DAKAR, 20 AOUT 2026 (JVFE)— sénégalaise exerce une forte pression politique sur le président Bassirou Diomaye Faye afin qu’il signe le décret fixant la date des prochaines élections locales. Ce scrutin est normalement prévu pour janvier 2027 au plus tard, date à laquelle les mandats des élus municipaux et départementaux actuels arrivent à expiration.
Le mandat de cinq ans des exécutifs locaux expire le 23 janvier 2027. Or, le Sénégal traverse une période politique tendue et inédite marquée par la rupture entre MM. Faye et M. Sonko, alors que le pays, lourdement endetté, connaît aussi une crise économique.
A un peu plus de cinq mois de la fin des mandats des exécutifs locaux, le président Faye n’a pas pris un décret fixant la date des locales et un autre pour l’inscription de nouveaux électeurs, deux des exigences légales avant chaque scrutin.
Pour rappel ,sous le régime de Macky Sall, les élections locales ont été reportées à quatre reprises, repoussant le scrutin initialement prévu en 2019 jusqu’au 23 janvier 2022.
Ces reports successifs ont prolongé de près de trois ans le mandat des maires et des conseillers départementaux élus en 2014.
Les élections devaient se tenir à l’expiration du mandat des élus de 2014. Elles ont été décalées une première fois en raison de la tenue de l’élection présidentielle de février 2019.
Le pouvoir et l’opposition s’accordent pour entamer un dialogue national. Le but est de mener un audit approfondi du fichier électoral avant tout nouveau scrutin.
La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 ralentit les travaux du dialogue national et l’évaluation du processus électoral. Le scrutin est à nouveau repoussé.
La loi n° 2021-24 du 12 avril 2021 entérine l’ultime report des élections territoriales. Le décret présidentiel n° 2021-562 fixe enfin la date définitive du vote au dimanche 23 janvier 2022.
Les motifs officiels évoqués à l ‘époque
- L’audit du fichier électoral exigé par les partis politiques d’opposition.
- La refonte partielle du code électoral, notamment pour instaurer l’élection des maires au suffrage universel direct.
- L’impact de la pandémie de Covid-19 qui a perturbé le calendrier des commissions de révision électorale.
L’opposition sénégalaise a régulièrement dénoncé ces reports successifs. Elle y voyait une stratégie politique du parti au pouvoir (APR) visant à éviter des sanctions électorales dans un contexte de contestations sociales ou à tenter de coupler ces élections avec les législatives.
Une rivalité actuelle inédite avec Ousmane Sonko
Le principal moteur de cette pression est l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, limogé par le président en mai 2024 après une rupture spectaculaire. Désormais président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko mène la charge contre le chef de l’État :
Ousmane Sonko et le parti PASTEF refusent tout report. Ils veulent mesurer leur force électorale face au président.
Lors d’un récent meeting, Ousmane Sonko a ironisé en demandant à ses militants de lever le pied pour que le président « ait le courage » de fixer une date.
Des responsables du parti comme Me Ngagne Demba Touré ont publiquement défié le pouvoir en lançant : « Organise les élections maintenant, on verra ! ».
Le front de l’opposition traditionnelle
Lors d’un récent déplacement dans le nord du pays, M. Sonko – opposé à tout report des élections pour renouveler les exécutifs locaux départementaux et municipaux – a carrément moqué le chef de l’Etat.
Il a demandé, en langue wolof, à ses militants de “diminuer légèrement la mobilisation pour que le gars (Diomaye Faye) ait le courage” de fixer la date des élections locales.
Au-delà du camp d’Ousmane Sonko, les anciens partis au pouvoir se mobilisent également :
La coalition FDR (menée par l’ancien parti présidentiel, l’APR de Macky Sall) rejette en bloc toute prolongation masquée des mandats.
L’opposition accuse le gouvernement de faire traîner le processus de révision des listes électorales pour retarder l’échéance.
La stratégie du président Diomaye Faye
Le président Faye, qui vient de lancer son propre parti politique, “Kiiraay” (Les Patriotes Républicains) fin juillet 2024, semble temporiser :
Selon plusieurs analystes, le président cherche à consolider son nouvel appareil politique avant d’affronter le verdict des urnes.
Des rumeurs et des déclarations de proches du pouvoir (comme Aminata Touré) évoquent la possibilité légale d’organiser le scrutin plus tard en 2027 en s’appuyant sur le code électoral.
Une dissolution de l’Assemblée : Le ministre du Commerce a mentionné que le président envisageait de dissoudre l’Assemblée nationale en décembre 2024. Cela pourrait mener à un couplage des élections législatives et locales en 2027.
Ce que dit la loi (Le calendrier légal)
Le temps presse pour le pouvoir exécutif si les délais républicains doivent être respectés :
Le code électoral impose au président de publier le décret convoquant les électeurs au minimum 80 jours avant le vote.
Pour tenir le scrutin au plus tard le 17 janvier 2027, le décret présidentiel devrait être signé avant la mi-octobre 2024.
Ce bras de fer autour du calendrier électoral plonge le Sénégal dans une nouvelle période de vives tensions politiques, préfigurant déjà les futures batailles majeures de la présidentielle de 2029.
Ainsi, si le scrutin doit se tenir avant le 22 janvier 2027, ce décret devrait être publié début novembre.
Mais interprétant l’article 269 du code électoral, Aminata Touré, une responsable de “Kiiraay”, a affirmé il y a quelques jours que le président Faye “a toute l’année 2027 pour organiser” les locales, laissant entrevoir un report.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
