DAKAR, 16 OCTOBRE 2026 (JVFE)—Au Sénégal, les commissions d’enquête parlementaires initiées par la majorité parlementaire se trouvent au cœur d’un bras de fer juridico-politique avec plusieurs anciens hauts responsables et ministres du régime de Macky Sall. Ce conflit tourne principalement autour de la légitimité des convocations, certains convoqués refusant de déférer aux auditions en invoquant des obstacles constitutionnels et des vices de procédure.
“Certains ne savent même pas lire les questions qu’on leur soumet. D’autres ne comprennent manifestement pas les réponses qu’ils reçoivent, quand ils parviennent à formuler leurs propres questions.
Une commission d’enquête n’est pas un tribunal. Orienter les questions, chercher à incriminer coûte que coûte et vouloir désigner des coupables avant même d’avoir établi les faits ne fera pas apparaître la vérité. Encore moins des coupables.” Selon OUSMANE SONKO.
Le nœud du problème repose sur plusieurs facteurs juridiques et politiques qui opposent les députés (notamment du parti au pouvoir PASTEF) aux anciens dirigeants :
| Motif de discorde | Arguments des Députés / Commissions | Posture des Anciens Responsables |
| Obligation de déférer | L’Assemblée nationale invoque le contrôle démocratique, le besoin de transparence et le principe de reddition des comptes. | Certains anciens responsables (comme d’ex-directeurs du Cadastre ou anciens ministres) refusent de comparaître ou contestent la forme, s’appuyant parfois sur des avis juridiques ou des décisions du Conseil constitutionnel limitant ces contraintes. |
| Nature de l’instance | Les commissions d’enquête cherchent à faire la lumière sur des dossiers d’État (Foncier, programme “Un étudiant, un ordinateur”, gestion des ressources). | L’opposition et certains analystes rappellent qu’une commission n’est pas un tribunal ; ils dénoncent une tentative d’incrimination politique ou de procès d’intention avant toute action judiciaire. |
| Médiatisation | La volonté de transparence pousse vers une forte publicité des débats ou une couverture médiatique intense. | Les convoqués dénoncent une mise en scène politique et une violation de la présomption d’innocence. |
Statut des convocations (Mi-octobre 2026)
L’attitude des personnalités convoquées face aux parlementaires varie considérablement :
- Ceux qui refusent ou contestent : Des profils de premier plan, à l’image de l’ancienne directrice du Cadastre Demba Dieng ou de l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur Cheikh Oumar Hann, ont marqué leur opposition aux convocations. La commission sur le foncier a d’ailleurs annoncé qu’elle continuerait ses investigations sur la base des pièces disponibles malgré ces refus.
- Ceux qui répondent présents : Certains anciens responsables ont choisi de faire face aux députés. C’est le cas de l’ancien ministre Abdou Karim Fofana, dont l’audition a donné lieu à un face-à-face particulièrement électrique. Un autre ancien ministre a également annoncé qu’il se présenterait devant la commission par respect pour la transparence et les institutions de la République.
Vers une intensification du contrôle parlementaire
Ce bras de fer est loin de s’apaiser. Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a annoncé à l’ouverture de la session parlementaire l’examen de cinq nouvelles propositions de commissions d’enquête. Ces nouvelles investigations visent des secteurs éminemment stratégiques :
- Les conditions d’attribution des blocs pétroliers et gaziers.
- L’évaluation du Plan décennal de lutte contre les inondations.
- La gestion des fonds spéciaux de la Primature, du HCCT et du CESE entre 2012 et 2026.
- Les programmes d’infrastructures et d’équipements financés par la Banco Santander.
- La protection des données nationales de santé. [
Malgré les résistances juridiques et les boycotts de l’opposition, la majorité parlementaire affiche sa ferme intention d’utiliser le Parlement comme un levier central de vérification des affaires publiques.
Six ministres, en fonction ou anciens ministres, auraient refusé de déférer à la convocation de la commission d’enquête parlementaire sur le projet « Un étudiant, un ordinateur ».

Professeur Daouda ngom
“Pour ma part, au nom de la transparence, de la redevabilité et du respect des institutions de la République, j’ai décidé de répondre à cette convocation demain, vendredi 16 octobre 2026, à 14 h 30, incha Allah.
La reddition des comptes n’est pas une option, c’est un principe fondamental de la gouvernance publique.”
Daouda Ngom, ancien ministre de l’Enseignement supérieur du Sénégal a donné sa réponse officielle à sa convocation par la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur la gestion et les financements du projet « Un étudiant, un ordinateur ».
Alors que Daouda Ngom a formellement choisi de se présenter devant la commission ce vendredi 16 octobre 2026 à 14 h 30, d’autres ministres ont fait valoir des arguments républicains ou procéduraux pour refuser ou contester leur participation.
L’état des positions des ministres concernés s’établit comme suit :
| Personnalité politique | Statut vis-à-vis de la convocation | Principaux arguments invoqués |
| Daouda Ngom (Ancien ministre) | Présent (Audition fixée au 16 octobre à 14h30) | • Respect des principes de transparence et de redevabilité. • Obligation morale et fondamentale de reddition des comptes. |
| Cheikh Oumar Anne (Ancien ministre / Député-maire) | Refus | • Contestation de l’impartialité de certains membres de la commission. • Dénonciation d’une démarche sélective assimilée à un « procès en sorcellerie » politique. |
| Moussa Baldé (Ancien ministre) | Refus | • Absence de faits précis ou de décisions clairement stipulés dans la lettre (Article 53 du Règlement intérieur). • Indisponibilité des documents administratifs d’État détenus par les ministères. |
| Abdoulaye Daouda Diallo (Ancien ministre) | Refus (sous les conditions actuelles) | • Sérieuses réserves émises sur les modalités de son audition concernant l’autorisation du fonds de garantie de 2012-2013 auprès d’Ecobank. |
Contexte de l’enquête parlementaire
La commission d’enquête cherche à retracer l’intégralité des procédures de passation de marchés, les flux financiers, ainsi que les décalages constatés entre l’argent décaissé et les livraisons réelles d’ordinateurs aux étudiants depuis le lancement de l’opération. Plusieurs directeurs généraux et prestataires techniques (tels que la direction d’Oumou Group) ont déjà été auditionnés par les députés à l’Assemblée nationale.
Pensez-vous que les anciens ministres, guidés uniquement par la rancœur et un ego blessé, s’acharnent à saboter Ousmane Sonko à cause de son tempérament jugé impulsif et arrogant ?
Le vif débat actuel autour d’Ousmane Sonko et de l’Assemblée nationale s’explique par la confrontation de deux visions politiques au Sénégal, exacerbée par l’ouverture de la session parlementaire. Ce que certains qualifient d’« acharnement » ou de « règlement de comptes » est perçu par d’autres comme un exercice nécessaire de transparence.
Pourquoi c’est sur la personne ? Elle n’évalue aucun fait politique tangible. Elle réduit le débat à des jugements psychologiques personnels (rancœur, ego, arrogance, impulsivité).
Ousmane Sonko, en tant que président de l’Assemblée nationale et leader de la majorité Pastef, a fait de la reddition des comptes le pilier de sa gouvernance.
Pour ses partisans, les enquêtes sur des projets passés (comme « Un étudiant, un ordinateur ») visent uniquement à instaurer une gouvernance transparente et à rompre avec l’impunité perçue des anciens régimes. Sonko a rappelé que « l’État n’est pas la propriété d’un gouvernement ».
Ses détracteurs l’accusent d’instrumentaliser les institutions à des fins de « procès en sorcellerie » ou de diversion politique pour masquer les urgences économiques actuelles. C’est ce qui pousse d’anciens ministres comme Cheikh Oumar Anne à refuser de déférer aux convocations, dénonçant une démarche sélective.
L’Assemblée nationale sénégalaise traverse une phase de profonde mutation qui bouscule les anciennes pratiques, ce qui génère de fortes frictions :
Pour la première fois, la commission d’enquête mène des auditions publiques, parfois retransmises. L’opposition critique la légalité de ce procédé, estimant qu’il s’agit d’un tribunal médiatique destiné à humilier les anciens responsables avant toute décision judiciaire.
Face aux critiques de l’opposition, Sonko a répliqué en ouvrant la voie à de nouvelles enquêtes élargis.
En octobre 2026, l’Assemblée nationale examine cinq nouvelles résolutions d’enquêtes portant notamment sur les ressources pétrolières, mais aussi sur les fonds spéciaux de la Primature. Ousmane Sonko a lui-même affirmé que « l’Assemblée nationale qui contrôle doit accepter d’être contrôlée », se disant prêt à ce que la gestion de sa propre institution soit auditée.
Synthèse des deux grilles de lecture
| Prisme de l’Opposition / Critiques | Prisme de la Majorité / Partisans |
| • Acharnement et règlement de comptes politique contre l’ancien régime. • Tribunal médiatique violant le secret de l’instruction et les procédures parlementaires. • Diversion face aux réalités socio-économiques du pays. | • Exigence populaire de transparence et de redevabilité. • Principe républicain d’audit des deniers publics (« Un étudiant, un ordinateur »). • Généralisation du contrôle s’appliquant à tous, y compris à la Primature et à l’Assemblée. |
Le débat actuel n’est donc pas seulement un conflit de personnes, mais un affrontement institutionnel sur la manière dont l’État doit rendre des comptes aux citoyens.
En résumé, l’acharnement sur la personne cherchera à savoir si l’un ou l’autre est “méchant”, “corrompu par nature” ou “incapable”, tandis que le débat institutionnel mesurera l’impact de leurs décisions sur l’État, la séparation des pouvoirs et l’utilisation des textes de lois.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
