Dakar,09NOVEMBRE 2025(JVFE)-Dans un contexte de fragmentation géopolitique, de montée du protectionnisme et des risques climatiques, de nouvelles routes commerciales apparaissent pour renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales et contenir les coûts. Selon le classement 2025 des pôles commerciaux de nouvelle génération établi par Allianz Trade, le Maroc se positionne au 21ᵉ rang mondial. Porté par la montée en puissance de Tanger Med, le Royaume s’affirme comme un acteur clé du commerce Sud-Sud et un relais stratégique entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie.
La logistique mondiale est devenue plus vulnérable aux chocs et une perturbation importante de l’approvisionnement peut entraîner un doublement temporaire des tarifs de fret conteneurisé.
L’étude récente d’Allianz Trade révèle que le commerce mondial est en pleine mutation, tracé par la géopolitique, le protectionnisme et le changement climatique, obligeant les entreprises à trouver de nouvelles voies d’approvisionnement.
Les entreprises diversifient leurs chaînes d’approvisionnement et recherchent des itinéraires maritimes alternatifs pour atténuer les risques et les coûts.
Points clés de l’étude
- Nouveaux défis et opportunités : Le commerce mondial évolue face aux risques géopolitiques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, poussant les entreprises à repenser leurs stratégies.
- Diversification des chaînes d’approvisionnement : Les entreprises explorent de nouveaux marchés et de nouvelles routes de transport pour réduire leur dépendance et gérer les risques, une stratégie de plus en plus importante.
- Rôle stratégique du Maroc : L’étude souligne que le Maroc confirme son rôle stratégique dans ce nouveau paysage du commerce mondial, devenant une voie importante pour les flux commerciaux.
- Impact sur les entreprises : Les risques politiques et protectionnistes sont une préoccupation majeure, et de nombreuses entreprises anticipent un impact négatif sur leur chiffre d’affaires.
- Prévisions prudentes pour la croissance : Bien que les entreprises s’attendent à un rebond, les prévisions d’Allianz Trade sont prudentes, reflétant les risques de perturbations dans le transport maritime et la montée du protectionnisme.
Allianz Trade vient de publier sa nouvelle étude sur les perspectives du commerce mondial et les principales routes de la chaîne d’approvisionnement.
Dans un monde divisé par la géopolitique, le protectionnisme et les effets du changement climatique, le commerce mondial trace de nouvelles voies. Les échanges s’effectuent de plus en plus entre économies géopolitiquement alignées : les États-Unis détournent leurs importations de la Chine, l’Union européenne (UE) réduit fortement ses échanges avec la Russie, tandis que le commerce chinois est désormais dominé par les économies en développement d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique. Une augmentation de 10% de la distance géopolitique réduit le commerce bilatéral de 2%.
Les restrictions commerciales ont triplé au cours de la dernière année, touchant 2.700 milliards de dollars de marchandises, soit près de 20% des importations mondiales. Ce qui a favorisé le «friendshoring» et la régionalisation. Plus de la moitié de la croissance du commerce mondial prévue pour 2025 (+ 2%) repose sur le réacheminement des importations américaines, l’anticipation des expéditions avant la hausse des droits de douane et la diversification commerciale.
Pour 2026 et 2027, un ralentissement est attendu à + 0,6% et + 1,8% respectivement. Dans ce contexte, de nouvelles routes émergent pour accroître la résilience de la chaîne d’approvisionnement, éviter la pression sur les coûts et répondre à l’augmentation des connexions, notamment Sud-Sud. Ainsi, pour la deuxième année consécutive, Allianz Trade a évalué les pôles commerciaux et industriels émergents selon trois piliers – l’efficacité logistique, la connectivité et le potentiel commercial – pour identifier ceux qui sont susceptibles de jouer un rôle plus important dans ce système complexe de commerce. Suite à cette analyse, Allianz Trade a identifié les 25 économies qui pourraient bénéficier de cette nouvelle donne géo-économique, eu égard de leur compétitivité. Le Maroc est classé cette année au 21ᵉ rang dans cette liste de hubs émergents, particulièrement grâce au rôle croissant de Tanger-Med. Le Royaume se distingue notamment par son potentiel commercial (18ᵉ), sa forte connectivité (16ᵉ) et son efficacité & innovation logistique (23ᵉ).
Globalement, le classement actualisé des pôles commerciaux de nouvelle génération pour 2025 montre que les économies se repositionnent sur trois niveaux – multimodal, logistique et intermédiaire – alors que les droits de douane, les sanctions et les changements dans la chaîne d’approvisionnement remodèlent les flux mondiaux. Les Émirats arabes unis (1ᵉʳ) et la Malaisie (3ᵉ) sont en tête en tant que puissances multimodales consolidées, grâce à leurs ports de classe mondiale, Jebel Ali et Port Klang, qui relient l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. Le Vietnam se hisse à la deuxième place, soutenu par la forte augmentation de ses exportations et un nouvel accord tarifaire avec les États-Unis qui consolide son rôle au cœur du réacheminement de la production asiatique. L’Arabie saoudite (n° 4) enregistre la plus forte progression, gagnant 11 places, grâce à la baisse des droits de douane et à la croissance des exportations non pétrolières qui élargissent son potentiel commercial. Dans le top 10, on trouve également la Hongrie (5ᵉ), la Roumanie (6ᵉ), la Pologne (7ᵉ), la Thaïlande (8ᵉ), le Chili (9ᵉ) et la Turquie (10ᵉ).
Le rapport souligne, par ailleurs, que l’écosystème du commerce mondial affiche un déficit d’infrastructures commerciales de plus de 10.000 milliards de dollars d’ici 2035, dont 7.100 milliards concentrés dans les marchés émergents. Le financement doit ainsi s’adapter en conséquence afin de maintenir les taux de fret sous contrôle. Les modèles de financement se divisent en deux catégories : les actifs stables et à faible rendement sur les routes existantes, et les projets à haut risque et à haut rendement sur les corridors en expansion ou conditionnels (conditionnels signifie des routes commerciales encore incertaines, dont l’utilisation dépend de conditions géopolitiques, climatiques ou économiques). Les banques multilatérales et nationales de développement restent le pilier central, catalysant une augmentation de 23% des co-investissements privés dans les marchés émergents en 2023, tandis que les fonds souverains du Golfe et les plateformes régionales telles qu’Africa50 émergent comme des investisseurs stratégiques actifs. Près de 90% des nouveaux fonds d’infrastructure lancés depuis 2024 ont un mandat climatique ou ESG, ce qui témoigne d’une évolution structurelle vers des financements verts et mixtes.
«À l’horizon 2030, le financement des corridors évoluera vers des plateformes programmatiques, mixtes et alignées sur le climat, intégrant les ports, l’énergie, le numérique et les transports», résume Allianz Trade.

