DAKAR, 18 Septembre 2026 (JVFE)—L’alliance historique entre Riyad et Washington traverse une crise majeure : le président américain Donald Trump a refusé d’ordonner des frappes militaires directes contre les rebelles Houthis du Yémen, malgré les demandes insistantes de l’Arabie saoudite.
Confronté à une offensive majeure des Houthis depuis juillet 2026, le royaume saoudien prend conscience des limites du parapluie sécuritaire américain, redéfini par un soutien purement indirect.
Le refus de l’administration américaine de s’impliquer directement sur le terrain s’explique par plusieurs facteurs stratégiques et politiques :
Alors que les élections de mi-mandat (midterms) approchent aux États-Unis, une implication dans un nouveau conflit armé s’avère hautement impopulaire auprès de la base électorale de Donald Trump.
Le Congrès américain s’est formellement opposé à une extension de la guerre avec l’Iran, restreignant ainsi les marges de manœuvre militaires de la Maison-Blanche dans la région.

Donald Trump a lui-même reconnu publiquement que la rébellion yéménite avait exigé la non-intervention des forces américaines sous peine d’escalade.
Un soutien américain réduit au commerce et au renseignement
Si Washington refuse d’envoyer ses forces armées combattre les Houthis, les États-Unis maintiennent un partenariat logistique et commercial de grande envergure avec le royaume saoudien :
Début septembre 2026, le département d’État a validé une transaction majeure de 5 milliards de dollars comprenant la livraison de plus de 10 000 bombes à Riyad.
Une unité militaire américaine reste déployée pour intensifier le partage de renseignements tactiques afin d’aider l’armée saoudienne à intercepter les attaques de missiles et de drones.
L’Arabie saoudite face à l’urgence sur le terrain
La situation militaire est devenue critique pour le premier exportateur mondial de brut. Début septembre, les Houthis se sont emparés de la totalité du littoral yéménite de la mer Rouge, prenant le contrôle du détroit stratégique de Bab el-Mandeb.
Isolée militairement, l’Arabie saoudite a mobilisé d’importantes ressources à sa frontière sud, déployant près de 200 avions de combat ainsi que des blindés lourds pour tenter de contenir la progression houthie.
La trêve fragile qui tenait depuis 2022 a volé en éclats en juillet 2026, marquant une reprise majeure et meurtrière des hostilités directes entre l’Arabie saoudite et les rebelles yéménites Houthis.
Ce regain de tensions s’inscrit comme un nouveau front de l’instabilité régionale au Moyen-Orient.
Les déclencheurs et les événements récents (Septembre 2026)
Les tensions ont explosé lorsque les Houthis ont défié le contrôle aérien de Riyad en autorisant un avion iranien à atterrir au Yémen.
Les rebelles ont infligé de lourds revers aux forces gouvernementales yéménites (soutenues par Riyad). Ils contrôlent désormais la totalité du littoral yéménite sur la mer Rouge et ont renforcé leur emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb.
Les Houthis ont revendiqué une dizaine de frappes de missiles balistiques et de drones au cœur du territoire saoudien. Des infrastructures de premier plan ont été touchées, notamment le géant pétrolier Aramco à Yanbu et la base aérienne de Khamis Mushait. Pour la première fois, des débris de drones interceptés ont fait un mort dans la province de Taëf, et Riyad a accusé les rebelles d’avoir ciblé la ville sainte de La Mecque (ce que les Houthis démentent).
L’aviation saoudienne a répliqué en menant plus de 450 frappes aériennes contre les positions rebelles au Yémen en quelques jours.
Selon le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, l’oléoduc Est-Ouest, qui transporte la majeure partie du pétrole saoudien destiné aux exportations et qui a été frappé vendredi 11 septembre par des drones tirés depuis l’Irak par un groupe soutenant les Houthis, devrait reprendre le transit dans « les prochains jours »
Conséquences géopolitiques et économiques mondiales
Envolée des prix du pétrole : En raison des menaces pesant sur les infrastructures saoudiennes et les corridors maritimes, le prix du baril de Brent a de nouveau franchi le seuil symbolique des 104 dollars.
Crise humanitaire aggravée : Les récents combats ont forcé plus de 100 000 civils yéménites à fuir leur foyer. L’axe vital Mocha-Taëz est totalement coupé, bloquant l’acheminement de l’aide humanitaire.
Le dilemme de l’Arabie saoudite et le rôle des États-Unis
Malgré son budget de défense colossal (plus de 83 milliards de dollars en 2025), le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane fait face à des options limitées :: Riyad cherche à éviter une guerre totale et prolongée qui détruirait ses infrastructures économiques et ses projets de développement.
L’administration américaine sous Donald Trump a refusé de frapper militairement les Houthis malgré les demandes de Riyad. À la place, des diplomates américains ont mené des discussions directes avec les Houthis à Oman pour tenter de garantir que les navires américains ne soient pas pris pour cibles.
En guise de compensation politique, Washington a toutefois approuvé la vente de 48 avions de chasse F-35 à l’Arabie saoudite pour un montant de 24,3 milliards de dollars afin de renforcer sa dissuasion à long terme.
Des doutes persistent toutefois sur la date de reprise du transit, alors que plusieurs analystes estiment le temps nécessaire à des réparations à au moins plusieurs semaines.
Le PIB du royaume pourrait reculer de 4,5 % en 2026 si le pipeline restait fermé pendant un mois et que le détroit d’Ormuz restait bloqué, soit 1,4 point de plus qu’anticipé par l’Abu Dhabi Commercial Bank 2.
Dans ses prévisions de juillet, le Fonds monétaire international avait revu à la baisse ses projections de croissance pour l’Arabie saoudite à 1,7 % pour 2026 – contre 3,1 % en avril.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
