Xi exhorte Poutine à construire un monde « plus juste et plus équitable » face à l’hégémonie américaine

DAKAR, 20 MAI 2026 (JVFE)—Pékin a une fois de plus déroulé le tapis rouge mercredi pour rappeler à tous que, sur l’échiquier géopolitique actuel, tous les chemins mènent à la Chine.

Le président de la Russie Vladimir Putin est accueilli par le président de la Chine Xi Jinping lors d’une cérémonie officielle avant les pourparlers bilatéraux.

Pékin redevient, en quelques jours, l’épicentre de la diplomatie mondiale. Après la visite très médiatisée de Donald Trump entre le 13 et le 15 mai, le président chinois Xi Jinping reçoit à partir de mardi 19 mai Vladimir Poutine pour deux jours d’échanges. Officiellement, les deux dirigeants doivent renforcer leur “coopération stratégique”. Mais dans les faits, cette séquence montre surtout à quel point Moscou a aujourd’hui besoin de Pékin, aussi bien pour soutenir son économie que pour éviter un isolement international quasi-général depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, en 2022.

Le dirigeant du géant asiatique, Xi Jinping, a reçu ce matin son homologue russe, Vladimir Poutine, lors d’une cérémonie quasi identique à celle qu’il avait réservée il y a moins d’une semaine au président américain Donald Trump. Le contexte sous-jacent est cependant bien différent. Alors que la visite de Trump était minutieusement orchestrée pour tenter de dégeler les relations entre les deux plus grandes économies mondiales, celle de Poutine visait à souligner la volonté de la Chine et de la Russie de maintenir une relation étroite, faisant d’elles deux contrepoids à un ordre international dominé, précisément, par les États-Unis.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Chine est devenue le principal partenaire économique de la Russie. Pékin absorbe désormais une part massive des exportations russes, notamment dans le secteur énergétique. La société de recherche spécialisée Enerdata(Nouvelle fenêtre) évoquait ainsi en septembre la signature d’un accord autour du projet de gazoduc Force de Sibérie 2, destiné à relier la Russie à la Chine via la Mongolie.

Ce gazoduc pourrait permettre d’acheminer jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz par an pendant trente ans, tout en augmentant les livraisons déjà assurées par les infrastructures existantes. Les achats chinois de pétrole et de gaz russes permettent à Moscou de continuer à financer son économie et son effort de guerre malgré les sanctions occidentales.

Selon les données du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur(Nouvelle fenêtre) (Crea), la Chine a acheté pour près de 319 milliards de dollars (272 milliards d’euros) de combustibles fossiles russes entre le début de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 et le 15 mai 2026. La Chine est d’ailleurs le premier acheteur de combustibles fossiles russes devant l’Union européenne et l’Inde, selon un graphique du Crea. Dans un article publié par The Guardian(Nouvelle fenêtre), le chercheur Joseph Webster ajoute que Pékin pourrait chercher à sécuriser encore davantage ses approvisionnements énergétiques auprès de Moscou, notamment en vue d’un potentiel conflit autour de Taïwan.

Les deux dirigeants ont affiché une unité totale. Xi Jinping a appelé à construire un système de gouvernance mondiale « juste et raisonnable » aux côtés de Moscou.

Le président russe Vladimir Poutine a rencontré le président chinois Xi Jinping pour réaffirmer le caractère « inébranlable » de l’alliance sino-russe. Cette rencontre au sommet intervient dans un contexte diplomatique intense, quelques jours seulement après un déplacement de Donald Trump en Chine. 

Pour la Chine, cette visite est importante, mais pas vitale. Quelques jours avant l’arrivée de Vladimir Poutine, Xi Jinping recevait déjà Donald Trump pour un sommet consacré notamment au commerce, à Taïwan et aux tensions au Moyen-Orient. Cette séquence diplomatique illustre bien la position particulière de Pékin, capable de dialoguer successivement avec les Etats-Unis et la Russie.

Contrairement à la Russie, la Chine conserve davantage de marges de manœuvre diplomatiques, commerciales et stratégiques à l’échelle mondiale. Dans une analyse publiée le 2 octobre 2025(Nouvelle fenêtre), l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne souligne le caractère “profondément asymétrique” de la relation économique entre Moscou et Pékin, la Russie devenant “de plus en plus dépendante” de la Chine. L’institut ajoute qu’“en retour, la Chine a tiré parti de l’asymétrie de cette relation en utilisant la Russie comme marché pour absorber ses exportations”

Vladimir Poutine a salué un niveau de coopération « sans précédent ». Toutefois, les analystes soulignent une relation profondément asymétrique, Moscou dépendant de plus en plus de Pékin pour contourner les sanctions occidentales.

  • Dossier énergétique au point mort : Malgré l’affichage de leur proximité, les discussions n’ont pas permis d’avancées majeures immédiates sur les grands projets énergétiques d’approvisionnement, à l’instar du projet de gazoduc Power of Siberia 2 qui reste stratégique mais complexe à finaliser.
  • Guerre en Ukraine : La Chine maintient sa position ambiguë. Elle n’a toujours pas condamné l’offensive russe et reste soupçonnée par les Occidentaux d’apporter un soutien indirect mais crucial à l’économie de guerre de Moscou. 

La Chine et la Russie ont réaffirmé leur volonté commune de restructurer l’ordre mondial pour contrer la domination occidentale. Lors de leurs récents sommets diplomatiques à Pékin et à Astana, Xi Jinping et Vladimir Poutine ont signé une déclaration conjointe pour consolider l’axe sino-russe, appelant à un monde multipolaire et rejetant ce qu’ils qualifient d’hégémonisme américain. 

Cet appel à un équilibre mondial redéfini s’articule autour de plusieurs axes majeurs :

 Pékin et Moscou soutiennent la construction d’un système de gouvernance mondiale plus juste et équitable, souvent incarné par des institutions concurrentes ou parallèles aux instances occidentales (telles que l’Organisation de coopération de Shanghaï et les BRICS).

Les deux dirigeants dénoncent régulièrement la coercition et les sanctions imposées par les États-Unis, utilisant cette rhétorique pour rallier les pays du Sud global.

Si la Russie trouve en la Chine un débouché vital pour ses hydrocarbures et un soutien diplomatique dans le contexte de la guerre en Ukraine, Pékin s’assure un partenaire stratégique de premier plan pour sécuriser ses approvisionnements et faire face aux pressions occidentales. 

Le président russe est arrivé mardi soir à Pékin pour son 25e voyage dans la capitale asiatique, quatre jours seulement après le départ de Donald Trump. Cette série de visites diplomatiques renforce l’image que la Chine souhaite projeter : celle d’une puissance capable

d’imposer son rythme et de dialoguer avec tous les acteurs clés d’un monde de plus en plus fragmenté.

La cérémonie d’accueil qui s’est tenue ce matin aux portes du Palais de l’Assemblée du Peuple, l’édifice colossal réservé aux grands événements politiques et situé à l’ouest de la place Tiananmen, a respecté le protocole chinois dans son intégralité : tapis rouge, garde d’honneur, salve de 21 coups de canon et enfants agitant les drapeaux des deux pays. L’orchestre militaire a interprété « Les Nuits de Moscou », un classique soviétique à forte charge symbolique, tandis que Vladimir Poutine saluait les écoliers. Les deux dirigeants se sont ensuite entretenus à huis clos pour aborder des questions plus sensibles, avant de tenir une réunion plus large avec leurs délégations respectives.

Dès le début, Xi Jinping a donné le ton, tant politique que personnel, de la rencontre en qualifiant Poutine de « cher ami ». Il a rencontré Poutine plus de 40 fois depuis son accession à la présidence en 2012. Bien que, lors de ses entretiens avec Trump la semaine dernière, le Républicain ait couvert Xi d’éloges – et ait insisté à plusieurs reprises sur leur amitié –, le dirigeant chinois n’a fait aucune mention de ce lien. Avec Poutine, en revanche, il a souligné : « Nous avons cultivé une relation étroite qui a contribué à forger les liens profonds et fructueux entre la Chine et la Russie. »

Il a également déclaré que les relations bilatérales étaient entrées dans une phase de développement « plus proactive et accélérée » et a appelé à saisir « l’opportunité historique » d’élargir la base de confiance entre les deux pays, d’élever la qualité de la coopération et d’étendre le chemin de l’amitié, selon la chaîne de télévision d’État CCTV.

Poutine, qui a remercié Pékin pour son « accueil chaleureux » et son hospitalité, a répondu par une formule soigneusement choisie, destinée à souligner sa proximité personnelle avec son hôte, citant le proverbe chinois : « Un jour sans se voir, c’est comme trois automnes . » Il a ensuite orienté son discours vers le domaine politique : la relation bilatérale, a-t-il affirmé, est à un niveau « sans précédent » et a conservé un « élan soutenu » malgré des « facteurs extérieurs défavorables ».

Par ailleurs, il a souligné que le partenariat global entre Moscou et Pékin repose sur les principes d’égalité et d’amitié, et que l’objectif de cette relation est le bien-être et la prospérité des deux peuples. Poutine a invité Xi à se rendre en Russie l’année prochaine, témoignant ainsi de la continuité d’une relation que les deux gouvernements qualifient de mature et stable.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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