Gambie : vers une étape importante dans la restitution des biens mal acquis et le processus de justice transitionnelle

DAKAR, 23 OCTOBRE (JVFE)—Les gouvernements gambien et américain ont signé un accord portant sur le rapatriement et l’utilisation de fonds récupérés à la suite de la confiscation du bien immobilier Potomac, lié aux activités financières de l’ancien président gambien Yahya Jammeh. Les sommes seront affectées au mécanisme national de réparations destiné aux victimes de son régime.

Pour rappel ,des centaines de victimes ou des proches des victimes se sont longtemps battues au sein d’une association, le Centre gambien pour les victimes de violations des droits de l’homme sous Jammeh, pour obtenir justice pour eux-mêmes ou pour les leurs. Ils ont tous retrouvé l’espoir après l’annonce récemment faite par la CEDEAO à Abuja, la capitale du Nigéria.

Baba Hydara, fils du défunt journaliste Deyda Hydara, exécuté par des hommes armés le 16 décembre 2004 à Kanifing à Banjul, est l’un d’entre eux.

Âgé de près de 30 ans au moment où son père a été tué par des éléments des “junglers” (les gens de la jungle), un peloton de la mort du président Yahya Jammeh, Baba Hydara qui se trouvait à Paris au moment du drame, se rappelle encore ces douloureuses circonstances.

Le processus de justice transitionnelle et la traque des avoirs illicites de Yahya Jammeh connaissent des avancées cruciales en octobre 2026, structurées autour de trois volets principaux.

Selon un accord conclu entre les gouvernements gambien et américain, les fonds recouvrés après la confiscation du bien immobilier Potomac de l’ancien président Jammeh seront transférés au Fonds de réparations, ouvert auprès de la Banque centrale de Gambie, et administré de manière indépendante par la Commission des réparations.

Cette décision intervient alors que la question des avoirs de l’ancien chef de l’Etat reste au cœur du processus de justice transitionnelle engagé en Gambie.

En mai 2025, le ministère gambien de la Justice avait publié un inventaire des biens confisqués à Yahya Jammeh, évalués à plus de 1,24 milliard de dalasis, soit environ 17 millions de dollars à l’époque. L’inventaire comprenait notamment des actifs financiers, des propriétés immobilières, des véhicules, des équipements et du bétail.

Le Fonds de réparations, géré par la Commission nationale des réparations (établie par une loi en novembre 2023), est entré dans sa phase opérationnelle active.

Les indemnisations financières directes ont officiellement débuté en janvier 2026 pour compenser les 1 009 victimes formellement identifiées par la Commission vérité.

La commission estime le coût global pour couvrir l’intégralité des préjudices recensés entre 3,7 et 4 millions de dollars US.

L’injection des 2 573 414,10 dollars récupérés aux États-Unis est qualifiée d’« étape majeure ». Ces ressources permettent d’accélérer les versements, comblant le manque de financements initiaux du gouvernement gambien.

L’inventaire global des biens saisis ou gelés appartenant à l’ancien dictateur s’élève à plus de 17 millions de dollars US.

Nature des Actifs SaisisÉvaluation / DétailsStatut
Parts dans Gam Petroleum551,25 millions de dalasis (14,32 % du capital)Confisquées par l’État
Actions Comium Gambia Ltd5,75 millions de dalasisConfisquées par l’État
Biens immobiliers locaux202,75 millions de dalasisCédés ou en cours de liquidation
Biens mobiliers diversVoitures de luxe, bétail (domaine de Kanilai), bateauxEnquêtes et ventes progressives

Controverse sur la gestion : La cession de ces avoirs suscite d’importantes tensions en Gambie. Des mouvements citoyens populaires comme GALA (Gambians Against Looted Assets) exigent une transparence totale sur les prix pratiqués et les montants récupérés, dénonçant des irrégularités dans la gestion gouvernementale. Face à la pression, le président Adama Barrow a dû ordonner un audit par l’Assemblée nationale pour encadrer ces ventes.

Le mécanisme gambien, soutenu par des partenaires internationaux comme la Suisse, s’articule autour de la redevabilité pénale et de la lutte contre l’impunité.

Un accord a été validé avec la CEDEAO pour mettre en place un tribunal spécial chargé de juger Yahya Jammeh (actuellement en exil en Guinée équatoriale) et ses complices pour les meurtres, viols et actes de torture répertoriés.

Le volet judiciaire s’étend hors des frontières de la Gambie. À titre d’exemple, l’ancien ministre de l’Intérieur de Jammeh, Ousman Sonko, a été poursuivi et jugé en Suisse pour crimes contre l’humanité.

Alors que la Gambie se prépare pour l’élection présidentielle de décembre 2026, la gestion de l’héritage Jammeh reste au centre des débats politiques, l’ancien président conservant encore des partisans locaux capables d’influencer le scrutin.

Ce transfert de fonds marque une étape importante dans la restitution des biens mal acquis et le processus de justice transitionnelle en Gambie.

Voici un récapitulatif des détails clés de cette restitution :

AttributDétails
Montant restitué2 573 414,10 dollars US
Origine des fondsVente d’un manoir aux États-Unis
Anciens propriétairesL’ex-président Yahya Jammeh et son épouse
BénéficiaireLe Fonds de réparations gambien
Période de gouvernance de Jammeh1994 à 2017
Motif de la saisie américaineBien acheté via des pots-de-vin et le détournement de fonds publics

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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