États-Unis : l’inflation « trop élevée » pousse la Fed à relever ses taux d’intérêt

DAKAR, 17 Septembre 2026 (JVFE)—La Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé mercredi ses taux d’intérêt pour calmer l’inflation, une mesure à l’opposé de ce qu’attendait Donald Trump en nommant Kevin Warsh à sa tête.

La Banque centrale n’avait plus augmenté ses taux directeurs, qui guident les coûts d’emprunt, depuis l’été 2023.  

Ils ont été rehaussés – à l’unanimité – d’un quart de point pour atteindre une fourchette comprise entre 3,75 % et 4 %.

La Réserve fédérale américaine (Fed) a effectivement marqué un tournant historique mercredi 16 septembre 2026 en augmentant son taux d’intérêt de référence de 25 points de base, le portant à une fourchette de 3,75 % à 4 %.

Cette décision, votée à l’unanimité, constitue la première hausse des taux directeurs de l’institution depuis juillet 2023. Elle intervient dans un contexte de tensions économiques accrues, notamment en raison d’une inflation persistante qui a atteint 3,7 % en juillet (selon l’indice PCE), exacerbée par la récente flambée des prix des carburants liée à la crise énergétique au Moyen-Orient.

Une épreuve d’indépendance face à Donald Trump

Cette mesure illustre une démonstration d’indépendance de la part du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh. Nommé par Donald Trump plus tôt cette année, ce dernier espérait publiquement une baisse rapide des taux (réclamant un niveau à « 1 % ou moins ») pour stimuler la croissance économique.

En conférence de presse, Kevin Warsh a fermement défendu la décision en affirmant que l’inflation est « trop élevée, depuis trop longtemps ». Il a également rappelé que la Fed devait « rester dans son couloir » de la politique monétaire, indépendamment des pressions politiques et de la proximité des élections de mi-mandat (midterms) prévues pour novembre.

Perspectives pour la fin de l’année 2026

La Fed ne compte pas s’arrêter là. Selon les projections trimestrielles actualisées des banquiers centraux :

  • Une autre hausse d’ici fin 2026 est jugée probable par une majorité de responsables, ce qui amènerait les taux dans une fourchette de 4 % à 4,25 % d’ici la fin de l’année.

Aucune baisse significative n’est envisagée à court terme, les projections n’anticipant pas de redescente notable des taux avant 2028 au mieux

La décision n’a, sans surprise, pas réjoui le président américain.  

Donald Trump a réclamé que les taux d’intérêt baissent « RAPIDEMENT », dans un message sur sa plateforme Truth Social. Il les voudrait à « 1 %, ou moins ».

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DE LA PAGE TRUTH SOCIAL DE DONALD TRUMP

Il a aussi accusé le conseil de la Fed, qu’il juge « hostile », d’avoir relevé les taux pour des « raisons politiques » et pour lui « nuire autant que possible ».

Il s’est néanmoins gardé d’attaquer personnellement Kevin Warsh qu’il a lui-même désigné cette année, après avoir agoni d’injures le précédent patron de la Fe Jerome Powell.

L’inflation est « trop élevée, depuis trop longtemps », a justifié M. Warsh en conférence de presse.  

La Fed vise une inflation limitée à 2 %, un objectif manqué depuis plus de cinq ans.  

Les prix ont encore progressé de 3,7 % sur un an en juillet aux États-Unis, selon l’indice PCE de référence. Or, depuis, l’essence s’est fortement renchérie.

Pour couper les ailes de l’inflation, la Réserve fédérale estime qu’une autre hausse de ses taux d’intérêt sera sans doute nécessaire d’ici à la fin de l’année.

Ce n’est pas une prise de position officielle, mais cette perspective ressort des nouvelles projections économiques de la banque centrale.

Selon une médiane de ces projections anonymisées, les taux directeurs s’établiront entre 4 % et 4,25 % fin 2026, soit un cran plus haut que le niveau annoncé mercredi.

Seules deux réunions sont programmées dans l’intervalle, fin octobre et début décembre.

Les taux ne redescendraient pas avant 2028, au mieux, selon ces mêmes projections.

Kevin Warsh a été encore une fois le seul banquier central américain à ne pas se plier à l’exercice des prévisions, qu’il juge hasardeux voire contre-productif.

Les marchés financiers ont en tout cas conclu de la lecture du document que la Fed resterait ferme plus longtemps qu’ils ne l’avaient imaginé.

Wall Street a terminé en baisse car, si les investisseurs n’aiment pas l’inflation qui grignote leurs gains, ils n’apprécient pas non plus l’austérité.

Des écrans diffusent une conférence de presse de Kevin Warsh, président de la Fed, dans la salle des marchés de la Bourse de New York, le 16 septembre 2026.

Un relèvement des taux vise à refroidir l’économie : il est davantage coûteux de s’endetter et investir, ce qui tempère la demande pour certains biens et services.

Cela ne réglera pas les tensions liées à la crise énergétique dans le Golfe, déclenchée par la guerre au Moyen-Orient, mais évitera en théorie que d’autres secteurs surchauffent.

Les investisseurs étaient arrivés à la conclusion que, pour rester crédible, Kevin Warsh n’avait d’autre choix que de décevoir Donald Trump, qui n’a jamais caché attendre de lui une politique accommodante.

Le pouvoir d’achat sous pression des Américains est au cœur de la campagne en vue des prochaines élections législatives nationales (les « midterms »), début novembre aux États-Unis.

Le conseiller économique du président Kevin Hassett avait lancé une forme de mise en garde dimanche en jugeant « important que la Fed ne touche à rien avant une élection afin de préserver son indépendance ».

La Maison-Blanche avait aussi suggéré ces dernières semaines que la Fed était peuplée d’éléments « antipatriotes » qui pourraient chercher à forcer la main de Kevin Warsh.

Interrogé sur l’indépendance de l’institution vis-à-vis du pouvoir, M. Warsh a affirmé que la Fed devait rester « dans son couloir », celui de la politique monétaire.

« Nous laissons ceux qui décident de la politique commerciale et budgétaire rester aussi dans leur couloir », a-t-il ajouté.

Pour Diane Swonk, économiste au cabinet KPMG, le vote unanime de mercredi représente « une démonstration importante d’indépendance de la Fed ».

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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