DAKAR, 24 MAI 2026 (JVFE)–La 79e édition du Festival de Cannes s’est achevée en apothéose avec un palmarès marquant, saluant un cinéma fort et engagé.
Au milieu des années 1990, avant de réaliser des films et bien avant de présider le jury du festival de Cannes, Park Chan-wook exerçait à Séoul la noble profession de critique de cinéma. Ses articles ont été rassemblés dans plusieurs ouvrages dont le célèbre : « Vidéodrome : le charme discret regarder les films ». Pendant 11 jours, sur la Côte d’Azur, il a savouré ce « charme discret » … Vint ensuite le moment douloureux du choix.
En attribuant deux prix de la mise en scène à deux films remarquables, Park et sa bande manifestaient leur refus de choisir entre le baroque et l’austère. Réalisé par Javier Ambrossi et Javier Calvo, « La bola negra » est une fresque grandiose qui parcourt au galop des décennies de l’histoire d’Espagne, émaillée de moments de bravoures, séquences de cabaret, bombardements et images fantasmagoriques. Avec « Fatherland », Pawel Pawlikowski retrace en un noir et blanc et dans un format carré rigoureux, un voyage de Thomas Mann à travers l’Allemagne de l’après-guerre
Le palmarès de cette 79e édition

- Palme d’or : “Fjord”, de Cristian Mungiu
- Grand prix du jury : “Minotaure”, d’Andreï Zviaguintsev
- Prix du jury : “L’Aventure rêvée”, de Valeska Grisebach
- Prix de la mise en scène : le duo Javier Ambrossi-Javier Calvo et Pawel Pawlikowski
- Prix d’interprétation féminine : Virginie Efira et Tao Okamoto
- Prix du scénario : Emmanuel Marre, pour “Notre salut”
- Prix d’interprétation masculine : Valentin Campagne et Emmanuel Macchia
- Caméra d’or : “Ben’imana”, de Marie-Clémentine Dusabejambo
- Palme d’or du court-métrage : “Para Los Contricantes”, de Federico Luis
Ce triomphe vient couronner une œuvre poignante et marque un accomplissement historique pour le cinéaste.
Fjord de Cristian Mungiu, un drame psychologique et politique intense tourné en Norvège avec Renate Reinsve et Sebastian Stan, explorant les dérives sociétales face au conservatisme religieux.
Fjord est un thriller moral qui explore le choc des cultures et les dérives autoritaires d’une société progressiste. Il met notamment en scène l’acteur Sebastian Stan.
Décerné au réalisateur russe en exil Andreï Zviaguintsev pour son film Minotaure, une œuvre sombre évoquant subtilement le climat moral actuel de son pays d’origine.
En attribuant deux prix de la mise en scène à deux films remarquables, Park et sa bande manifestaient leur refus de choisir entre le baroque et l’austère. Réalisé par Javier Ambrossi et Javier Calvo, « La bola negra » est une fresque grandiose qui parcourt au galop des décennies de l’histoire d’Espagne, émaillée de moments de bravoures, séquences de cabaret, bombardements et images fantasmagoriques. Avec « Fatherland », Pawel Pawlikowski retrace en un noir et blanc et dans un format carré rigoureux, un voyage de Thomas Mann à travers l’Allemagne de l’après-guerre
En remportant cette distinction, Cristian Mungiu devient l’un des rares cinéastes à obtenir une deuxième Palme d’or. Il avait déjà décroché le Graal cannois en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours
Cette édition particulièrement engagée était placée sous la direction du cinéaste sud-coréen Park Chan-wook.
Cette édition 2026 a confirmé plusieurs tendances déjà perceptibles ces dernières années : un retour affirmé du cinéma d’auteur et indépendant, une présence plus discrète des productions hollywoodiennes, et une forte domination des récits liés à la guerre, à l’exil, aux migrations et aux tensions politiques contemporaines.
De nombreux films ont puisé dans l’histoire récente ou dans des contextes géopolitiques tendus pour interroger les dérives autoritaires, les fractures sociales et les traumatismes collectifs. Les œuvres les plus commentées de la sélection ont souvent été saluées pour leur dimension intime et leur audace formelle, loin des logiques de franchise.
Les thèmes du deuil, de l’identité et des conséquences psychologiques de la violence ont également traversé une grande partie de la programmation.
Au-delà des films eux-mêmes, Cannes continue d’affirmer son rôle de plateforme culturelle globale, où se croisent désormais plus que jamais cinéma, mode, luxe, nouvelles technologies et industrie du bien-être.
En 2025, l’Iranien Jafar Panahi avait remporté la Palme d’or pour “Un simple accident”, tandis que Joachim Trier avait reçu le Grand prix pour “Valeur sentimentale”. Juliette Binoche présidait alors le jury, après Greta Gerwig en 2024.
Parmi les temps forts de cette édition figurait également “Teenage Sex and Death at Camp Miasma” de Jane Schoenbrun, présenté en ouverture de la section Un Certain Regard, illustration du dialogue renouvelé entre cinéastes confirmés et nouvelles voix du cinéma mondial.
Les films primés en 2026 ne sortiront en salles que dans plusieurs mois, mais des séances exceptionnelles, programmées dans certains cinémas en France, en offriront un aperçu au grand public dès début juin.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
