Système commercial:367 jours après le début du mandat de Donald Trump

DAKAR, 22 janvier 2026(JVFE)-Mardi 20 janvier, le président français a multiplié les piques indirectes à l’égard de Donald Trump, dans un contexte d’escalade des tensions entre l’Europe et les États-Unis. Attendu aujourd’hui au Forum économique mondial, le président américain fait face à des dirigeants européens de plus en plus résolus.

Donald Trump n’a peut-être pas (encore) annexé le Groenland mais il a déjà mis la main sur Davos. Les Etats-Unis dictent l’agenda du Forum économique mondial, désormais dirigé par le patron de Blackrock, et se permettent tout vis-à-vis des Européens. Qui ont commencé à se rebeller dans le sillage de Christine Lagarde.

Quatrième jour à Davos et, au World Economic Forum, c’est Donald Trump qui fait l’agenda. Ce jeudi, rendez-vous dans la salle principale à 10h30 pour l’annonce du Conseil de la paix avec d’autres chefs d’État. La mainmise des Américains sur le forum est totale. Et ça agace fortement les Européens. Certains, à l’image de la patronne de la BCE Christine Lagarde, ne font même plus semblant.

“Trump fait ce qu’il veut. En mode: ‘et pour déclarer la guerre, c’est salle combien?’.”

Cette remarque d’un économiste européen est assez représentative. L’agenda de Davos appartient aux Américains. Il faut dire qu’ils seraient autour de 800 sur place dans la délégation. Impossible à vérifier, mais à l’œil nu, ça se voit: tout le gouvernement est là, y compris Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison Blanche.

Ce qui se voit à l’œil nu aussi, c’est que cette année, il y a moins de femmes, moins de diversité. Les grands débats traditionnels du forum sur les thèmes de l’écologie et de l’inclusion ont quasiment disparu, remplacés par des tables rondes complètement bateau du type “Coopérer dans un monde compliqué” ou “Venezuela, what’s next?”. Par contre, “Pour réinventer l’Europe”, qui en a bien besoin, là, rendez-vous en salle B.

Les Etats-Unis ont annexé Davos

Pour les participants, la nouvelle direction de Larry Fink, le patron de Blackrock, y est pour beaucoup. C’est lui qui déroule le tapis rouge, nous dit-on. Donald Trump n’a pas encore annexé le Groenland, mais pour Davos, c’est fait.

Dans ce contexte, deux sentiments contraires dominent pour les Européens: rassurés par la baisse des tensions sur le Groenland et surtout par le fait que Donald Trump n’a pas parlé de droits de douane; mais sonnés par ce flot d’insultes et de violences à leur encontre.

“Quelqu’un sait pourquoi il nous déteste?”, se demandait un participant dans la queue pour rejoindre la salle des congrès.

On ne sait pas, mais on a bien compris. Et c’est marrant parce que c’est sur les éoliennes et notre bêtise que ça énerve le plus. “Seuls les gens stupides en achètent”, a taclé le président américain mercredi, répétant à plusieurs reprises que l’Europe se faisait arnaquer par la Chine.

Christine Lagarde sonne la révolte

Ce discours, c’est exactement celui qu’avait tenu Howard Lutnick, le secrétaire au Commerce, mardi soir, lors d’un dîner réservé aux 250 participants les plus influents du Forum. Une agressivité qui a tendu toute la salle, selon des participants. Trop, c’est trop: les Européens l’ont hué, déclenchant la première révolte de Davos.

Plusieurs chefs d’entreprise ont quitté leur table, suivis par Christine Lagarde, mettant fin au dîner avant le dessert. La scène n’a pas été filmée mais elle a marqué les esprits. Quand les Américains vont trop loin, on se lève et on part? Christine Lagarde était tout de même dans la salle le lendemain pour écouter Donald Trump, assise entre Tim Cook et Satya Nadella, les patrons d’Apple et Microsoft. Dans cette oasis trumpienne qui fait râler le business, un secteur semble flotter au-dessus de tout problème géopolitique: la tech, et particulièrement l’IA. Arthur Mensch n’a même pas écouté Trump, comme une bonne partie des start-up qui sont là pour faire des rencontres. “Si vous voulez rallumer la lumière chez les Européens, parlez de Yann Le Cun, c’est la seule bonne nouvelle depuis deux ans”, nous dit un participant

“Nous préférons le respect à l’intimidation” : lors de son discours au Forum économique mondial de Davos mardi, le président français “s’est montré ferme et a multiplié les piques à l’encontre de Donald Trump, sans jamais le citer” [France info]. “Ne nous divisons pas, n’acceptons pas un ordre mondial qui serait dicté par ceux qui ont la plus grosse voix, le plus gros bâton“, a-t-il déclaré.

Le chef de l’exécutif français a ainsi “répondu à une série d’invectives de son homologue américain“, appelant notamment à refuser la “loi du plus fort” et dénonçant une “dérive vers l’autocratie et davantage de violence”, où “les conflits sont devenus la norme”.

Le matin même, Donald Trump publiait “sur son réseau Truth social des captures d’écran d’un message écrit d’Emmanuel Macron“, . Et déclinait par là même sa proposition “d’organiser un sommet du G7 jeudi à Paris, après Davos“.

Unité européenne

Le président français “s’est voulu offensif face aux menaces du président américain d’infliger des surtaxes à certains pays européens, notamment la France, pour le rejet de ses visées sur le Groenland et de son nébuleux ‘Conseil de la paix'” . Il n’est pas seul pour autant : “plusieurs dirigeants européens et Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan, sont à Davos cette semaine. [Ils] espèrent convaincre le président américain de renoncer à ses menaces contre le territoire sous la souveraineté du Danemark” .  

Dans son allocution hier, Ursula von der Leyen a plaidé en faveur d’une plus grande “indépendance européenne”. Tout en prévenant l’allié américain que “notre réponse sera […] inébranlable, unie et proportionnelle“, la présidente de la Commission européenne a jugé que “les profonds bouleversements qui secouent l’ordre mondial devraient être considérés comme un facteur de changement positif” [Euronews]. Le lendemain à Strasbourg, elle a estimé que les tensions entre les États-Unis et l’Europe sur le Groenland ne feront “qu’encourager” nos “adversaires” .

Outre-Rhin, la précaution reste toutefois de vigueur : “atlantiste assumé”, le chancelier allemand “a fait le pari de convaincre le président américain de revenir sur son projet” d’annexion du Groenland, résume Politico. “Lundi, Friedrich Merz a reconnu publiquement que le ton de l’Allemagne différait sensiblement de celui de la France […] parce que Paris était moins exposé aux attaques dans une guerre commerciale avec les États-Unis“.

Vers une nouvelle mission de l’Otan au Groenland ?

Au lendemain d’une proposition similaire du Danemark et du Groenland, l’Élysée a indiqué mercredi matin vouloir un “exercice de l’Otan” sur le territoire autonome danois, la France étant “prête à y contribuer” . Contrairement à la “mission de reconnaissance” ayant impliqué plusieurs pays européens la semaine dernière, “un exercice de l’Otan à proprement parler permettrait d’impliquer Washington et d’afficher le fait que la sécurité en Arctique est prise au sérieux par les Européens, juge-t-on à Paris”.

Attendu cet après-midi à Davos, le président américain a tenu une conférence de presse surprise à la Maison-Blanche avant son départ. Il s’est alors contenté de dire “vous verrez”, lorsqu’on lui a demandé jusqu’où il était prêt à aller pour s’emparer du Groenland .

Quant au dossier ukrainien, il pâtit de ces tensions transatlantiques. Selon le Financial Times, cité par Reuters, “l’annonce prévue d’un plan de prospérité de 800 milliards de dollars devant être convenu entre l’Ukraine, l’Europe et les États-Unis [à Davos] cette semaine a été reportée”. , le président ukrainien se serait même demandé “si cela valait la peine d’assister au Forum économique mondial“.

“Je jure solennellement que j’exercerai fidèlement la fonction de président des États-Unis et que, du mieux que je peux, je préserverai, protégerai et défendrai la Constitution des États-Unis.” Il y a un an jour pour jour, Donald Trump prêtait serment sur la Bible dans la rotonde du Capitole et devenait le 47e président américain.

Durant les soixante-cinq premiers jours de son second mandat à la Maison Blanche, Donald Trump va signer 104 décrets présidentiels, plus qu’aucun président ne l’a jamais fait. Parmi ces décrets, certains concernent notamment des promesses tenues durant sa campagne.

Il y a un an , lors de la seconde investiture de Donald Trump, on prédisait que ce mandat serait « plus perturbateur que le premier ». Ce fut un euphémisme. M. Trump a mis à mal l’ordre mondial que l’Amérique a contribué à bâtir après la Seconde Guerre mondiale, faisant exploser le système commercial fondé sur des règles et fragilisant les alliances. Sur le plan intérieur, le président et ses alliés ont bafoué les normes dans leur lutte contre ses ennemis supposés au Congrès, au sein de l’administration, dans les tribunaux, les universités, les rédactions et dans la rue.

Les Américains semblent mécontents. Au début du second mandat de M. Trump, son taux d’approbation net était de 2. Il est désormais tombé à -19, son niveau le plus bas depuis le début du mandat. Une semaine après l’investiture de M. Trump, 37 % des Américains estimaient que le pays était sur la bonne voie, tandis que 50 % pensaient le contraire. Ces chiffres sont aujourd’hui respectivement de 31 % et 61 %.

Les Américains sont également insatisfaits du bilan de M. Trump concernant la réalisation de deux de ses promesses de campagne les plus importantes : la réduction de l’inflation (et, de manière irréaliste, la baisse des prix) et la fin de « l’afflux d’immigration clandestine » qui a eu lieu sous la présidence de son prédécesseur, Joe Biden. L’appréciation de sa gestion de l’inflation et des prix a chuté de 6 à -27 en un an. Et, bien que l’immigration ait effectivement fortement diminué, l’approbation nette de sa politique dans ce domaine est passée de 11 en février à -7 actuellement.

À partir des données de YouGov, 
on a établi des projections du taux d’approbation de M. Trump État par État. Sans surprise, son taux d’approbation est le plus bas dans les États traditionnellement démocrates et le plus élevé dans ceux traditionnellement républicains. Les électeurs de M. Trump approuvent toujours massivement son action à la présidence. Mais ces projections révèlent également l’ampleur du mécontentement à son égard, même dans les États qui ont voté pour lui en 2024. Ces chiffres sont préoccupants pour les républicains confrontés à des élections serrées lors des élections de mi-mandat de cette année.

Comme pour d’autres hommes politiques républicains avant lui, les électeurs blancs et masculins sont parmi les plus susceptibles d’approuver l’action de M. Trump, tandis que les jeunes électeurs et les membres des minorités ethniques sont parmi les plus fortement mécontents. Les personnes les plus diplômées – titulaires d’un diplôme universitaire ou d’un master – sont les moins susceptibles de soutenir M. Trump. Les électeurs retraités, généralement un bloc solidement républicain, se montrent également étonnamment tièdes à l’égard du président.

Certaines questions politiques préoccupent davantage les militants. L’immigration est un enjeu crucial pour la base républicaine de M. Trump, tout comme les impôts et les dépenses publiques. Les démocrates sont quant à eux plus préoccupés par la santé et le changement climatique. Le graphique ci-dessus présente les principaux sujets d’intérêt pour les adultes américains et les membres de chaque parti.

Karl Marx disait que les hommes font leur propre histoire, mais qu’ils ne la font pas à leur guise.

Cela vaut autant pour M. Trump que pour n’importe qui d’autre. Durant le premier mandat de M. Trump, l’opinion publique a été dominée par les préoccupations liées aux soins de santé, notamment après l’apparition de la COVID-19.

Les conséquences économiques de la pandémie et l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 ont fait de l’inflation un enjeu majeur de la présidence de M. Biden.

Le graphique ci-dessus illustre les questions qui ont été les plus importantes pour les adultes américains depuis 2017, d’après les données hebdomadaires des sondages YouGov .

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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