DAKAR,07 AVRIL 2026(JVFE)-Dès mardi soir, les États-Unis pourraient « détruire » tout l’Iran, a menacé le président américain. Le régime iranien a de son côté rejeté une proposition de cessez-le-feu. La désescalade espérée a plutôt laissé place à la surenchère.
Menace de destruction
« Le pays tout entier pourrait être détruit en une seule nuit », a dit Donald Trump en conférence de presse lundi. « Et cette nuit pourrait être celle de demain. » Dimanche matin, dans un message particulièrement virulent sur les réseaux sociaux, le président américain avait averti le régime iranien : sans réouverture du détroit d’Ormuz, l’enfer s’abattrait sur le pays à compter de 20 h, mardi. Il n’a pas tempéré son message devant les médias. S’inquiète-t-il de commettre des crimes de guerre en prenant pour cibles les ponts et les centrales électriques, comme il le menace, les Conventions de Genève interdisant les attaques délibérées contre les infrastructures civiles ? a demandé un journaliste. « Non, pas du tout, a répondu le président. Mais j’espère que je n’aurai pas à le faire. » Les dirigeants iraniens ont promis de répliquer en cas d’attaques. « On a vu beaucoup d’ultimatums de la part de ce président, mais je ne pense pas qu’il faut prendre ça trop au pied de la lettre ; les échéances bougent », rappelle Benjamin Radd, chercheur principal rattaché à l’Université de Californie à Los Angeles.
Rejet du cessez-le-feu
L’Iran a rejeté une proposition de cessez-le-feu de 45 jours, qui aurait permis aux navires de traverser le détroit d’Ormuz. Les pistes de solution émanaient du camp américain. Les responsables iraniens ont transmis leurs conditions au Pakistan, pays médiateur : ils exigent notamment la levée des sanctions et maintiennent une demande de reconstruction. Sans garantie sur la fin des attaques, ils ne sont pas prêts à déposer les armes, a dit à l’agence Associated Press le chef de la mission diplomatique iranienne au Caire. « Un cessez-le-feu n’accomplit pas les objectifs de l’Iran d’obtenir des garanties contre des attaques futures, dit M. Radd. Ça ne remplit pas non plus les objectifs de Trump, qui sont la fin du programme nucléaire de l’Iran, de son programme de missiles balistiques et de son soutien à des groupes armés par procuration. Les objectifs de personne ne sont atteints avec cette option. »
Sauvetage salué
Pendant près d’une heure lundi, le président américain, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et le chef d’état-major, Dan Caine, ont vanté le succès de la mission pour sauver les deux Américains éjectés en territoire hostile vendredi, quand leur avion de chasse a été touché par des tirs iraniens. L’un d’eux avait été secouru rapidement, mais pour le second, il avait fallu deux jours et toute une équipe pour le récupérer. « Le président tente de dire que c’est une victoire, quand dans les faits, c’est une défaite d’avoir presque perdu une personne parce qu’un avion a été atteint », estime Leslie Vinjamuri, présidente et directrice générale du groupe de réflexion Chicago Council on Global Affairs. La situation aurait pu être bien pire, si l’aviateur s’était retrouvé aux mains du régime iranien, souligne-t-elle. Malgré les inquiétudes soulevées par son utilisation d’imageries chrétiennes dans ses discours officiels, Hegseth, sourire aux lèvres, a dressé un parallèle entre l’homme menacé de mort un Vendredi saint, caché dans une grotte, qui « renaît » finalement le dimanche de Pâques.
Les Gardiens frappés
Israël a aussi augmenté la pression sur l’Iran, lundi, frappant des dirigeants iraniens et d’importantes installations de production pétrochimique. Le chef des renseignements des Gardiens de la révolution, Majid Khademi, a été tué, a annoncé la milice, qui a promis de le venger. L’Iran a lancé des missiles contre ses voisins du Golfe et contre Israël. « L’objectif d’Israël continue d’être un changement de régime, alors que pour les États-Unis, ce serait un gain en prime », souligne M. Radd. Comme leur nom l’indique, les Gardiens de la révolution sont une force assemblée après la révolution islamique de 1979 pour maintenir l’idéologie du régime. Ils répondent au guide suprême iranien, et constituent une force parallèle à l’armée, avec des intérêts dans des secteurs névralgiques. En les visant, Israël espère affaiblir le régime, explique M. Radd. Les États-Unis ont envoyé des armes aux manifestants pour les soutenir dans leur lutte contre le régime, a affirmé Trump, mais des gens « les ont gardées pour eux », a-t-il dit. La veille, il avait accusé les Kurdes de s’être emparés des armes.
Le Liban frappé
La banlieue sud de Beyrouth a de nouveau été frappée par des tirs israéliens lundi. L’armée israélienne a dit avoir visé des « cibles terroristes du Hezbollah », groupe pro-iranien qui revendique des tirs de missiles vers Israël. « Pendant que les yeux sont tournés vers la guerre en Iran, le détroit d’Ormuz et ses impacts économiques, et les impacts dans les pays du Golfe, on ne parle pas assez de cette crise profonde au Liban », déplore Mme Vinjamuri.

Les frappes israéliennes se poursuivent sur le sud de Beyrouth, au Liban, le 6 avril 2026.
Depuis le 2 mars, près de 1500 personnes auraient été tuées dans ce pays. Plus d’une personne sur six a dû quitter son domicile depuis un mois en raison du conflit, selon l’ONU. « Israël tente de créer de la sécurité pour son pays dans la région, mais ses actions rendent la situation encore moins sûre », ajoute l’experte. Mais sans les États-Unis en leader d’une coalition pour la sécurité, et avec des instances internationales limitées dans leurs actions, qui pourrait se porter en garant de la paix ? demande-t-elle. « C’est un immense problème pour l’avenir de la paix et la stabilité internationales, mais aussi pour la paix immédiate dans la région », ajoute Mme Vinjamuri.
Avec Associated Press, le New York Times et l’Agence France-Presse
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
