DAKAR, 07 JUIN 2026 (JVFE)—La Journée Africaine des Frontières est célébrée chaque année le 7 juin.
Instituée en 2010 par l’Union Africaine, cette journée vise à éliminer les sources de tensions aux frontières et à les transformer en zones de paix, de coopération et d’intégration pour un développement durable.
Le thème central de l’Union Africaine pour l’année 2026 est axé sur la gestion des ressources naturelles avec pour intitulé : « Garantir un approvisionnement durable en eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ». C’est sous cette orientation globale que la Journée Africaine des Frontières s’inscrit cette année, mettant en lumière l’importance cruciale de la gestion conjointe des fleuves, des bassins et des points d’eau partagés entre les pays voisins.
En Afrique de l’Ouest, les pays s’organisent activement à travers des célébrations éclatées pour renforcer la cohésion sociale et la sécurité.
Activités spécifiques en Afrique de l’Ouest
- Côte d’Ivoire (Zones frontalières du Nord et de l’Est) : La Commission Nationale des Frontières de la Côte d’Ivoire (CNF-CI) organise des activités sur des points “triples frontières” stratégiques :
- Pogo (frontière Côte d’Ivoire – Mali – Burkina Faso)
- Sokoro (frontière Côte d’Ivoire – Mali – Guinée)
- Vonkoro (frontière Côte d’Ivoire – Burkina Faso – Ghana)
- Au programme : Défilés militaires et civils conjoints, matchs de football inter-villages transfrontaliers, et tournées de sensibilisation sur la cohabitation pacifique face aux défis sécuritaires du Sahel.
- Sénégal et Gambie : Des rencontres bilatérales sont orchestrées au niveau des postes de contrôle juxtaposés (comme à Karang). Elles incluent des sessions de formation communes pour les agents des douanes et de la police des frontières sous l’égide de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) afin de fluidifier le passage des commerçants.
- Ghana et Togo : Les autorités mettent l’accent sur la sécurité humaine et la délimitation physique des frontières terrestres pour éviter les litiges fonciers entre communautés agricoles frontalières, souvent accompagnées d’émissions de radio synchronisées de part et d’autre de la frontière pour prôner la paix.
Les types d’infrastructures inaugurées
Pendant cette journée, les gouvernements ouest-africains en profitent généralement pour inaugurer des projets à fort impact social :
- Forages d’eau et châteaux d’eau partagés pour alimenter les villages situés des deux côtés de la ligne frontalière.
- Marchés transfrontaliers pour dynamiser les échanges économiques locaux.
- Centres de santé de proximité accessibles aux populations des pays limitrophes sans barrière administrative.
Objectifs principaux
- Promouvoir la paix : Réduire les risques de conflits liés aux tracés frontaliers.
- Faciliter l’intégration : Transformer les frontières en espaces de liaison plutôt qu’en barrières.
- Développer l’économie : Dynamiser le commerce transfrontalier et la libre circulation des personnes.
- Améliorer la sécurité : Renforcer la gestion conjointe des frontières face aux menaces communes.
Exemples d’activités organisées
- Événements culturels et sportifs : Rencontres et matchs amicaux entre populations frontalières voisines.
- Inaugurations d’infrastructures : Lancement de postes de contrôle juxtaposés ou de marchés communs.
- Forums de discussion : Conférences sur la gestion intégrée et la délimitation des frontières.
Le contexte de création de cette journée est l’instauration du processus de mise en œuvre du Programme des frontières de l’Union africaine (PFUA) en 2010.
2025 marquant la 15ème édition de cette journée africaine, plusieurs Etats membres de l’UA programment des activités de célébration.
Au Bénin, le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Monsieur Alassane SEIDOU, a adressé un message au peuple béninois, dévoilant le programme de la célébration des frontières, sous le thème des Zones frontalières : espaces de cohésion sociale et de développement durable.
La sécurisation et l’harmonie des zones frontalières sont primordiales pour assurer paix et stabilité dans les Etats. Le message S.E.M. SEIDOU appelle à la sensibilisation des populations sur la culture du vivre-ensemble, en faisant des zones frontalières des lieux pacifiques et non des sources de tensions entre Etats. Il rappelle l’importance de promouvoir la sécurité, l’intégration et l’inclusion pour le développement économique, social, environnemental et culturel d’une Afrique vivant en harmonie.
Pour rappel, la République du Bénin a placé l’importance de la paix frontalière au cœur de ses préoccupations stratégiques, et ce à travers le lancement, en 2016, du Programme de Gestion intégrée des Espaces Frontaliers (PGIEF), programme qui tente de réduire la vulnérabilité et renforcer la résilience des populations vivant au niveau des frontières. Elle a également dédié une agence aux questions frontalières : l’Agence béninoise de Gestion intégrée des Espaces frontaliers (ABeGIEF).
En effet, les populations des zones frontalières vivent dans une vulnérabilité particulière, non seulement liée à la stabilité de leur pays mais également aux pays voisins. Elles sont également le point de croisement de deux cultures voisines, et peuvent servir de pont pour renforcer les liens d’amitié entre communautés et d’échanges culturels entre deux populations limitrophes, célébrant leurs cultures et histoire partagée.
La célébration de la Journée des frontières africaines est une excellente occasion pour rappeler que les frontières ne sont pas des murs qui divisent les populations, mais bien des ponts qui relient et permettent des échanges culturels, économiques et sociaux. Ils sont là pour encourager le dialogue, l’aide mutuelle, et renforcer la coopération entre les Etats.
De ce fait, le CAFRAD, en tant qu’institution panafricaine, manifeste sa volonté constante de dialogue, de coopération et de renforcement des liens multilatéraux entre les Etats africains. Existant depuis plus de 63 ans, cette Organisation panafricaine historique est une torche allumée par 45 Etats, symbole de la cohésion de la vision partagée d’une Afrique postmoderne éclairée et unie.
La frontière entre le Sénégal et le Mali illustre parfaitement la double réalité des espaces frontaliers actuels : un corridor économique vital mis à l’épreuve par de lourds défis sécuritaires.
Longue de près de 400 kilomètres, cette zone fait l’objet d’initiatives majeures en 2026 pour allier sécurité et intégration régionale.
Situation sécuritaire : Vigilance accrue face à la menace terroriste
- Inauguration de postes d’appui : Le Sénégal vient de déployer en avril 2026 trois nouveaux points d’appui pour le Groupe d’action rapide de surveillance et d’intervention (GARSI 2) à Saraya, dans la région de Kédougou, afin de sécuriser l’extrême sud-est
- Contrôle des trafics clandestins : La police aux frontières sénégalaise maintient un niveau de vigilance maximal, marquée récemment par la saisie de matériel d’explosifs de contrebande à Diyabougou, lié à l’orpaillage clandestin.
- Renforcement de la diplomatie militaire : Malgré le contexte géopolitique sahélien, les ministères de la Défense de Bamako et de Dakar ont intensifié leur coopération bilatérale en avril 2026 pour mener des opérations conjointes et partager des renseignements face aux mouvements terroristes près de Kayes.
Projets de développement et ressources partagées
- Le projet « Investir dans l’eau pour la paix » : Lancé officiellement au début de l’année 2026 par le Mali, le Sénégal et la Mauritanie, ce projet soutenu par les Nations Unies (OIM/UNICEF) vise à créer des infrastructures hydrauliques transfrontalières pour apaiser les tensions liées au changement climatique dans le bassin du fleuve Sénégal.
- Politique nationale des frontières (2025-2030) : Le Sénégal a récemment validé son nouveau document stratégique pour moderniser et désenclaver les espaces frontaliers, ambitionnant des zones pleinement intégrées d’ici 2034
- Corridor routier Dakar-Bamako : Des efforts de numérisation et d’aménagement logistique continuent d’être déployés pour faciliter le transit des marchandises et des transporteurs bloqués par intermittence par l’insécurité
Mécanismes de financement de l’Union Africaine
Les projets de l’Union Africaine (UA) ne dépendent pas uniquement de son budget propre, mais s’appuient sur une architecture financière hybride :
- Le Programme de Frontières de l’Union Africaine (PFUA) : Il apporte une assistance technique aux commissions nationales pour la démarcation physique des frontières.
- Les banques multilatérales de développement : Le financement lourd des infrastructures transfrontalières passe majoritairement par la Banque Africaine de Développement (BAD), qui a par exemple mobilisé plus de 156 millions d’euros pour moderniser les axes routiers liant le Mali et le Burkina Faso à la Côte d’Ivoire.
- Partenariats bilatéraux : L’Union Européenne et la coopération allemande (GIZ) appuient financièrement le PFUA sur le terrain pour la formation des agents et l’octroi d’équipements.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
