Madagascar :dissolution surprise du gouvernement

DAKAR,10 MARS 2026(JVFE)-La Présidence de Madagascar a annoncé la dissolution du gouvernement le lundi 9 mars 2026. Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions politiques marquées par la montée en puissance de mouvements de jeunesse et des revendications de “Refondation” portées par le pouvoir actuel. 

En attendant la nomination d’un nouveau Premier ministre, les affaires courantes sont assurées par les secrétaires généraux des ministères.

La dissolution est perçue par certains observateurs comme une “demi-victoire” pour les mouvements des générations Y et Z, qui ont intensifié la pression sur l’exécutif ces derniers jours.

 Le président actuel, désigné sous le nom de Randrianirina dans les rapports récents sur la “Refondation”, a pris cette mesure par décret. 

Cette nouvelle crise fait suite à une période d’instabilité majeure débutée fin 2025 :

Andry Rajoelina avait déjà dissous son gouvernement après de violentes manifestations.

Un basculement institutionnel a eu lieu avec l’intervention de l’unité d’élite CAPSAT, menant à la destitution d’Andry Rajoelina et à l’investiture de Michaël Randrianirina comme chef de l’État en octobre 2025.

Avant la dissolution de ce 9 mars 2026, les contestations visaient particulièrement le Premier ministre sortant, Herintsalama Rajaonarivelo

Cette décision intervient dans un contexte de critiques croissantes contre l’équipe gouvernementale et de fortes attentes de changement exprimées par une partie de la jeunesse, fer de lance de la chute d’Andry Rajoelina. Depuis plusieurs semaines, des voix s’élèvent pour dénoncer un décalage entre les promesses de transformation politique portées par les mouvements populaires et la réalité de la gouvernance actuelle.

Le 3 mars, des groupes de jeunes issus de la génération Z ont ouvertement critiqué le pouvoir en place.

Pour ces jeunes militants, les idéaux qui avaient mobilisé la population lors des manifestations semblent aujourd’hui relégués au second plan. Sans ambages, ils ont affirmé que plusieurs proches de Rajoelina gravitent toujours autour du pouvoir et continuent d’exercer une influence dans les cercles décisionnels. Ils pointent du doigt également la proximité des dirigeants avec des personnes impliquées dans des affaires controversées : trafiquants présumés, anciens détenus ou encore auteurs présumés de détournements de fonds publics.

Selon la Gen Z, cette situation alimente le sentiment de l’ancien système qui se reproduit sous une autre forme. Face à cela, ils ont réclamé la dissolution de plusieurs institutions qu’ils jugent discréditées, notamment l’Assemblée nationale, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et la Haute Cour constitutionnelle (HCC). Ces jeunes sont revenus à la charge vers la fin de la semaine, cette fois accompagnés de représentants de la génération Y, pour exiger la dissolution du gouvernement. L’initiative a pris davantage d’ampleur avec l’entrée en scène de ces deux générations, qui partagent les mêmes attentes.

Bien que vivement attaqués par des proches de l’actuel régime sur les réseaux sociaux, ces jeunes militants ont maintenu leur position et poursuivi leurs appels au changement. Beaucoup d’entre eux faisaient déjà partie des principaux acteurs des mouvements de rue du 25 septembre dernier, qui avaient contribué à l’accession au pouvoir du colonel Michaël Randrianirina et de ses soldats. Leur engagement dans ces mobilisations leur donne aujourd’hui un poids particulier dans le débat politique. Finalement, leur revendication concernant la dissolution du gouvernement a été entendue.

La nomination du futur Premier ministre devra se faire avec l’accord de l’Assemblée nationale, ce qui limite la portée immédiate de cette décision. Le groupe parlementaire majoritaire à l’Assemblée nationale devra proposer des noms au chef de l’État. Or, ce groupe parlementaire est composé en grande partie de députés, partisans de l’ancien régime mais qui ont changé de position après le changement de pouvoir intervenu en octobre dernier.

Dans leur déclaration, les représentants de la génération Z ont clairement indiqué que l’Assemblée nationale fait partie, selon eux, des institutions qui freinent la mise en place d’un changement profond dans le pays. Pour ces jeunes, tant que ces structures resteront en place sans réformes importantes, les transformations attendues par une grande partie de la population risquent de rester limitées.

La désignation d’un nouveau chef de gouvernement est attendue “incessamment” selon le communiqué de la Présidence

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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