DAKAR, 21 OCTOBRE (JVFE)—Les deux candidats à l’élection présidentielle brésilienne, Luiz Inácio Lula da Silva et Flávio Bolsonaro, ont saisi la justice électorale pour demander l’annulation mutuelle de leurs candidatures. Au cœur de cette intense bataille juridique et numérique menée devant le Tribunal supérieur électoral (TSE) à quelques jours du second tour se trouvent les plateformes du géant américain Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp).
Flavio Bolsonaro a demandé mardi à la justice de disqualifier son adversaire Lula de l’élection présidentielle, peu après que le président sortant a clamé son intention de faire de même, les deux candidats invoquant le géant américain Meta.
Les réseaux sociaux se sont révélés un champ de bataille majeur dans l’entre-deux-tours du plus grand pays d’Amérique latine, avant le second tour dimanche.
Le président sortant de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva, accuse Meta d’« ingérence » au profit du sénateur conservateur, Flavio Bolsonaro, qui estime en retour que Lula s’est livré à un « abus de pouvoir » via des publications massives sur la messagerie WhatsApp.
Au premier tour le 4 octobre, le fils aîné, âgé de 45 ans, de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro, avait créé la surprise en arrivant en tête avec 47 % des suffrages, contre 45 % pour son rival de bientôt 81 ans. Les sondages les donnent techniquement à égalité pour dimanche.
Face à une droite qui domine le sujet depuis des années, la gauche a mis les bouchées doubles pour tenter de combler son retard. Et tente d’être à l’offensive à quelques jours du scrutin.
L’équipe de campagne de Lula a annoncé mardi déposer un recours au Tribunal supérieur électoral (TSE) pour annuler la candidature du sénateur de droite. L’action est motivée par une « manipulation algorithmique » par Meta, la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, visant à nuire à Lula, a expliqué sous couvert d’anonymat, une source au sein de son équipe.
Le coordinateur de sa campagne, le sénateur Camilo Santana, a ensuite déclaré à la presse que le dépôt de la requête aurait lieu mercredi.
Flavio Bolsonaro, lui, n’a pas attendu : son recours, déposé mardi devant le Tribunal supérieur électoral par les avocats du sénateur de droite, consulté par l’AFP, évoque un « abus de pouvoir » de la part du dirigeant de gauche.
Il l’accuse d’avoir diffusé massivement sur WhatsApp des contenus promouvant les actions du gouvernement, en pleine période électorale.

Des partisans du président Lula ont manifesté dans les rues de Sao Paulo devant les bureaux de Meta, le 19 octobre dernier.
Le tableau ci-dessous détaille les recours croisés et les arguments avancés par chaque camp :
| Candidat | Action en justice | Motifs invoqués et accusations | Réponse ou contexte |
| Luiz Inácio Lula da Silva (Président de gauche sortant) | Demande de disqualification de Flávio Bolsonaro. | Accuse Meta d’« ingérence » électorale et de « manipulation algorithmique » visant à restreindre la visibilité de ses contenus sur Instagram et WhatsApp au profit de son rival. | Des militants ont manifesté devant les bureaux de Meta. Lula incrimine aussi des ingérences politiques américaines. |
| Flávio Bolsonaro (Sénateur conservateur d’extrême droite) | Demande de disqualification de Lula. | Accuse Lula d’« abus de pouvoir » politique et d’offensive de propagande négative, lui reprochant une diffusion massive de contenus promouvant le gouvernement sur un compte officiel WhatsApp. | Fils de l’ex-président Jair Bolsonaro (actuellement détenu), il a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour avec 47 % des voix contre 45 %. |
| Meta (Maison mère des réseaux sociaux) | Sommé par le TSE de garantir une stricte équité sous peine d’une amende de 200 000 $ par jour. | Réfute toute partialité politique. Évoque de simples incidents techniques généraux ayant causé la désactivation par erreur de certaines publicités de Lula. | A affirmé avoir déployé en urgence des ajustements techniques pour se conformer aux demandes d’égalité de traitement du tribunal. |
Meta et les avocats des deux candidats se sont réunis mardi au Tribunal supérieur électoral (TSE), a indiqué une source au sein de cette instance.
Lundi, le TSE avait donné à Meta un délai de 24 heures pour démontrer qu’il avait adopté des mesures, afin de garantir l’égalité de traitement des deux candidats, sous peine d’une amende d’environ 200 000 dollars par jour.
L’entreprise a assuré mardi sur son site internet avoir « conclu la mise en place des mesures pour satisfaire » à ces exigences.
Meta, qui nie les accusations, avait reconnu la semaine dernière des problèmes comme la désactivation par erreur d’annonces de campagne de Lula, mais avait évoqué des « incidents » techniques n’affectant pas seulement le Brésil.
Mardi, le conseil de surveillance du géant de la tech a déploré des « défaillances récurrentes » dans la modération de Meta sur les contenus en lien avec les élections de mi-mandat aux États-Unis et la présidentielle au Brésil.
L’équipe de Flavio Bolsonaro a également dénoncé une supposée « offensive de propagande négative menée » par son adversaire « avec l’aval » de Meta.
« Tentative d’ingérence »
Le vétéran de gauche a affirmé pendant la campagne que le gouvernement des États-Unis tentait de s’ingérer dans les élections en faveur de Flavio Bolsonaro, dont le père, au pouvoir de 2019 à 2022 et détenu pour tentative de coup d’État, est un allié de Donald Trump.
Sans exprimer son soutien direct, le président américain avait salué après le premier tour la « belle victoire » du fils Bolsonaro.
Le scrutin est crucial pour l’Amérique latine, le Brésil étant l’un des derniers bastions de gauche face à la vague de droite encouragée par le chef de la Maison-Blanche.
Brasilia a par ailleurs accusé mardi Javier Milei de « tentative d’ingérence » dans le second tour de l’élection présidentielle, après que le président argentin, proche de Donald Trump, a estimé que son homologue brésilien Lula pourrait « voler l’élection ».
Un sondage de l’institut Datafolha donne au sénateur Bolsonaro 51 % d’intentions de vote, contre 49 % pour le chef de l’État sortant. Soit une égalité technique, compte tenu de la marge d’erreur.
Un arbitrage sous haute tension
Le Conseil de surveillance de Meta a lui-même reconnu le 20 octobre 2026 des « défaillances récurrentes » dans la modération des contenus liés à ce scrutin crucial. Selon les projections de l’institut Datafolha publiées à la même période, les deux rivaux se trouvent dans une égalité technique parfaite (51 % pour Bolsonaro contre 49 % pour Lula, compte tenu de la marge d’erreur), renforçant l’impact potentiel de ces procédures à l’approche du vote de ce dimanche.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
