DAKAR, 27 JUIN 2026 (JVFE)—Le Burkina Faso a officiellement annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec la France. Cette décision, rendue publique par le gouvernement burkinabé le 26 juin 2026, marque le point culminant d’une longue série de tensions diplomatiques et sécuritaires entre les deux pays.
En sa qualité de porte-parole du gouvernement burkinabè, le ministre Gilbert Ouédraogo vient d’annoncer que le “Burkina Faso a pris la décision de rompre ses relations diplomatiques avec la République française”.
L’adoption de la Charte de la révolution au Burkina Faso ravive les questions concernant le futur du pays, tandis que les opinions du capitaine Ibrahim Traoré sur la démocratie demeurent source de discussions et de polémiques.
Depuis son ascension au pouvoir à la fin de septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la junte militaire burkinabé, n’a pas l’intention de céder le pouvoir dans un avenir proche. Au moment de son accession au pouvoir, il avait exprimé son souhait de n’assumer qu’un rôle temporaire. Depuis lors, beaucoup de choses ont évolué, car ce président autoproclamé réprime sans relâche tout en prétendant hériter du célèbre Thomas Sankara.
À la fin du mois de mars, la Charte de la Révolution progressiste populaire (RPP) a été unanimement adoptée par les députés de l’Assemblée législative de transition (ALT). La Charte de la Révolution progressiste et populaire remplace désormais la Charte de la Transition, suite à son adoption en 2024.
Amnesty International, l’ONG, a demandé aux autorités militaires du Burkina Faso de révoquer « sans délai » la décision de dissoudre une centaine d’associations, y compris des groupes qui défendent les droits de l’homme.
Nous discuterons de cela sous l’arbre à palabres avec mes invités. Durant ce débat, nous tenterons également de faire un état des lieux à mi-chemin de l’Alliance des États du Sahel qui a vu le jour le 16 septembre 2023.
- Teehl Loé Konaté, coordinateur de projet et analyste des dynamiques panafricaines ainsi que des relations internationales. De plus, il occupe le poste de secrétaire général-deux heures pour Kamita (une organisation de la société civile dédiée à la réflexion sur la culture, l’histoire et la prospective panafricaine).
- Paul Amegakpo, président de l’Institut Tamberma pour la Gouvernance (ITG).
- Mayra Djibrine, présidente de l’Alliance des démocrates du Sahel.
Les autorités burkinabè estiment que “les conditions indispensables à la promotion de relations fondées sur le respect mutuel, la confiance réciproque, le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures et de la souveraineté nationale ne sont pas réunies”.
Le Burkina Faso reproche “l’activisme incessant du régime en place en France contre les intérêts du Burkina Faso, des ambitions néocoloniales affichées avec le soutien actif à des réseaux subversifs et aux terroristes qui endeuillent […] le Sahel”.
Dans le communiqué qui dénonce les “visées impérialistes” de Paris, le gouvernement souligne que “ces décisions ne remettent nullement en cause les liens historiques, humains, culturels et sociaux qui unissent les peuples burkinabè et français” et précise qu'”elle vise exclusivement le cadre institutionnel des relations entre les deux Etats au plan diplomatique”.
Rassurer les ressortissants français au Burkina Faso
Le gouvernement burkinabè assure “de sa volonté d’assurer la sécurité des ressortissants [français] auxquels il réaffirme son hospitalité ainsi que la preservation de leurs intérêts”.
Par ailleurs, il “invite l’ensemble des citoyens [burkinabè] à faire preuve de responsabilité, de retenue et de civisme vis-à-vis des ressortissants français et de l’ensemble des expatriés vivant sur le sol burkinabè, dans le plus strict respect des lois de la République”.
Porte ouverte au dialogue
Le gouvernement réaffirme également “sa détermination à poursuivre une politique étrangère indépendante”, en faveur du “renforcement de la coopération Sud-Sud”.
Dans le dernier paragraphe de l’annonce, on peut lire : “Le Gouvernement du Burkina Faso demeure ouvert au dialogue avec l’ensemble des États de la communauté internationale sur la base du respect mutuel, de la réciprocité, de l’égalité souveraine et de la défense des intérêts légitimes de chacun. Il demeure engagé à bâtir avec toutes les Nations éprises de paix et de justice, un monde libre, plus juste et plus solidaire.“
Les détails de cette rupture historique s’articulent ainsi :
La junte au pouvoir dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré reproche à Paris des « ambitions néocoloniales » et un « soutien actif à des réseaux subversifs et aux terroristes » qui déstabilisent le pays et la région.
La mesure concerne le cadre institutionnel et diplomatique entre les deux États. Le gouvernement burkinabé a précisé que cela ne remet pas en cause les liens culturels et historiques entre les peuples, et s’engage à assurer la sécurité des ressortissants français et expatriés présents sur son sol.
Cette rupture intervient après plusieurs années de dégradation. Dès janvier 2023, le Burkina Faso avait déjà mis fin aux accords militaires permettant la présence des forces spéciales françaises sur son territoire. Par la suite, de nombreux médias français (RFI, France 24, Le Monde, etc.) avaient été suspendus et le français a été rétrogradé de son statut de langue officielle à « langue de travail ».
Cette décision diplomatique s’inscrit dans la stratégie de l’Alliance des États du Sahel (AES), un regroupement formé par le Burkina Faso, le Mali et le Niger (tous dirigés par des juntes militaires) qui ont également pris leurs distances avec la France et la CEDEAO pour se tourner vers d’autres partenaires internationaux, notamment la Russie, la Turquie et l’Iran.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
