Le drame des Parcelles Assainies : chronique d’une faillite urbanistique prévisible

Par Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

DAKAR, 05 OCTOBRE 2026 (JVFE)—Le ciel s’est à nouveau abattu sur Dakar, et avec lui, le cortège habituel de désolation, de boue et, plus tragiquement, de morts. À l’Unité 7 des Parcelles Assainies, le bilan ne se résume pas à des statistiques ou à des routes coupées. Ce dimanche, les inondations ont arraché la vie à une jeune femme de 25 ans (A. Ngom) et à son fils de 4 ans (M. Gningue), noyés dans leur propre logement après l’effondrement d’un mur de clôture sous la pression des eaux.

Pendant que les autorités expriment leurs condoléances sur les réseaux sociaux et annoncent des mesures d’urgence, ce énième drame met à nu une réalité implacable : l’échec structurel des politiques d’assainissement et de la gestion de l’espace urbain dans la capitale sénégalaise.

Ce drame met en lumière l’inefficacité chronique des infrastructures de drainage urbain et la vulnérabilité persistante des habitations situées dans les zones basses de la capitale

Sous la violence des averses, le mur d’une habitation située dans une zone basse s’est effondré. L’eau s’est alors brutalement engouffrée dans la maison, piégeant et noyant la mère (A. Ngom) et son enfant (M. Gningue).

Les sapeurs-pompiers ont récupéré les corps sans vie dimanche en fin d’après-midi pour les transférer à la morgue (notamment vers l’hôpital Dalal Jamm) en vue d’une autopsie. Une enquête a été ouverte par le commissariat d’arrondissement des Parcelles Assainies.

La municipalité a ordonné le relogement temporaire des autres occupants de l’habitation touchée. =

Ces intempéries exceptionnelles ont également causé d’autres dégâts et des blessés à travers la capitale (notamment à Khar Yalla et HLM Patte d’Oie) ainsi que d’autres décès à l’intérieur du pays.

Une tragédie évitable au cœur de la négligence publique

Le drame s’est produit à proximité immédiate d’une station de l’Office National de l’Assainissement du Sénégal (ONAS). Qu’une mère et son enfant périssent piégés par les eaux à quelques mètres d’une infrastructure publique censée évacuer ces mêmes flux en dit long sur l’état d’obsolescence et de saturation de nos réseaux.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été prévenu. Un diagnostic technique alarmant révélait récemment que 95 % des ouvrages de drainage du réseau routier de Dakar nécessitaient une intervention urgente ou prioritaire. Pourtant, d’hivernage en hivernage, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les Parcelles Assainies, à l’instar d’autres quartiers populaires comme Khar Yalla ou HLM Patte d’Oie — également touchés par des effondrements de maçonnerie ce même jour —, continuent de payer le prix fort d’une urbanisation anarchique et de l’occupation continue de cuvettes naturelles inondables.

Des milliards investis, mais où passent les résultats ?

Au-delà de l’émotion légitime, la colère gronde légitimement chez les sinistrés. Les plans décennaux se succèdent, les budgets nationaux et les aides internationales s’empilent, mais la vulnérabilité des populations reste inchangée dès que les précipitations dépassent les normales saisonnières. Récemment encore, le Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement (MHA) interpellait les citoyens sur la propreté des canaux, mais la responsabilité première de la planification et de la sécurisation des cadres de vie incombe à l’État et aux municipalités.

La construction de digues temporaires ou le prépositionnement de motopompes ne sont que des pansements sur une jambe de bois. Les experts, géomorphologues et urbanistes s’accordent à dire qu’en l’absence d’une application stricte du Code de l’urbanisme, de sanctions contre les lotissements illégaux dans les zones de captage et d’un relogement définitif des populations des zones basses, Dakar continuera de compter ses morts à chaque pluie diluvienne.

La mort d’A. Ngom et de son petit garçon ne doit pas être un simple fait divers de plus dans les colonnes des journaux. Elle doit agir comme l’électrochoc ultime pour passer des éternels comités de crise à une véritable refonte structurelle de notre assainissement urbain. Sans cela, le slogan de la prévention restera une rhétorique creuse face à la fureur des eaux.

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