ONU: l’Assemblée générale a adopté le 4 septembre 2026 la résolution « Corrigez la carte » portée par le Togo pour promouvoir une représentation plus fidèle de la superficie réelle des continents.

DAKAR, 05 Septembre 2026 (JVFE)—L’Assemblée générale de l’ONU a adopté le 4 septembre 2026 la résolution « Corrigez la carte », , pour promouvoir une représentation plus fidèle de la superficie réelle des continents.

Cent soixante-quatre voix pour, une seule contre : l’Assemblée générale des Nations Unies a validé, vendredi 4 septembre, le texte baptisé « Corrigez la carte ». Seuls les États-Unis ont voté contre, tandis que six délégations se sont abstenues.

Les faits clés du vote

  • Résultat : 164 voix pour, 1 seule voix contre (les États-Unis) et 6 abstentions.
  • Pays abstentionnistes : L’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l’Ukraine.
  • Source officielle : Les détails complets sont disponibles sur le site de ONU Info. Les objectifs de la résolution
  • Corriger les proportions : La célèbre projection de Mercator (créée en 1569) grossit les terres proches des pôles et rapetisse l’Afrique.
  • Préférer de nouvelles cartes : Le texte encourage l’usage de la projection « Equal Earth » ou d’autres cartes équitables qui montrent la vraie taille des pays.
  • Sensibiliser : La résolution n’est pas obligatoire, mais elle invite les écoles, les gouvernements et les entreprises à mieux enseigner la réalité géographique.
  • La position des États-Unis
  • Les États-Unis ont voté contre le texte.
  • Ils estiment qu’il s’agit d’un « projet idéologique radical » qui détourne l’attention des vrais problèmes internationaux.

Depuis plusieurs années, la manière dont les cartes représentent l’Afrique divise chercheurs, cartographes et institutions. En cause : la projection de Mercator, héritée du XVIe siècle et toujours dominante dans les manuels scolaires, les GPS et la plupart des logiciels de cartographie. Sur ce modèle, l’Afrique apparaît à peine plus étendue que le Groenland — alors que le continent totalise 30,37 millions de km², contre seulement 2,16 millions pour l’île arctique, soit un rapport d’environ un à quinze.

Face à ce constat, un mouvement citoyen et institutionnel s’est structuré ces dernières années sous le nom « Correct the Map ». Relayé par l’Union africaine et des associations telles qu’Africa No Filter, il plaide pour l’adoption de projections dites « à surfaces équivalentes » — à l’image d’Equal Earth, conçue en 2018 par des cartographes de plusieurs pays. C’est dans ce sillage que Lomé a décidé de porter le sujet jusqu’à l’ONU.

La résolution votée vendredi ne bannit pas pour autant l’usage de Mercator. Elle invite plutôt les États et institutions à privilégier des modèles préservant les proportions réelles des territoires, chaque fois que la taille des continents entre en comparaison. Aucune sanction ni obligation n’accompagne ce texte.

Le chef de la diplomatie togolaise a exprimé sa gratitude envers les pays ayant appuyé le texte, y voyant « une victoire pour l’Afrique, mais surtout, une victoire pour tous ceux qui croient en un monde plus équitable, plus équilibré et plus précis ».

Il a par ailleurs insisté sur le fait que cette adoption touche à des principes de justice, de dignité et d’égalité dans la représentation du monde, bien au-delà des seules conventions cartographiques. Reste maintenant à voir si les grands producteurs d’atlas, les concepteurs de logiciels de navigation et les systèmes scolaires suivront cette orientation, la résolution onusienne n’ayant aucune force contraignante.

La différence technique fondamentale réside dans ce que chaque projection choisit de déformer : la projection de Mercator préserve les angles et les formes (conforme), tandis que la projection Equal Earth préserve les surfaces réelles (équivalente).

Comparaison des caractéristiques techniques

CaractéristiqueProjection de Mercator (1569)Projection Equal Earth (2018)
Type de projectionCylindrique conformePseudo-cylindrique équivalente
Gestion des surfacesFortement déformées (le Groenland paraît aussi grand que l’Afrique, alors qu’il est 14 fois plus petit).Strictement préservées (chaque continent respecte sa proportion de superficie réelle).
Gestion des formesFidèles à la réalité locale (très utile pour tracer des caps de navigation).Légèrement étirées ou compressées, notamment sur les bords de la carte.
Lignes de latitude / longitudeDroites parallèles qui se croisent à angle droit (\(90^{\circ }\)).Les méridiens sont des courbes douces ; les parallèles sont des lignes droites.
Usage principalNavigation maritime et applications modernes (comme Google Maps pour zoomer à l’échelle locale).Cartographie thématique mondiale, éducation et représentations statistiques.

Le compromis géométrique

Il est impossible de projeter la surface sphérique de la Terre sur un plan plat sans créer de distorsion.

  • Mercator étire de plus en plus la carte à mesure que l’on s’éloigne de l’Équateur vers les pôles. Cela avantage visuellement les pays du Nord (Europe, Amérique du Nord, Russie) au détriment des régions équatoriales (Afrique, Amérique du Sud).
  • Equal Earth utilise des équations mathématiques modernes pour ajuster la courbure des méridiens. Cela permet de conserver l’exactitude des superficies tout en maintenant une esthétique visuelle agréable et naturelle pour l’œil humain.

L’adoption de la projection Equal Earth dans les salles de classe modifie profondément la perception du monde des élèves en remplaçant un biais visuel historique par une réalité scientifique.

La déconstruction des biais géopolitiques

La projection de Mercator a longtemps ancré l’idée inconsciente que l’hémisphère Nord est dominant. En classe, l’introduction d’Equal Earth permet aux enseignants de provoquer un « choc visuel » :

  • La redécouverte de l’Afrique : Les élèves découvrent visuellement que l’Afrique (30,3 millions de km²) est en réalité trois fois plus grande que l’Europe (10,1 millions de km²), alors qu’elles paraissent de taille similaire sur les anciennes cartes.
  • La remise à l’échelle des superpuissances : Le Groenland ne semble plus écraser le continent africain, et la taille de la Russie ou de l’Amérique du Nord est ramenée à sa juste proportion par rapport aux zones équatoriales.

Une meilleure compréhension des enjeux mondiaux

L’enseignement de la géographie moderne repose sur l’analyse de données (démographie, ressources, climat). Utiliser une carte aux surfaces fidèles est indispensable pour ces matières :

  • Cartographie thématique : Pour représenter la répartition de la population mondiale ou la déforestation, il est mathématiquement faux d’utiliser Mercator. Equal Earth permet de créer des cartes par points ou par plages de couleurs (choroplèthes) rigoureuses, car la densité visuelle correspond enfin à la densité réelle.
  • Enseignement du développement durable : Les pays du Sud global, souvent les plus touchés par le changement climatique ou les enjeux de développement, retrouvent leur place centrale et leur importance territoriale légitime dans les manuels.

Un nouvel outil pédagogique sur la critique des sources

Cette transition offre une opportunité pédagogique majeure pour enseigner aux élèves qu’une carte n’est pas la réalité, mais un choix technique et politique. Les professeurs de géographie utilisent désormais ce changement pour :

  • Expliquer l’histoire de la cartographie (le besoin de Mercator pour la navigation maritime au XVIe siècle face aux besoins de justice globale du XXIe siècle).
  • Initier les élèves aux distorsions géométriques et au concept de compromis en cartographie.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *