Suzanne Vertu Diop, la première femme magistrate du Sénégal et de l’Afrique francophone, est décédée à Dakar le jeudi 30 octobre 2025 à l’âge de 101 ans.

DAKAR, 30 OCTOBRE (JVFE)—Suzanne Vertu Diop, la première femme magistrate du Sénégal et de l’Afrique francophone, est décédée à Dakar le jeudi 30 octobre 2025 à l’âge de 101 ans.

Cette pionnière laisse derrière elle un héritage historique et des contributions majeures pour la justice sénégalaise :

Le 14 mars 1964, à l’âge de 38 ans, elle prête serment au Palais de justice de Dakar, s’engageant à servir avec loyauté, impartialité et humanité.

Ancienne élève du Lycée Faidherbe de Saint-Louis, elle obtient sa licence en droit à la Sorbonne à Paris en 1963.

Elle commence comme magistrate au tribunal pour enfants, avant de devenir la première femme conseillère à la Cour suprême.

 Membre fondatrice de l’Association des Juristes Sénégalaises (AJS), elle a aussi collaboré avec la maison d’édition Présence Africaine.]

Fille de Mamadou Diop Yandé et de Maria Mandessi Bell, elle était la sœur du célèbre poète David Mandessi Diop (auteur du poème Afrique), tragiquement disparu en 1960, et de Christiane Diop, cofondatrice de Présence Africaine.

Précisions sur ces trois sujets qui mettent en lumière l’engagement de Suzanne Diop, la mémoire médiatique de l’époque et l’héritage littéraire de sa famille.

Son rôle au sein de l’Association des Juristes Sénégalaises (AJS)

Suzanne Diop est une membre fondatrice majeure de l’Association des Juristes Sénégalaises (AJS).

  • La genèse d’un combat : Cofondée en 1974 avec d’autres pionnières du droit, l’AJS est née de la nécessité de vulgariser le droit et de défendre les droits des femmes et des enfants au Sénégal.
  • Une vie de plaidoyer : Forte de son statut de première femme magistrate, elle a mis sa crédibilité et son expertise au service de l’émancipation juridique des femmes.
  • Un héritage structurel : Son action a ouvert la voie aux initiatives actuelles de l’association, notamment les célèbres “Boutiques de Droit”, qui offrent aujourd’hui un accompagnement juridique gratuit et de proximité aux populations vulnérables.

L’histoire du magazine Awa et sa couverture historique

Awa : la revue de la femme noire est un monument de la presse d’Afrique francophone.

  • Une revue pionnière : Lancé au début des années 1960 à Dakar, Awa était un magazine d’obédience féministe et culturelle. Il s’agissait de l’une des toutes premières revues entièrement conçues par et pour les femmes africaines après les indépendances.
  • Témoin de l’exploit de 1964 : En mars 1964, le magazine a immortalisé la prestation de serment de Suzanne Diop. À une époque où la magistrature était exclusivement masculine, la revue a documenté cet événement en “lettres d’or” pour en faire un symbole de l’intelligence et des capacités des femmes.
  • Une collaboration active : Suzanne Diop ne s’est pas contentée d’être un sujet d’article pour la revue. Les archives de l’AWA Magazine révèlent qu’elle y écrivait elle-même, y publiant des chroniques et des comptes rendus critiques majeurs, notamment sur la place de la femme et de la famille dans la société en construction.

Le parcours littéraire de son frère, David Mandessi Diop

David Diop (1927-1960), bien que mort prématurément à 33 ans dans un crash aérien au large de Dakar, est l’une des voix poétiques les plus puissantes de la cause africaine.

  • L’influence de Senghor : Durant ses études en France, il a la chance d’avoir Léopold Sédar Senghor comme professeur, qui décèle très tôt son immense talent littéraire.
  • Le chef-d’œuvre Coups de pilon : En 1956, il publie son unique recueil de poèmes, Les Coups de pilon, aux éditions Présence Africaine. C’est dans ce recueil que se trouve le poème mondialement connu Afrique (“Afrique mon Afrique / Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales…”).
  • Une poésie de combat : Contrairement à la nostalgie douce de certains poètes de la Négritude, le style de David Diop est qualifié de “révolutionnaire” et de “militant radical”. Sa poésie, rythmée et percutante comme des coups de pilon, dénonçait avec force les ravages du colonialisme et appelait à l’éveil et à la liberté du continent africain

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *