient de tirer sur le peuple. Sur le terrain, les manifestants, galvanisés par cette prise de position, ont redoublé de motivation pour tenter de franchir les barrages menant à la Place du 13 Mai depuis Anosy. Mais ils se sont heurtés à des gendarmes furieux et violents, épaulés par des policiers qui se sont contentés de bloquer la foule derrière leurs boucliers. Les assauts à coups de bombes lacrymogènes ont débuté en milieu de journée et se sont intensifiés jusqu’à 17 heures. Des véhicules blindés ont également été déployés pour traquer les manifestants.
Le tournant est survenu devant le Cercle Franco-Malgache à Anosy, où l’un des blindés des forces de l’ordre, dirigées par les gendarmes, a vu ses pneus crevés par les clous semés sur la chaussée. Les gendarmes à bord ont alors pris la fuite, imités par ceux qui lançaient les bombes lacrymogènes. Dans leur retraite, les forces de l’ordre ont cependant causé plus de mal que de peur, tirant à balles réelles sur des manifestants près du tunnel d’Ambohidahy, tuant une personne.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, les militaires du CAPSAT, rejoints par le général Lylison, Lylison de Renée, actuel gouverneur de la région Sofia et figure emblématique sous la transition de Rajoelina (2009-2013) sont finalement sortis de leur camp de Soanierana vers 17 heures, à bord de deux blindés, pour rejoindre les manifestants. Sur la route d’Anosy, au niveau de la caserne de la gendarmerie d’Ouest-Ambohijanahary (« Toby Ratsimandrava »), ils ont essuyé des tirs de la part des gendarmes, qui ont mortellement touché l’un d’eux. Des échanges de tirs ont eu lieu, mais les militaires ont finalement réussi à passer pour prendre la tête du cortège des manifestants, qui ont rejoint en liesse la Place du 13 Mai, sur l’avenue de l’Indépendance.
La première victoire du mouvement de la Gen Z, conduit par les trois conseillers municipaux Clémence Raharinirina, Alban Rakotoarisoa et Lily Rafarasoa, ainsi que des influenceurs a été célébrée sur la place du 13 Mai vers 18 heures. Dimanche, les manifestants y sont revenus, transformant la place en véritable Quartier Général, d’où ils attendent désormais les instructions pour la suite de ce mouvement.
Alors que le pouvoir est désormais vacant, les militaires vont-ils de nouveau prendre en main le destin du pays ? “Les militaires, avant les gendarmes, ont pris la main pour arrêter la répression contre les manifestants. Ils ont réorganisé la chaîne de commandement, pour que ça ne tourne pas à une lutte entre factions, après que les forces de gendarmerie et les militaires se sont tirés dessus samedi.
Ce qu’on peut dire, même si la situation évolue, c’est que les forces armées ont agi et pris la parole de façon à préserver l’unité et maintenir la souveraineté du pays”, observe Christiane Rafidinarivo.


https://shorturl.fm/uTUfE