Chronique d’une répression annoncée : le prix fort de la parole libre au Mali, Ras Bath et Rokia Doumbia condamnés à 10 ans de réclusion criminelle, dont 3 ans avec sursis

DAKAR, 18 AOUT 2026 (JVFE)—Le chroniqueur Ras Bath et l’influenceuse Rokia Doumbia ont bien été condamnés à 10 ans de réclusion criminelle, dont 3 ans avec sursis, ce lundi 17 août 2026 par la Cour d’appel de Bamako. Cela équivaut à une peine de 7 ans de prison ferme.

La condamnation de Ras Bath et Rokia Doumbia à dix ans de réclusion criminelle, dont sept ans ferme, marque un tournant sombre pour la liberté d’expression. Derrière le motif officiel d’« association de malfaiteurs », se cache une justice instrumentalisée pour faire taire la contestation sociale.

Le verdict est tombé comme un couperet le 17 août 2026 à la Cour d’appel de Bamako. Le célèbre chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et l’activiste Rokia Doumbia écopent d’une peine d’une sévérité inédite. Dix ans de réclusion, dont trois avec sursis. Une sentence disproportionnée qui envoie un signal glacial à toute la société civile malienne.

La chambre criminelle a reconnu coupables Mohamed Youssouf Bathily (dit Ras Bath) et Rokia Doumbia (surnommée « Rose la vie chère » ou « Rose Poivron ») pour

  • Association de malfaiteurs.
  • Atteinte au crédit de l’État par le biais des technologies de l’information (TIC).

En plus de la peine de prison, ils doivent payer chacun une amende de 240 000 FCFA. Le verdict suit fidèlement les demandes formulées par le procureur.

Pour rappel, Les poursuites découlent d’une émission animée en 2023 par Ras Bath. Rokia Doumbia y avait participé pour dénoncer la flambée des prix des aliments et les difficultés économiques des Maliens. Pour la junte militaire au pouvoir, ces déclarations répétées visaient à discréditer les autorités et à provoquer des troubles.

Quel est le véritable crime de Rokia Doumbia ? Avoir dénoncé la vie chère et la faim qui tenaille les ménages maliens. Quel est celui de Ras Bath ? Avoir offert un micro à cette détresse. En qualifiant ces alertes citoyennes d’« atteinte au crédit de l’État » et d’« association de malfaiteurs », le pouvoir de transition franchit un cap dangereux. Il transforme des préoccupations légitimes de subsistance en complot contre la sûreté nationale.

Cette décision de justice criminalise le débat public. Elle punit l’audace de rappeler que la fierté nationale ne remplit pas les assiettes vides.

Pendant les audiences, les deux accusés ont fermement nié les faits :

  • Rokia Doumbia a rappelé qu’elle agissait comme simple commerçante pour alerter sur la pauvreté, sans ambition politique.
  • Ras Bath a défendu son rôle de journaliste et l’intérêt public de ses interventions.

Temps déjà passé en prison

Les deux figures de la société civile sont enfermées depuis mars 2023 dans des dossiers d’abord distincts. Selon les lois du pays, la période qu’ils ont déjà passée en détention provisoire sera déduite de leurs 7 années de prison ferme.

L’illusion d’une justice indépendante

Le déroulement du procès laisse un goût amer. Malgré les arguments de la défense et l’absence de preuves tangibles d’un complot visant à déstabiliser le pays, la Cour a suivi aveuglément les réquisitions du parquet. La rapidité et la dureté de la sentence confirment ce que les observateurs redoutaient : le pouvoir judiciaire semble s’être transformé en bras armé de la junte pour neutraliser les voix dissonantes.

Ras Bath a rappelé son rôle de journaliste. Rokia Doumbia a clamé son statut de simple commerçante sans ambition politique. Leurs voix ont été étouffées sous le poids d’une interprétation abusive des lois sur les technologies de l’information.

Un climat de peur généralisé

Cette condamnation ne vise pas seulement deux individus. Elle cherche à imposer un silence de plomb sur tout le Mali. En frappant fort des figures ultra-populaires, les autorités envoient un message clair à chaque citoyen, influenceur ou journaliste : toute critique, même liée au quotidien des Maliens, expose à des années de prison.

Le pourvoi en cassation annoncé par les avocats devant la Cour suprême reste le dernier rempart légal. Mais dans le contexte politique actuel, l’espoir d’une réformation du verdict reste mince. Le Mali officiel célèbre sa souveraineté, mais cette souveraineté se construit aujourd’hui au détriment des libertés fondamentales de ses propres enfants.

Les prochaines étapes

Les avocats de la défense contestent vigoureusement la décision, qu’ils estiment purement politique. Ils ont annoncé leur intention de déposer immédiatement un pourvoi en cassation devant la Cour suprême du Mali pour tenter de faire annuler ce jugement.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE.

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