DAKAR, 29 MAI 2026 (JVFE)–La Guinée-Bissau est entrée dans une nouvelle période d’incertitude politique après le coup d’État militaire du 26 novembre 2025, qui a renversé le président Umaro Sissoco Embaló au lendemain d’une élection présidentielle contestée. Depuis, les militaires au pouvoir tentent d’imposer une transition politique présentée comme « provisoire », tandis que la communauté internationale réclame un retour rapide à l’ordre constitutionnel.
Un putsch au lendemain d’une présidentielle disputée
Des figures de l’opposition ont affirmé que le scrutin avait été remporté par Fernando Dias da Costa et ont accusé Embaló d’avoir orchestré ce coup de force pour éviter de reconnaître sa défaite. Le gouvernement de transition a toutefois fait savoir qu’Embaló serait autorisé à se présenter aux prochaines élections.
En Guinée-Bissau, le coup d’État militaire a ouvert une nouvelle phase de transition politique dirigée par les forces armées.
Des militaires ont annoncé avoir pris le « contrôle total » du pays après des violences à Bissau, alors que les résultats de l’élection présidentielle étaient attendus. Le président Umaro Sissoco Embaló a été arrêté puis exfiltré vers le Sénégal avec l’appui de la CEDEAO.
Le coup d’État intervient dans un contexte particulièrement tendu. Trois jours après l’élection présidentielle du 23 novembre 2025, alors que les résultats officiels n’avaient pas encore été publiés, des tirs ont éclaté dans plusieurs quartiers stratégiques de Bissau, la capitale. Des soldats ont rapidement pris le contrôle du palais présidentiel, du ministère de l’Intérieur et des accès à la Commission électorale nationale.
Le président Umaro Sissoco Embaló a annoncé lui-même avoir été arrêté par des militaires dirigés par le brigadier-général Dinis Incanha. Quelques heures plus tard, des officiers supérieurs déclaraient à la télévision nationale avoir pris le « contrôle total » du pays et suspendu le processus électoral.
Les putschistes ont créé le « Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public », dirigé d’abord par le brigadier-général Dinis Incanha, avant l’investiture du général Horta Inta-A Na Man comme président de transition pour une durée annoncée d’un an.
La transition s’est rapidement structurée autour :
- d’un gouvernement provisoire dirigé par Ilídio Vieira Té ;
- d’un Conseil national de transition ;
- d’une promesse d’élections présidentielle et législatives prévues pour décembre 2026.
Les nouvelles autorités affirment vouloir :
- restaurer la stabilité institutionnelle ;
- lutter contre la corruption et le narcotrafic ;
- réorganiser le processus électoral.
Cependant, cette transition reste très contestée. Plusieurs opposants et observateurs internationaux soupçonnent une manipulation politique autour du scrutin de novembre 2025. Des accusations évoquent soit un véritable coup d’État, soit une opération destinée à bloquer la proclamation des résultats électoraux.
Une transition dirigée par les militaires
Le 27 novembre 2025, le général Horta Inta-A Na Man a été investi président de la transition pour une durée officiellement fixée à un an. Les nouvelles autorités ont promis des élections générales avant la fin de l’année 2026 et annoncé la formation d’un gouvernement de transition dirigé par Ilídio Vieira Té.
Dans les jours suivants, les militaires ont progressivement consolidé leur pouvoir : fermeture temporaire des frontières, couvre-feu nocturne, restrictions sur les manifestations publiques et suspension du processus électoral. Une Charte de transition a également été adoptée afin d’encadrer le fonctionnement des institutions provisoires.
La junte affirme vouloir « restaurer la stabilité », lutter contre la corruption et mettre fin aux réseaux de narcotrafic qui fragilisent depuis des années ce petit État ouest-africain. Les autorités militaires assurent également vouloir réformer l’administration électorale avant tout nouveau scrutin.
Le Conseil national de transition (CNT) a approuvé une loi sur la “diffusion de fausse information sur Internet”, une mesure critiquée par les défenseurs des droits de l’homme comme étant une stratégie d’intimidation.
Les principaux partis d’opposition ont appelé au dialogue avec la junte militaire pour tenter de sortir de l’impasse constitutionnelle et rétablir l’ordre civil.
Une crise politique aux nombreuses zones d’ombre
Mais derrière le discours officiel, les interrogations demeurent nombreuses. Plusieurs responsables politiques de l’opposition ainsi que des organisations de la société civile accusent le pouvoir déchu et certains responsables militaires d’avoir orchestré une « fausse tentative de coup d’État » afin d’empêcher la publication de résultats électoraux défavorables au président Embaló.
Selon la Commission électorale nationale, des hommes armés auraient détruit une partie importante des procès-verbaux et du matériel informatique destiné à la centralisation des résultats du scrutin. Cette situation a rendu impossible la proclamation officielle des résultats.
Le climat politique reste particulièrement tendu. Plusieurs figures de l’opposition ont été arrêtées ou placées sous surveillance après le coup d’État, tandis que des manifestations dénonçant la confiscation du processus démocratique ont été dispersées par les forces de sécurité.
La CEDEAO face à un nouveau défi régional
Le coup d’État bissau-guinéen a provoqué une vive réaction de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), déjà confrontée à des transitions militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Dès le lendemain du putsch, l’organisation régionale a suspendu la Guinée-Bissau de ses instances et condamné « une grave violation de l’ordre constitutionnel ».
La réaction internationale a été rapide :
- la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a suspendu la Guinée-Bissau de ses instances ;
- l’Union africaine et l’Organisation des Nations unies ont condamné la rupture de l’ordre constitutionnel ;
- plusieurs partenaires occidentaux ont appelé à un retour rapide à un pouvoir civil élu.
Cette transition place désormais la Guinée-Bissau dans une situation comparable à celle d’autres États ouest-africains ayant connu des juntes militaires depuis 2020, comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger
Une mission de médiation conduite par le président sierra-léonais Julius Maada Bio s’est rendue à Bissau début décembre afin de tenter d’ouvrir un dialogue entre les autorités militaires et les forces politiques civiles. La CEDEAO a exigé la publication des résultats électoraux et la libération des détenus politiques.
En décembre 2025, l’organisation ouest-africaine a rejeté le calendrier de transition proposé par les militaires et menacé d’imposer des sanctions ciblées contre les responsables accusés d’entraver le retour à l’ordre constitutionnel.
Toutefois, les discussions se poursuivent. En février 2026, la CEDEAO a salué certaines mesures d’ouverture prises par les autorités de transition, notamment l’intégration de représentants de l’opposition au Conseil national de transition et la promesse d’organiser des élections en décembre 2026.
Une démocratie fragilisée par l’instabilité chronique
Depuis son indépendance du Portugal en 1974, la Guinée-Bissau reste l’un des pays les plus instables d’Afrique de l’Ouest. Coups d’État, assassinats politiques, rivalités militaires et crises institutionnelles rythment régulièrement la vie politique nationale.
Le pays souffre également d’une grande fragilité économique et institutionnelle. Son territoire est devenu au fil des années une importante plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe, alimentant corruption et luttes d’influence au sein des élites politico-militaires.
Pour de nombreux analystes, la transition actuelle représente donc un test crucial. Si elle débouche sur des élections crédibles et inclusives, elle pourrait permettre au pays de renouer avec une relative stabilité. Mais si les militaires prolongent leur maintien au pouvoir ou verrouillent le processus politique, la Guinée-Bissau risque de s’enfoncer davantage dans une crise durable.
Une année décisive
À Bissau, la population observe avec prudence les développements politiques. Entre lassitude face aux crises répétées et espoir d’un retour à la stabilité, beaucoup redoutent une nouvelle dérive autoritaire.
Le calendrier annoncé prévoit des élections présidentielle et législatives en décembre 2026. Mais leur tenue effective dépendra de plusieurs facteurs : la capacité des autorités militaires à dialoguer avec l’opposition, l’implication de la CEDEAO et la pression exercée par les partenaires internationaux.
Le calendrier de transition prévoit la tenue de nouvelles élections présidentielles et législatives pour le 6 décembre 2026.
La CEDEAO et l’Union africaine maintiennent la pression et exigent un retour rapide à l’ordre constitutionnel, certains acteurs régionaux ayant même réclamé des sanctions ciblées contre les membres du pouvoir de transition.
Le calendrier électoral fixe effectivement les scrutins présidentiels et législatifs au 6 décembre 2026. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) surveillent de près ce processus pour garantir le respect des échéances.
- Pression régionale : Sanctions ciblées brandies contre les dirigeants.
- Exigence clé : Retour strict à l’ordre constitutionnel.
- Défi majeur : Respecter le calendrier face aux défis sécuritaires et logistiques.
- Sécurité : Stabiliser le territoire avant la tenue des votes.
Enjeux de la transition en 2026
La transition actuelle, dirigée par le général de transition Horta N’Tam, a toutefois fixé les élections présidentielle et législatives au 6 décembre 2026. Cette feuille de route vise à répondre aux exigences de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui maintient une pression constante pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel.
La situation évolue selon les axes suivants :
- Gouvernement inclusif : Sous l’impulsion des médiateurs, la junte a amorcé des mesures d’apaisement en intégrant des représentants de l’opposition au sein des instances de transition.
- Contrôle sous régional : La CEDEAO, qui avait initialement suspendu le pays, suit de près ces avancées visant la formation d’un gouvernement ouvert. [1, 2]
- Scrutins cruciaux : Les prochaines élections générales sont prévues pour le 6 décembre 2026, date fixée par décret présidentiel.
Pour l’heure, la Guinée-Bissau demeure suspendue à une transition fragile, dans une région ouest-africaine déjà profondément secouée par la multiplication des régimes militaires.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
