Pourquoi le discours de Trump à l’Assemblée générale des Nations Unies rejette le modèle de l’ONU ?

Dakar, 25 Septembre 2025(JVFE)-Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies de 2025, le président Trump a rompu avec 80 ans de tradition américaine en rejetant le modèle onusien lui-même. Qualifiant l’institution de paralysée, corrompue et sous la coupe de la Chine, il a soutenu que l’Amérique devait abandonner le multilatéralisme au profit d’accords privilégiant la souveraineté, de droits de douane et de la force. Ce rapport explore les raisons pour lesquelles Trump a choisi de délégitimer l’ONU, comment cela affaiblit l’influence de la Chine et quels scénarios pourraient définir l’avenir de l’ONU : effondrement, expansion chinoise, réforme indienne ou institutions parallèles.

Le 23 septembre 2025, le président américain Donald Trump s’est adressé à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. Mais contrairement à ses prédécesseurs, Trump n’a pas utilisé la tribune pour promouvoir le multilatéralisme. Il en a plutôt fait sa cible.

Pendant huit décennies, les présidents américains ont invoqué l’ONU pour étendre le leadership américain, même en s’opposant à elle. Trump a rompu avec cette tradition. Il a tourné en dérision ses échecs, dénoncé sa légitimité et affirmé que la force de l’Amérique ne réside pas dans les institutions mondiales, mais dans sa souveraineté, ses droits de douane et son pouvoir unilatéral.

Trump a commencé par des moqueries : un prompteur défectueux et un escalator bloqué à l’intérieur du bâtiment de l’ONU.

Ces dysfonctionnements sont devenus des métaphores d’une institution qui, selon lui, était paralysée et brisée. Là où les dirigeants précédents exaltaient le symbolisme de l’ONU, Trump l’a inversé : la salle des Nations Unies elle-même est devenue la preuve du déclin mondial.

Trump a affirmé avoir « mis fin à sept guerres » – dont celles du Kosovo et de la Serbie et celle de l’Inde et du Pakistan – sans médiation de l’ONU. Son moment fort fut l’opération « Marteau de minuit » (juin 2025), au cours de laquelle des bombardiers américains ont détruit les installations d’enrichissement nucléaire iraniennes.

Le rapport de l’AIEA de juillet 2025 a confirmé que le programme iranien était paralysé, mais les inspecteurs n’ont constaté aucun désarmement permanent. L’ONU n’a joué aucun rôle dans la frappe, et le Conseil de sécurité a été mis à l’écart. Parallèlement, le Département des opérations de paix de l’ONU recense toujours 11 missions actives.

Pour Trump, le contraste était délibéré : les États-Unis imposent la paix par leurs actes, tandis que l’ONU tergiverse par ses paroles.

Concernant la Palestine, Trump a accusé l’ONU de politique d’apaisement :

  • Il a condamné la reconnaissance de la Palestine comme une « récompense pour les terroristes du Hamas ».
  • Il a invoqué les attentats du 7 octobre et exigé la libération immédiate des otages.
  • Il a averti que la reconnaissance légitimise l’extrémisme.

En 2025, 139 États membres de l’ONU avaient reconnu la Palestine. Israël faisait état de 20 otages en vie et de 38 corps toujours à Gaza.

Le raisonnement de Trump : l’ONU a perdu sa crédibilité morale en faisant avancer la cause palestinienne alors que le Hamas rejetait les cessez-le-feu.

Concernant l’Ukraine, Trump a qualifié l’ONU d’insignifiante face au droit de veto de la Russie. Son alternative : les droits de douane comme armes de paix.

Il a accusé l’Europe de « financer sa propre guerre » en achetant de l’énergie russe. Il a promis des droits de douane américains sur la Russie, mais a insisté pour que l’Europe s’y associe afin de les rendre effectifs.

La guerre dure depuis trois ans et demi et a fait environ 500 000 morts. Les importations européennes de pétrole en provenance de Russie ont diminué de 87 % depuis 2021, mais les failles du GNL rapportent encore à Moscou près de 2,7 milliards de dollars par mois. Lors du sommet de La Haye (2025), les alliés se sont engagés à consacrer des dépenses de défense à 5 % du PIB.

Trump a présenté la paix comme une punition économique et non comme une négociation.

Trump a affirmé que l’ONU dépensait 372 millions de dollars pour « financer les invasions » des États-Unis.

En réalité, les fonds provenaient du Plan régional de réponse des Nations Unies pour les réfugiés et les migrants (2024), qui soutient les refuges et l’aide en Amérique latine. Le CBP américain a enregistré 2,4 millions de contacts au cours de l’exercice 2024.

Pour Trump, c’était la preuve que l’ONU n’était pas humanitaire, mais complice de l’effondrement des frontières.

Trump a ridiculisé le changement climatique, le qualifiant de « plus grande escroquerie jamais vue ». Il a affirmé que les règles climatiques de l’ONU augmentaient les coûts en Occident, tandis que la Chine prospérait.

Les émissions de l’UE ont diminué de 37 % depuis 1990, mais les émissions mondiales ont augmenté de 54 %, principalement en Chine. Prix de l’électricité en 2024 : 0,32 €/kWh en Europe, 0,13 $ US, 0,07 $ Chine. Le Rapport mondial sur l’énergie 2025 de l’AIE a confirmé que la demande en combustibles fossiles continuait d’augmenter.

Pour Trump, le programme vert de l’ONU était un outil du déclin de l’Occident, et non du salut planétaire.

Depuis 1945, l’Assemblée générale des Nations Unies est une scène où les présidents américains projettent le leadership américain :

  • Truman (1945) : Il a qualifié la Charte des Nations Unies de « pierre angulaire de la paix ».
  • Kennedy (1961) : Il a déclaré que l’ONU était « le dernier et le meilleur espoir de l’humanité ».
  • Bush Sr. (1991) : Il a salué le rôle du Conseil de sécurité de l’ONU dans la guerre du Golfe comme la preuve que le multilatéralisme pouvait être efficace.
  • Obama (2009) : a insisté sur le fait qu’« aucune nation ne devrait dominer une autre », présentant l’ONU comme un amplificateur du soft power américain.
  • Biden (2021) : Il a promis que « l’Amérique est de retour », en utilisant l’ONU pour restaurer les alliances.

En 2025, Trump a brisé ce schéma. Il n’a ni réformé ni coopté l’ONU. Il l’a rejetée catégoriquement, la présentant comme inefficace, corrompue et sous la coupe de la Chine. Là où d’autres voyaient l’ONU comme un porte-voix du leadership américain, Trump la présentait comme une rivale.

Il ne s’agissait pas d’une simple question de style. Il s’agissait d’une rupture stratégique : les États-Unis déclaraient ouvertement obsolète l’expérience de San Francisco de 1945.

Tableau comparatif : les présidents américains à l’ONU

PrésidentAnnéeMessage principalLe rôle de l’ONUTonifier
Truman1945L’ONU est la pierre angulaire de la paixFondation de l’ordreOptimiste
Kennedy1961« Le dernier et meilleur espoir de l’humanité »Étape diplomatique de la guerre froideInspirant
Bush père1991Le Conseil de sécurité de l’ONU légitime la guerre du GolfeLégitimateur multilatéralPragmatique
Obama2009« Aucune nation ne devrait dominer »Amplificateur de puissance soupleMultilatéraliste
Biden2021« L’Amérique est de retour »Reconstructeur de l’AllianceRestauratrice
Atout2025L’ONU est corrompue et sous le contrôle de la ChineObstacle à la souverainetéRejectionniste

Pourquoi Trump rejette l’ONU

L’hostilité de Trump envers les Nations Unies est due à quatre facteurs : l’inefficacité, le coût, l’idéologie et la mainmise de la Chine.

1. Inefficacité et paralysie

Le Conseil de sécurité a été bloqué par les vetos russes et chinois sur l’Ukraine, Gaza et la Syrie (2020-2024).
Onze missions de maintien de la paix se poursuivent, pour un budget annuel de 6,5 milliards de dollars, mais les conflits au Mali, au Congo et au Soudan du Sud persistent. Le soutien des États-Unis à l’ONU est tombé à 31 % en
2023, contre 58 % en 2001.

2. Le fardeau des coûts pour les États-Unis

Les États-Unis financent 22 % du budget ordinaire de l’ONU et 28 % du maintien de la paix.
Cela représente 3,5 milliards de dollars en 2024, éclipsant les contributions russes (2 %) et indiennes (1 %).

3. Conflits idéologiques : Palestine, migrations, climat

  • Palestine : 139 reconnaissances contre l’opposition des États-Unis et d’Israël.
  • Migration : l’aide de l’ONU de 372 millions de dollars (2024) a coïncidé avec 2,4 millions de rencontres de migrants aux États-Unis.
  • Climat : l’UE a réduit ses émissions de 37 % depuis 1990, alors que les émissions mondiales ont augmenté de 54 %, sous l’effet de la Chine et de l’Inde.

4. La prise de contrôle de l’ONU par la Chine — Le moteur caché

  • Dirige 4 agences des Nations Unies (UIT, FAO, OACI, ONUDI).
  • Insère le langage BRI dans les résolutions.
  • Fournit 15,2 % des fonds de maintien de la paix, avec environ 2 200 soldats.
  • A déployé plus de 50 000 soldats de la paix depuis 1990.
  • Finance désormais environ 20 % du budget ordinaire.

5. Un raccourci pour saper la Chine

Depuis deux décennies, la Chine investit des milliards pour s’intégrer à l’ONU. Pour contrer cela, Washington devrait égaler les 1 000 milliards de dollars investis par la Chine dans le cadre de la BRI, accroître l’aide et rétablir la confiance mondiale. Trump a préféré un raccourci : délégitimer l’ONU elle-même.

En présentant cette organisation comme corrompue et sans intérêt, Trump a cherché à annuler du jour au lendemain l’influence multilatérale de la Chine, rendant ainsi les investissements coûteux de Pékin politiquement inutiles.

Conclusion : Du multilatéralisme à la réinitialisation

Le discours de Trump à l’Assemblée générale des Nations Unies de 2025 a marqué une rupture stratégique avec 80 ans de politique américaine. Là où Truman, Kennedy, Bush, Obama et Biden présentaient l’ONU comme un lieu de leadership américain, Trump la présentait comme un handicap : inefficace, coûteuse et sous la coupe de la Chine.

Cela témoigne d’une nouvelle doctrine : délégitimer l’ONU revient moins cher que de rivaliser avec Pékin en son sein. Le rejet de Trump rappelle la façon dont les États-Unis ont contourné la Société des Nations dans les années 1920 et créé l’ONU en 1945. Il évoque aujourd’hui une nouvelle réinitialisation : démanteler l’ONU actuelle, se débarrasser de l’influence chinoise et créer un ordre post-ONU aux conditions américaines.

Sur JVFE, nous considérons le discours de Trump à l’Assemblée générale des Nations Unies de 2025 comme plus que de la rhétorique. Il s’agit d’une rupture historique : les États-Unis abandonnent ouvertement le modèle onusien qu’ils avaient autrefois bâti.

Contrairement à la couverture médiatique traditionnelle, ce rapport relie les points : le rejet de Trump ne concerne pas seulement le Hamas, les migrations ou le climat : il s’agit d’annuler les investissements de la Chine à l’ONU et de réaffirmer la primauté américaine.

Et après ? Scénarios pour l’ONU après le rejet de Trump

  • Effondrement de la crédibilité : l’ONU est vidée de sa substance, comme la Société des Nations.
  • Expansion chinoise : Pékin redouble d’efforts en matière de budget, de maintien de la paix et de politique de bloc.
  • L’impulsion des réformes en Inde : le Sud global exige une réforme du Conseil de sécurité.
  • Institutions parallèles : les États-Unis se tournent vers les tarifs douaniers et le bilatéralisme ; la Chine vers l’AIIB et l’OCS.

En résumé : l’ONU est confrontée à sa crise la plus grave depuis 1945. Le monde doit désormais choisir entre le rejet des États-Unis, la conquête de l’Inde ou la réforme de l’Inde.

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