Nucléaire iranien:30 milliards pour abandonner la bombe

Dakar,28 juin 2025(jvfe)-C’est un nouveau rebondissement dans le conflit entre l’Iran et Israël, après l’entrée en guerre des États-Unis. Alors que des frappes américaines ont fortement endommagé trois sites nucléaires iraniens,CNN révèle, vendredi 27 juin, que Donald Trump pourrait proposer un accord de 30 milliards de dollars à l’Iran afin de développer son nucléaire civil.

Le message était extrêmement virulent, même pour Donald Trump. Dans une longue publication sur son réseau Truth Social, le président des États-Unis s’était vanté vendredi d’avoir infligé (nouvelle fenêtre)”une raclée” à l’Iran, affirmant même qu’il avait évité “une mort affreuse et ignominieuse” à l’ayatollah Ali Khamenei. Des propos “irrespectueux”, selon la réaction de Téhéran ce samedi 28 juin. 

Des propos décrits comme “irrespectueux et inacceptables” par le ministre iranien des Affaires étrangères.

Des tensions qui fragilisent encore un peu plus les négociations entre l’Iran et les États-Unis.

“Si le président Trump souhaite réellement conclure un accord, il devrait mettre de côté son ton irrespectueux et inacceptable à l’égard du guide suprême iranien”, a ainsi réagi le ministre iranien des Affaires étrangères. Sur son compte X, Abbas Araghchi a estimé que le message du président des États-Unis avait “blessé les millions de partisans sincères” du guide suprême de la Révolution islamique(nouvelle fenêtre). 

“Le grand et puissant peuple iranien, qui a montré au monde que le régime israélien n’avait pas d’autre choix que de courir vers ‘papa’ pour éviter d’être anéanti par nos missiles, n’apprécie guère les menaces et les insultes”, a poursuivi le chef de la diplomatie iranienne. “La bonne volonté engendre la bonne volonté, et le respect engendre le respect”.

De quoi refroidir encore un peu plus les relations entre les deux pays. D’ailleurs, Téhéran a aussi démenti qu’il allait reprendre les négociations avec les États-Unis sur son programme nucléaire, contredisant les propos tenus cette semaine Donald Trump. 

En plein échange d’invectives, l’administrtion américaine aurait exploré un soutien financier à Téhéran, pour son nucléaire civil, en l’échange de l’arrêt du programme d’enrichissement.

Donald Trump et Ali Khamenei s’affrontent depuis plusieurs jours par médias interposés, et par échange de missiles, mais des options de négociations restent sur la table. Selon des informations révélées par CNBC et CNN, les négociateurs américains auraient ainsi exploré l’idée, ces derniers jours, d’un financement du programme nucléaire civil iranien, avec une contrepartie : l’arrêt de l’enrichissement d’uranium.

Il se serait agi, selon trois sources anonymes reprises par le média américain, d’un déblocage des sanctions imposées par Washington. Téhéran pourrait ainsi accéder à un montant maximal de 30 milliards de dollars – une fourchette de 20 à 30 milliards est évoquée pour mener à bien ses développements civils mais pas militaires.

Ces fonds ne seraient pas d’origine américaine, mais plus précisément de pays arabes entourant l’Iran. L’idée est de permettre l’accès de Téhéran à des fonds privés ou publics arabes afin de financer son programme.

“Les Etats-Unis sont prêts à mener ces discussions. Quelqu’un devra payer pour que le programme nucléaire soit construit, et nous ne ferons pas cet effort nous-mêmes”, évoque un responsable de l’administration Trump à CNN.

D’autres mesures incitatives incluant notamment la levée potentielle de certaines sanctions adoptées contre l’Iran et l’autorisation pour Téhéran d’accéder aux 6 milliards de dollars actuellement présents sur des comptes bancaires étrangers qu’il ne peut pas utiliser librement, auraient été proposées par les États-Unis. La centrale nucléaire de Fordo, qui a été lourdement bombardée par des frappes américaines, serait remplacée par un programme de non-enrichissement. Aucune date n’a, pour l’heure, été avancée concernant des négociations autour de cet accord.

Autre idée en discussions, permettre à l’Iran d’accéder à de l’argent bloqué sur des comptes privés à l’étranger. Actuellement gelés, ces quelques 6 milliards de dollars pourraient permettre, là encore, des avancées significatives.

Les Etats-Unis pousseraient également pour le remplacement du site de Fordow, bombardé le week-end dernier, par un site d’exploitation nucléaire civil.

“Beaucoup d’idées sont jetées dans la conversation et certaines doivent être créatives”, évoque encore une source de CNN.

Donald Trump s’oppose farouchement à ces propositions, en tout cas publiquement. Pointant du doigt les sempiternelles “fake news media” (médias menteurs), il a évoqué samedi surson réseau social Truth Social une idée “ridicule”.

Deux jours auparavant, le Guide Suprême iranien, Ali Khamenei, avait menacé de réitérer des frappes contre les bases américaines dans la région, principale riposte jusqu’ici, après l’offensive menée par les Etats-Unis sur l’Iran. Il avait souligné que l’Iran “ne se rendrait jamais”.

Un financement, même indirect, du programme nucléaire civil serait un tournant dans la diplomatie américaine : après la signature en 2015 de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, qui limitait l’enrichissement de l’uranium, Washington s’est montré particulièrement hostile.

En 2018, Donald Trump a torpillé l’accord négocié par la précédente administration en réinstaurant des sanctions financières, et en menaçant les pays européens continuant à commercer avec Téhéran. Et a fini par pousser ses actions jusqu’à une attaque directe, cet été.

C’était le bon moment de mettre fin” à la guerre, a-t-il poursuivi concernant le cessez-le-feu entré en vigueur mercredi 25 juin entre Israël et l’Iran. Face aux médias, Donald Trump a égalemen estimé avoir “sauvé” le guide suprême iranien d’une “mort affreuse” et a affirmé ne plus envisager de lever les sanctions contre l’Iran, laissant planer le doute sur l’hypothèse d’un accord. Enfin, Donald Trump a également assuré qu’il déciderait de bombarder à nouveau l’Iran “sans aucun doute” si Téhéran poursuivait son programme nucléaire d’enrichissement d’uranium.

Du côté iranien, l’ambassadeur à l’ONU, Amir-Saeid Iravani, a déclaré cette semaine dans une interview exclusive à al-Monitor que Téhéran soutenait toujours l’établissement d’un consortium régional. À la condition que celui-ci coexiste avec un programme domestique d’enrichissement, ligne rouge de Téhéran. Ce point de contention semble donc encore sur la table. La République islamique persiste à tenir sa ligne rouge sur sa capacité à enrichir domestiquement de l’uranium, justifiant de son droit en tant que signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Cette position reste inacceptable pour Washington et Tel-Aviv. Israel Katz, ministre israélien de la Défense, a néanmoins indiqué avoir reçu l’autorisation des États-Unis de frapper à nouveau le programme iranien si celui-ci faisait signe de progrès.  “.

Si Donald Trump avait annoncé que les négociations reprendraient la semaine prochaine, le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi a pour sa part démenti toute rencontre imminente. Sur la question de l’uranium enrichi, l’émissaire iranien aux Nations unies a déclaré que placer les stocks domestiques sous surveillance de l’AIEA pouvait être envisagé, tandis que Téhéran serait prêt à transférer son stock enrichi à 20 % et 60 % dans un pays tiers, en échange de concentré d’uranium. En décembre 2015, suite à la signature du JCPOA, l’Iran avait transféré en Russie son stock d’uranium enrichi à 20 % en échange de concentré d’uranium. Si le Parlement iranien a voté en faveur d’une suspension de la collaboration avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – seule la signature du président iranien manquant pour faire entrer la mesure en vigueur –, l’ambassadeur Iravani a précisé que cela ne signifiait pas pour autant une sortie du TNP. La question de l’inspection des sites nucléaires qui seraient encore autorisés par un accord sera probablement abordée durant les discussions. 

Selon les révélations de CNN, les Américains proposeraient en outre à l’Iran d’autres incitations. Elles prendraient la forme d’une réduction des sanctions ou encore d’un dégel des 6 milliards de dollars de fonds iraniens bloqués dans des banques qataries – qui avaient été dégelés par Joe Biden en 2023 mais que les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 ont de nouveau bloqués. Ces propositions font aussi écho à une déclaration du président américain Donald Trump le 24 juin sur son réseau Truth Social évoquant la possibilité pour la Chine d’acheter du brut iranien. Un revirement par rapport à la politique de « pression maximale » remise en place au début de son second mandat, alors que l’administration Biden avait fermé les yeux sur les exportations de pétrole iranien vers la Chine. 

Si Steve Witkoff souhaite un accord de paix global avec l’Iran, qui permettrait de stabiliser le fragile cessez-le-feu entre Israël et l’Iran, les propositions américaines restent encore floues et reflètent diverses opinions à Washington. De l’autre côté, la position iranienne reste également inflexible sur la poursuite de son programme de missiles balistiques, une des cibles de la campagne israélienne contre Téhéran. Le chef de la diplomatie iranienne a également évoqué une potentielle demande de réparations suite aux frappes des deux dernières semaines. 

Les échanges pour préparer des discussions – que l’administration souhaiterait sans intermédiaire – interviennent dans un contexte d’incertitudes quant à l’efficacité des frappes américaines contre les sites nucléaires iraniens. Plusieurs rapports préliminaires feraient état de dommages modérés au programme, qui ne serait retardé que de quelques mois. Des images satellites montreraient des camions à Fordo peu avant les frappes qui pourraient avoir déplacé l’uranium enrichi hors du site ou fermé des tunnels menant aux stocks. Malgré ce flou, les Américains restent confiants dans la possibilité d’obtenir un accord bilatéral, toujours selon CNN.  

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