Sénégal : les euro-obligations sont en baisse , sur les marchés internationaux, au lendemain de l’annonce du Premier ministre Ousmane Sonko d’une réduction prochaine des prix de l’électricité et des carburants

Dakar,30 OCTOBRE  2025(JVFE)-Les euro-obligations du Sénégal ont enregistré une baisse mardi, au lendemain des déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko annonçant une réduction prochaine des tarifs de l’électricité et des prix du carburant.

La Rédaction de JVFE revient sur les sept (07) opérations d’émissions d’eurobonds sur les marchés financiers internationaux réalisées par l’Etat du Sénégal depuis 2009.  

La décision du Premier ministre Ousmane Sonko traduit la volonté d’un exécutif sous pression de relancer le pouvoir d’achat. Mais elle illustre aussi la délicate ligne de crête sur laquelle avance le Sénégal : celle d’un pays en quête de crédibilité financière, tout en voulant préserver la paix sociale.

C’est en 2009 que l’État du Sénégal a procédé, pour la première fois, à l’émission d’eurobonds (obligations souveraines) sur les marchés financiers internationaux. Une opération qui lui avait permis de lever 200 millions de dollars avec une rémunération de 9,25 % et une maturité de 5 ans ;

2011: Deux ans plus tard, en 2011, il sollicite, à nouveau, les marchés en émettant un second emprunt de 500 millions de dollars sur 10 ans avec une rémunération à 8,75 %.

2014: Le Sénégal poursuit sa dynamique de diversifier davantage ses sources de financements et de lever des ressources beaucoup plus longues. C’est à ce titre qu’il a sollicité, en 2014, les marchés financiers internationaux en émettant un eurobond de 500 millions de dollars adossé à une maturité de 10 ans avec un taux d’intérêt de 6,25 %.

2017: Trois ans plus tard, en mars 2017, le Sénégal signe son retour, pour la quatrième fois, sur les marchés financiers internationaux en émettant un autre eurobond d’un montant de 1,1 milliard de dollars avec un taux de 6,25 % et 15 ans pour la maturité ;

2018: Last but not least, en 2018, une autre émission d’obligations souveraines a été faite pour un montant équivalent à 2,2 milliards de dollars. Cette levée a été réalisée au moyen de deux tranches inaugurales : l’une d’un milliard d’euros pour une maturité de 10 ans avec un taux de 4,75 % et l’autre d’un milliard de dollars pour une maturité de 30 ans avec un taux de 6,75 %

2021: Le 2 juin 2021, le Sénégal réalise sa sixième émission d’obligations souveraines d’un montant de 775 millions d’euros (soit 508 milliards de Fcfa) avec un taux d’intérêt fixe de 5,375 % sur une maturité finale de 16 ans.

2024: Le Sénégal réalise sa 7ème émission d’eurobond (placement privé) en mobilisant 750 millions $ sur le marché international de la dette. L’eurobond, émis en deux tranches (500 millions $ et 250 millions $), est assorti d’un taux d’intérêt de 7,75% et d’une maturité de 7 ans.

Les obligations du Sénégal sont en baisse , sur les marchés internationaux, au lendemain de l’annonce du Premier ministre Ousmane Sonko d’une réduction prochaine des prix de l’électricité et des carburants. Une mesure populaire, mais qui suscite déjà l’inquiétude des investisseurs et du Fonds monétaire international (FMI), en pleine mission à Dakar.

Le chef du gouvernement sénégalais a promis, de « réduire dans les jours à venir les coûts de l’énergie » pour les ménages.

Une décision présentée comme un « soulagement nécessaire » face à la vie chère.

Cependant,cette annonce intervient alors que le pays traverse une période de forte tension sur ses finances publiques, et négocie un nouveau programme d’aide avec le FMI.

En réaction, les eurobonds sénégalais ont chuté : l’emprunt en euros échéance 2028 a perdu près de 2 centimes pour s’établir à 82,9 cents, tandis que celui en dollars à échéance 2033 a reculé de plus d’un centime à 69,3 cents. Des signaux interprétés comme une perte de confiance momentanée des marchés.

Depuis plusieurs mois, le FMI exhorte Dakar à réduire progressivement les subventions énergétiques, qui pèsent lourd sur le budget. Le gouvernement, lui, assure vouloir réorienter les dépenses vers les secteurs productifs sans aggraver la dette.

Le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, a reçu en audience, ce mardi 28 octobre, Mlachila Montfort, Directeur Adjoint du Département Afrique du Fonds Monétaire International (FMI), dans le cadre de la mission de cette institution au Sénégal.

Les échanges ont porté sur la trajectoire économique du pays, les perspectives de croissance et la soutenabilité de la dette publique.

Le ministre a souligné « le profil prometteur de la croissance au cours des prochaines années », malgré l’impact temporaire de l’ajustement budgétaire lié à l’élimination des dépenses publiques non productives durant la période 2025-2026. Il a indiqué qu’à moyen terme, le Sénégal devrait enregistrer « une croissance économique vigoureuse » grâce à la mise en œuvre de la Vision Sénégal 2050, en s’appuyant sur les performances historiques du pays comme fondement ».

Les discussions ont également porté sur la dette publique, que le ministre a qualifiée de « soutenable au regard des paramètres reconnus d’analyse de sa dynamique ». M. Sarr a invité le FMI à apprécier la situation du Sénégal au-delà des schémas officiels appliqués aux pays à faible revenu, en tenant compte de ses « spécificités structurelles ». Parmi celles-ci, il a cité l’appartenance à une union monétaire, le poids des transferts des migrants comme source d’approvisionnement en devises et l’accès aux marchés financiers internationaux. Selon lui, « sous ces rapports, les dynamiques sénégalaises demeurent positives ».

Le ministre a réaffirmé la volonté du gouvernement de finaliser un nouveau programme avec le FMI, après plusieurs mois de discussions, soulignant « le rôle catalytique que doit jouer cette institution pour accélérer le processus ». Cette collaboration, a-t-il insisté, vise à renforcer la stabilité macroéconomique du pays, à consolider les réformes budgétaires et à créer les conditions d’une croissance inclusive et durable.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du partenariat continu entre le Sénégal et le FMI, marqué par une concertation régulière sur les orientations économiques nationales et les réformes structurelles à venir.

Mais l’annonce de M. Sonko, en pleine visite des représentants du Fonds, a surpris plus d’un observateur. Le FMI voulait voir un ajustement explicite des tarifs pour rendre le système plus soutenable. 

Le ratio dette/PIB du Sénégal dépasse désormais les 130 %, après la découverte de dettes non déclarées par l’ancienne administration. Le pays cherche à obtenir une dérogation du FMI pour avoir un nouveau programme après la suspension de son ancien programme de 1,8 milliard de dollars, au début de cette année.

Début octobre, les autorités ont reconnu avoir revu à la hausse leurs projections de service de la dette de plus de 3200 milliards de francs CFA (5,66 milliards $).

Pour 2026, la projection s’élève à environ 5490 milliards de CFA contre une estimation antérieure inférieure.

Sur le plan politique, cette baisse annoncée des prix de l’énergie pourrait apaiser une partie du mécontentement social. Mais elle place le gouvernement face à un dilemme : répondre à la demande populaire sans compromettre les équilibres macroéconomiques.

Pour Dakar, la priorité sera désormais de convaincre ses partenaires internationaux que justice sociale et discipline budgétaire peuvent aller de pair.

Cette annonce, perçue comme une mesure de soutien au pouvoir d’achat, a ravivé les inquiétudes des investisseurs .

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