Politique : les coulisses de la rupture du « protocole de Cap Manuel », révélations sur la discussion secrète en prison

DAKAR, 03 JUIN 2026 (JVFE)–L’ancien Premier ministre Ousmane Sonko a confirmé publiquement l’existence d’un accord politique secret appelé « protocole de Cap Manuel » conclu avec le président Bassirou Diomaye Faye avant l’élection présidentielle de mars 2024. Lors d’une conférence de presse très attendue le mardi 2 juin 2026, le leader du parti PASTEF a juré sur le Coran pour officialiser ce pacte stratégique. Cette sortie fait suite à son limogeage du gouvernement survenu le 22 mai 2026.

Alors qu’ils étaient tous deux détenus à la prison du Cap Manuel, Ousmane Sonko a fait venir Bassirou Diomaye Faye dans sa cellule afin d’acter un engagement formel sur l’avenir politique du parti PASTEF et sur le choix du candidat en vue de l’élection présidentielle.

Le terme fait initialement référence aux tractations nocturnes et aux visites discrètes (notamment celles facilitées par des médiateurs comme Ousmane Yara) qui ont eu lieu à la prison du Cap Manuel avant l’élection présidentielle. Ces discussions visaient à trouver une issue à la détention des leaders politiques.

Plus récemment, le « protocole de Cap Manuel » a été redéfini par Ousmane Sonko lui-même. Il s’agissait des termes d’un engagement politique passé directement dans sa cellule avec Bassirou Diomaye Faye. Sonko a révélé avoir imposé que Diomaye Faye soit le candidat du parti, refusant catégoriquement toute idée de report du scrutin présidentiel

Les révélations sur la discussion secrète en prison

Ousmane Sonko a détaillé les conditions dans lesquelles cet accord fondateur a été scellé alors que les deux hommes étaient encore détenus.

Sonko affirme avoir fait venir Bassirou Diomaye Faye directement dans sa chambre à la prison du Cap Manuel.

Diomaye Faye s’est présenté à cette réunion secrète muni d’un carnet pour acter les termes de leur collaboration politique.

Selon les révélations de Sonko, Diomaye Faye s’est présenté à cette entrevue avec un carnet pour consigner les termes de cette collaboration et les conditions de leur accession au pouvoir.

L’accord prévoyait un cadre d’action et une répartition des rôles qui ont, avec le temps, généré des frustrations et des divergences, transformant ce pacte initial en une véritable fracture politique au sommet de l’État.

Ce protocole définissait les conditions de leur alliance, la gestion du parti et le partage des rôles en vue de l’élection présidentielle de 2024.

En rupture avec les termes initiaux du protocole, l’exécutif a pris des orientations politiques qui ont mené à l’éviction de Sonko et à une importante recomposition gouvernementale.

Au-delà de l’accord historique, Ousmane Sonko a levé le voile sur les tensions récentes qui ont conduit à la dissolution du gouvernement :

Le chef de l’opposition sénégalaise Ousmane Sonko (2e à droite), le président sénégalais sortant Macky Sall (à droite) et le président élu du Sénégal Bassirou Diomaye Faye (3e à droite) marchent au palais présidentiel, à Dakar, le 28 mars 2024.

Selon ses déclarations, le président Diomaye Faye lui aurait demandé de présenter publiquement leur rupture comme un accord mutuel, ce que Sonko a catégoriquement refusé.

Le leader du PASTEF a fermement marqué sa distance avec le nouvel exécutif dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô, affirmant que son parti « n’a aucun ministre dans ce gouvernement » et désavouant les membres qui ont choisi de rester aux affaires.

Lors d’une prise de parole publique très attendue, Sonko est sorti de son silence pour solder ses comptes, confirmant l’existence historique de ce « protocole de Cap Manuel » et dénonçant la manière dont les engagements scellés en prison ont été bafoués.

La fracture de cet engagement repose sur des divergences de vision sur la gestion du pouvoir et sur des accusations de non-respect de la parole donnée. Le leader de Pastef a publiquement dénoncé des déviations par rapport au projet initial, ce qui a mené à une remise en question de l’équilibre des institutions et à des tensions au sommet de l’exécutif.

Ce déballage a plongé la classe politique dans l’expectative et a mis en lumière une ligne de fracture profonde entre les militants de la première heure et les nouvelles orientations prises par l’actuel chef de l’État.

Cette rupture fragilise la légitimité du chef de l’État auprès d’une frange importante de l’électorat originel. Elle a provoqué une série de remous politiques, dont des restructurations majeures au sein du gouvernement et une recomposition de la hiérarchie institutionnelle.

La rupture est officielle entre Ousmane Sonko et le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, mettant fin au ticket « Diomaye-Sonko » et scellant le divorce au sein du parti PASTEF. Ce séisme politique oppose la ligne souverainiste radicale de Sonko au pragmatisme d’État du président Faye, ouvrant une période d’incertitude et de recomposition majeure.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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