DAKAR,07 MARS 2026(JVFE)--Après plusieurs années d’incertitudes, le site pétrolier de Tsimiroro retrouve de l’activité. Madagascar Oil annonce la reprise de la production de fioul lourd sur ce gisement situé dans l’ouest de Madagascar. L’annonce a été faite à Antananarivo par le nouvel administrateur général de la société, Yanto Sianpar, lors d’une rencontre avec la presse. La compagnie tente ainsi de tourner la page d’une période agitée, marquée par des tensions internes, des procédures judiciaires et un environnement pétrolier mondial particulièrement instable.
Pour rappel,les informations affluaient concernant l’achèvement de la restructuration financière de Madagascar Oil SA. Selon nos sources, la Cour Suprême des îles Bermudes avait approuvé, le 2 avril dernier, la proposition de restructuration financière présentée par l’actionnaire Benchmark Group. Cette décision autorise également l’acquisition par cette dernière de l’intégralité des actions de Madagascar Oil Ltd, basée à l’île Maurice, détenteur de 99% des actions de Madagascar Oil SA. Selon les informations, cette Cour avait déjà ordonné cette restructuration financière en février 2023 suite à la requête d’un créancier de la maison-mère de Madagascar Oil SA.
Ces mêmes sources indiquent que lors de l’Assemblée générale de la compagnie, tenue quelques jours plus tard, parmi les premières décisions prises à l’unanimité, figure le remplacement de l’Administrateur général. Willy Ranjatoelina et Charlie Thurnston sont nommés à cette fonction, conformément aux dispositions de la loi sur les sociétés à Madagascar. L’intéressé est immédiatement notifié par un agent désigné par la Cour Suprême des Bermudes, mais conteste aussitôt son licenciement et porte l’affaire devant le tribunal de commerce. Madagascar Oil est loin de sortir de l’auberge.
Et comme si cela ne suffisait pas, la société aurait à son tour porté plainte au Pôle Anti-Corruption contre l’Administrateur général sortant pour des malversations financières. Un véritable feuilleton se profile.
Cette fois-ci, tout semble en place et l’on espère raisonnablement voir l’exploitation de l’huile lourde de Tsimiroro commencer dans un délai raisonnable. Cependant, cette affaire, si elle traîne en longueur, pourrait compliquer les choses, voire retarder une fois de plus l’exploitation de Tsimiroro. Pourtant, outre la perspective d’entrer dans la liste des pays exportateurs de pétrole, la mise en production à grande échelle de cette huile lourde est très attendue.
En effet, Madagascar Oil SA approvisionne déjà le marché local sur la base de son stock de 180 000 barils, quantité extraite lors de la phase d’exploration. Son utilisation actuelle par des industries à Antsirabe et Antsiranana montre des bénéfices de productivité prometteurs. Sans parler de la possibilité pour la Jirama de s’approvisionner sur place, sans avoir à supporter des frais de transport maritime.
Un espoir est permis pour Tsimiroro avec cette restructuration, mettant ainsi fin à des années de gel et d’incertitudes, contrairement à Bemolanga qui est tombée dans l’oubli.
Madagascar Oil a officiellement relancé la production de fioul lourd sur le gisement terrestre de Tsimiroro (Bloc 3104) le 5 mars 2026.
Voici les détails clés de cette reprise :
- Capacité initiale : La production démarre à 300 barils par jour (bopd) en réactivant les 25 puits déjà existants sur le site.
- Objectifs à moyen terme : L’entreprise prévoit une montée en charge progressive pour atteindre 3 000 barils par jour d’ici 24 mois grâce à de nouveaux forages.
- Marché cible : Le pétrole extrait est destiné en priorité au marché local pour l’approvisionnement industriel et la production d’énergie, afin de réduire la dépendance aux importations.
- Contexte stratégique : Cette relance intervient après la levée de contraintes logistiques et de stockage qui avaient forcé l’arrêt technique du projet ces dernières années.
Les premières opérations démarrent à un rythme volontairement mesuré. La production initiale s’établit autour de 300 barils par jour, correspondant au lancement de la première phase du programme. Madagascar Oil prévoit ensuite une montée en puissance progressive. L’objectif affiché est d’atteindre 3 000 barils quotidiens dans un délai d’environ deux ans, en consolidant progressivement les capacités techniques du site.
Pour y parvenir, la compagnie mise d’abord sur les infrastructures déjà présentes à Tsimiroro. Vingt-cinq puits existants doivent être remis en service afin de relancer l’extraction. Cette étape sera suivie par de nouveaux travaux de forage destinés à élargir la production. Les installations techniques feront également l’objet d’améliorations, notamment les équipements d’injection de vapeur nécessaires pour extraire ce pétrole lourd, ainsi que les systèmes de traitement et de production.
Les difficultés rencontrées ces dernières années ont largement ralenti le développement du projet. Madagascar Oil évoque notamment la volatilité persistante des marchés pétroliers internationaux. La pandémie de COVID-19 a également perturbé l’ensemble du secteur énergétique mondial, entraînant une baisse des investissements et de nombreuses interruptions d’activités. Dans le même temps, l’entreprise a dû gérer des litiges complexes et mener une restructuration financière finalement approuvée en 2024 par la Cour suprême des Bahamas.
Malgré ce contexte mouvementé, la société a continué à approvisionner certains industriels du pays. Parmi les entreprises clientes figurent Star, la Savonnerie Tropicale et Pêche et Froid de l’Océan Indien (PFOI), qui utilisent ce combustible dans leurs activités.
Madagascar Oil regarde également vers un marché bien plus vaste : celui de la Jirama. La société nationale d’eau et d’électricité consomme d’importantes quantités de fioul lourd pour alimenter ses centrales thermiques. Ses besoins sont estimés à près de 4 000 barils par jour. Si la production de Tsimiroro progresse comme prévu dans les prochaines années, la compagnie espère pouvoir répondre à une partie de cette demande.
Produire du fioul lourd sur le territoire pourrait réduire la dépendance du pays aux importations de carburants et améliorer l’approvisionnement énergétique du marché intérieur. Le gisement de Tsimiroro recèle d’ailleurs un potentiel important. Les réserves y sont estimées à plus de 1,4 milliard de barils de pétrole lourd, un volume considérable pour un projet qui cherche désormais à retrouver un rythme durable.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
