DAKAR, 0 9 MAI 2026 (JVFE)–Aujourd’hui, samedi 9 mai 2026, la Russie célèbre le Jour de la Victoire pour commémorer le 81e anniversaire de la défaite de l’Allemagne nazie en 1945.
Une date inscrite dans le calendrier de Vladimir Poutine.
Cette date, décalée par rapport au 8 mai fêté en Europe de l’Ouest, correspond au moment où la capitulation allemande a été signée à l’heure de Moscou.
Pour la première fois en près de vingt ans, le défilé militaire sur la Place Rouge se tient sans blindés ni matériel lourd. Les autorités russes ont justifié cette mesure par une « menace terroriste » élevée liée au conflit en Ukraine.
Le président russe ne pourra pas assister au défilé de ses chars, missiles et drones sur la place Rouge à Moscou. Le gouvernement russe a annoncé qu’il renoncerait à toute démonstration de force militaire. Seuls les soldats au sol et quelques avions effectuant des acrobaties aériennes y participeront.
La capitale est placée sous une vigilance extrême pour prévenir d’éventuelles attaques de drones.
Un cessez-le-feu en Ukraine a été annoncé la veille par Donald Trump, influençant l’atmosphère de cette journée commémorative.
Vladimir Poutine continue d’utiliser ce rituel pour tracer un parallèle entre la “Grande Guerre patriotique” de 1945 et l’invasion actuelle de l’Ukraine, présentée par le Kremlin comme une nouvelle lutte contre le nazisme.
Le 9 mai reste la fête la plus importante en Russie, honorant les quelque 27 millions de Soviétiques ayant péri durant le conflit. En dehors de la Russie, cette date est également célébrée dans plusieurs pays de l’ex-URSS comme le Bélarus ou le Kazakhstan
C’est la fête qui lui permet de se vanter de sa puissance militaire, une vitrine de ses ambitions impériales et de son influence mondiale. Mais cette année, ce jour risque de devenir tout le contraire : le symbole de l’échec du Kremlin.

Ce sera un événement discret, bien différent du défilé de l’année dernière, où l’armée avait présenté l’intégralité de son arsenal devant des invités de marque, comme le président chinois Xi Jinping.
Selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, ce format réduit vise à « minimiser les risques » dans un contexte de « menace terroriste ». Autrement dit, on craint qu’une attaque ukrainienne ne vienne compromettre l’événement. Il ne s’agit pas de simple paranoïa : lundi dernier, un drone s’est écrasé sur un gratte-ciel résidentiel situé à seulement dix kilomètres de la place Rouge. Le ciel de Moscou n’est pas sûr. Kiev a déjà démontré à maintes reprises sa capacité à déjouer la défense aérienne russe et possède des armes à longue portée capables de semer la destruction. C’est une réalité gênante pour Poutine, qui a toujours aimé projeter une image de force et d’invulnérabilité.
Ces jours-ci, le président russe met tout en œuvre pour empêcher une offensive ennemie pendant le défilé militaire. Lundi, il a décrété un cessez-le-feu unilatéral sur le territoire ukrainien pour aujourd’hui et demain, espérant que Kiev se joindrait à cette initiative. Tellement soucieux d’assurer une Journée de la Victoire pacifique, le dirigeant russe a même téléphoné à Donald Trump pour faire pression sur Volodymyr Zelensky afin qu’il accepte la trêve. La manœuvre a échoué : le président ukrainien a déclaré qu’il n’était disposé à accepter qu’un cessez-le-feu « à long terme », et non une simple pause à l’occasion du grand défilé militaire russe.
Face à cette situation, Poutine a ordonné le confinement de Moscou avant samedi. Les points de contrôle et les patrouilles ont été renforcés dans toute la ville, et le gouvernement, outre l’adoption de mesures de sécurité supplémentaires pour protéger le président, a annoncé qu’il restreindrait l’accès à Internet mobile « afin d’assurer la sécurité des célébrations ».
La coupure numérique – une occasion de réfléchir au « salut de l’âme » et à la « fragilité de la civilisation technologique », selon l’Église orthodoxe russe, toujours prête à soutenir le Kremlin – mettra à rude épreuve la patience d’une population de plus en plus éloignée de son président. D’après les sondages de l’agence de presse d’État VTSIOM, la popularité de Poutine a chuté ces deux derniers mois : alors qu’elle atteignait 74 % en février, elle oscillait autour de 65,5 % en avril.
Les analystes estiment que la répression numérique persistante et la faiblesse de l’économie expliquent ce désengagement. La situation financière précaire est particulièrement inquiétante : aujourd’hui, selon un récent sondage du Centre Levada, seuls 41 % des Russes considèrent que leurs revenus dépassent le seuil de subsistance minimum.
Poutine ne trouve pas non plus de réconfort sur le champ de bataille. Jusqu’à présent cette année, l’armée russe n’a enregistré aucune avancée significative. De plus, selon les données de l’Institute for the Study of War, un important groupe de réflexion basé à Washington, la Russie a perdu en avril plus de territoire qu’elle n’en a conquis, une situation inédite depuis 2013. Parallèlement, Kiev continue de bombarder des cibles d’une importance stratégique majeure. Les attaques ukrainiennes massives contre les infrastructures pétrolières ont paralysé près de 40 % de la capacité d’exportation de pétrole brut de la Russie, au moment même où les prix s’envolaient en raison de la crise du détroit d’Ormuz, tandis que la récente offensive contre la raffinerie de Touapsé, sur la mer Noire, a encore accentué la vulnérabilité économique du Kremlin.
Le jour de la Victoire arrive donc au pire moment. Il y a peu à célébrer et tous les regards sont tournés vers le ciel, car à tout moment une attaque de drones pourrait gâcher ce jour sacré pour Poutine.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

