DAKAR, 04 MARS 2026(JVFE)-L’Iran est en proie à une vague de représailles suite à l’assassinat du chef religieux chiite et guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, lors d’une opération conjointe israélienne et américaine. Téhéran a attaqué plusieurs villes de pays arabes du Moyen-Orient et des bases militaires américaines.
Parfois, des missiles et des drones frappent la ville scintillante. Parfois, des avions de chasse ennemis sont détruits. Tout le Moyen-Orient est ravagé par la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Ce conflit sanglant entre les deux camps commence déjà à peser lourdement sur l’économie indienne. Les prix du pétrole s’envolent. La bourse s’est effondrée. Inutile de préciser que l’inquiétude est palpable à New Delhi face à cette situation préoccupante.

Le prix du pétrole brut augmente depuis le début de la guerre en Iran. En effet, la majeure partie de la production mondiale de pétrole est exportée par les pays arabes d’Asie occidentale. Il va sans dire qu’il leur devient difficile de produire et d’approvisionner leur marché en situation de conflit. Selon un rapport du média américain Bloomberg, si cette situation perdure, le prix du pétrole brut pourrait augmenter jusqu’à 20 %. Consciente des répercussions sur l’économie indienne, New Delhi recherche des débouchés alternatifs pour son pétrole.
Le 28 février dernier, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive conjointe contre l’Iran, déclenchant une guerre. Deux jours plus tard (le 2 mars), le prix du Brent a bondi de 7 %, atteignant ainsi 82,37 dollars le baril, son plus haut niveau depuis janvier 2025. Les analystes financiers Ziad Daoud et Dina Esfandiari ont indiqué dans Bloomberg que le prix du pétrole pourrait grimper jusqu’à 108 dollars le baril.
Une question agite d’ailleurs les instances dirigeantes du gouvernement indien : combien de temps ce conflit va-t-il durer ?
Le président américain Donald Trump s’est exprimé publiquement à ce sujet. Il affirme que l’armée américaine mettra fin à toutes ses opérations d’ici quelques semaines. De plus, il prétend que le centre de gravité du pouvoir en Iran pourrait également être modifié durant cette période. Mais la chose est-elle si simple ? Les analystes de la défense estiment que Téhéran a la capacité de mener une guerre prolongée.
Israël, allié des États-Unis dans l’offensive contre l’Iran, pressent que cette prédiction des analystes va se réaliser. Par conséquent, contrairement à Trump, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas cédé à l’illusion, mais s’est montré très prudent dans ses déclarations. Il a affirmé : « Nos attaques contre l’Iran se poursuivront jusqu’à la destruction complète de la République islamique, qui soutient le terrorisme. Nous poursuivrons la guerre aussi longtemps que nécessaire. » Il a également réaffirmé le soutien indéfectible des États-Unis à Tel-Aviv dans ce conflit.

Des officiers militaires à la retraite de ce pays affirment que la durée de la guerre dépendra principalement de deux facteurs. Premièrement, l’arsenal iranien. Il est fort probable que cet arsenal soit mis à rude épreuve au fil du conflit. Or, si Téhéran parvient à fournir à l’armée des armes sophistiquées, des munitions et du matériel grâce à l’aide de pays alliés comme la Russie ou la Chine, la situation pourrait devenir dramatique. Deuxièmement, la volonté des anciens dirigeants politiques et militaires iraniens de poursuivre le combat.
Emmanuel Macron a fait plusieurs annonces, ce mardi 3 mars, face à l’escalade au Moyen-Orient : envoi du porte-avions Charles de Gaulle, renforts militaires, vols de rapatriement pour les Français et renforcement du dispositif Sentinelle sur le territoire national.
En janvier dernier, l’organisme d’études « Global Firepower Index » a publié un classement de 145 pays selon leur puissance militaire. Les États-Unis y occupent la première place. L’Iran et Israël, en conflit, se classent respectivement aux 16e et 15e rangs. Autrement dit, les forces israéliennes et perses se situent aux 19e et 20e rangs en termes de capacité militaire. Fait significatif, Téhéran possède la plus importante flotte de missiles balistiques parmi les pays du Moyen-Orient. Plusieurs d’entre eux sont de type hypersonique.
Emmanuel Macron a pris la parole ce mardi 3 mars pour s’adresser aux Français en pleine crise au Moyen-Orient. Dès les premières minutes de son allocution, le chef de l’État a rappelé que “sa responsabilité était d’agir pour protéger” la France, “garantir la sécurité” des ressortissants français présents sur place et de “défendre l’intérêt national”.

Voici les points clés de son allocution :
- Renforcement militaire : Le chef de l’État a ordonné le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale et l’envoi de moyens de défense anti-aérienne supplémentaires à Chypre.
- Sécurité intérieure : Le dispositif Sentinelle sera renforcé sur le territoire national pour prévenir tout risque de répercussion du conflit en France.
- Rapatriements : Des opérations de retour pour les Français souhaitant quitter la zone de conflit ont été annoncées.
- Responsabilités : Emmanuel Macron a désigné l’Iran comme ayant la « responsabilité première » du déclenchement des hostilités, tout en mettant en garde contre une opération terrestre au Liban, qualifiée d’« erreur stratégique ».
La situation se tend chaque heure un peu plus depuis le début de la guerre ce samedi 28 février. Les frappes menées par Israël et les États-Unis continuent de viser l’Iran et le Liban, tandis que Téhéran riposte en touchant des villes de pays voisins comme Doha, Abou Dhabi ou encore Dubaï.
Le risque d’une escalade régionale inquiète d’ailleurs de plus en plus la communauté internationale. Pour répondre aux menaces, la France a annoncé, ce mardi, le déploiement de systèmes antimissiles et anti-drones à Chypre, après l’attaque d’une base britannique par l’Iran.
D’un côté, les États-Unis et Israël. De l’autre, l’Iran. L’Asie occidentale est en proie à un conflit direct entre ces deux camps. Les pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et Bahreïn, sont déjà impliqués dans la guerre. De plus, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne semblent également s’en mêler. Quel impact cela aura-t-il sur l’Inde ? Le gouvernement de Narendra Modi a entrepris une analyse approfondie de la situation.
Actuellement, l’Inde importe 82 % de son pétrole. Dans ce contexte, si le prix du pétrole brut augmente d’un dollar le baril sur le marché mondial, le coût annuel du secteur concerné pourrait augmenter d’au moins deux milliards de dollars. Il ne fait aucun doute que cela pèsera sur la balance commerciale de New Delhi. Dès lors, le gouvernement Modi se tournera-t-il à nouveau vers le pétrole brut russe de l’Oural comme alternative ? Ou privilégiera-t-il le pétrole brut vénézuélien ? Telle est la question qui se pose.
En raison du conflit, l’Iran a totalement fermé le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman. Cette voie maritime, longue de 167 kilomètres et large de 33 à 39 kilomètres, est l’une des plus fréquentées pour le transport du pétrole. Actuellement, 20 % de l’approvisionnement mondial en hydrocarbures transite par le détroit d’Ormuz. L’Inde y a acheminé 51 % de ses importations de pétrole brut en janvier-février de cette année.

Dans le contexte des tensions avec les forces américaines et israéliennes, Téhéran a pris pour cible trois pétroliers dans le détroit d’Ormuz. L’un d’eux transportait plusieurs ressortissants indiens. Suite à cet incident, la navigation des cargos sur cette route maritime a été quasiment paralysée. Par ailleurs, au moins 200 navires transportant du pétrole brut et du gaz naturel seraient actuellement ancrés dans les eaux d’Ormuz. De ce fait, les coûts de transport et d’assurance explosent.
Dans ce contexte, l’Inde a la possibilité d’opter pour la mer Rouge et le golfe d’Aden comme voies de transit alternatives. À l’instar du détroit d’Ormuz, le détroit de Bab el-Mandeb est également réputé pour son important trafic pétrolier. Cependant, les rebelles houthis pro-palestiniens du Yémen sont déjà engagés dans un conflit aux côtés de l’Iran. De ce fait, ils peuvent bloquer les navires de marchandises dans cette zone. Par conséquent, l’importation de pétrole brut depuis le Moyen-Orient représente un défi croissant pour New Delhi.
Selon le ministère du Pétrole, le gouvernement central dispose actuellement de réserves de pétrole brut pour 74 jours. Par conséquent, même en cas de rupture d’approvisionnement, il est peu probable que les prix de l’essence et du diesel augmentent immédiatement sur le marché intérieur. Cependant, si le conflit se prolonge, la situation pourrait évoluer rapidement. Outre le pétrole brut, l’Inde importe 80 % de son gaz naturel liquéfié des pays arabes du Moyen-Orient. Les 60 % restants transitent par le détroit d’Ormuz.

Ainsi, les analystes affirment que la guerre en Iran est susceptible d’affecter fortement la population indienne. Ce conflit pourrait entraîner une hausse du prix du gaz de cuisine supérieure à celle de l’essence et du diesel. Par ailleurs, la plus grande institution financière privée du pays, HDFC Bank, a mis en garde contre cette situation. Elle estime qu’une augmentation à court terme des prix du pétrole exercera une pression à la baisse sur la roupie indienne, ce qui pourrait creuser considérablement le déficit budgétaire.

Le déficit devrait s’établir à 1 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026-2027. Toutefois, si le prix du pétrole brut continue d’augmenter pour atteindre 10 dollars le baril, cette situation évoluera considérablement. Dans ce cas, toutes choses égales par ailleurs, le déficit budgétaire pourrait se creuser de 40 à 50 points de base. Cela pourrait freiner la croissance économique, selon la banque HDFC.
L’indice d’inflation de détail du pays pourrait de nouveau augmenter en raison de la hausse des prix du pétrole liée au conflit iranien. Actuellement, la Banque de réserve de l’Inde (RBI) est parvenue à le contenir. En juin dernier (2025), l’inflation à la consommation a chuté à 2,1 %. En octobre, elle a encore diminué pour atteindre 0,25 %, un niveau historiquement bas. Cependant, en janvier de cette année, l’indice a légèrement progressé, s’établissant alors à 2,75 %.
La population a été soulagée par la poursuite du recul de l’inflation intérieure l’an dernier (2025). Selon le rapport d’enquête économique de la RBI, son indice s’est maintenu en moyenne à 1,8 %. Par ailleurs, le taux de croissance du PIB au premier semestre de l’exercice 2025-2026 a atteint 8 %. La banque centrale s’est fixé pour objectif de contenir l’inflation entre 2 et 6 %. Un conflit au Moyen-Orient pourrait toutefois bouleverser ces prévisions.
Si la balance financière et commerciale du pays est perturbée par la hausse des prix du pétrole, l’Inde sera confrontée à un autre problème. Selon les experts, il sera impossible pour la Banque centrale de baisser son taux directeur ou son taux d’intérêt si l’inflation est en hausse. Dans ce cas, la classe moyenne ne bénéficiera d’aucun allègement de la charge liée aux prêts immobiliers ou automobiles à taux variable. Par ailleurs, ce conflit pourrait entraîner une dépréciation de la roupie par rapport au dollar. Celle-ci oscille actuellement entre 90 et 91.
En raison de la guerre en Iran, l’espace aérien des pays arabes est actuellement fermé. Le transport maritime de marchandises vers Dubaï est également perturbé. Par conséquent, les activités commerciales de l’Inde au Moyen-Orient sont fortement impactées. Les Émirats arabes unis en sont un exemple. Ce pays du Golfe fournit à New Delhi d’importantes quantités d’or et de diamants bruts. Le centre importe chaque année une quantité considérable de ce métal précieux, dont 50 à 60 % proviennent de Dubaï.
Par ailleurs, New Delhi a construit le port de Chabahar, dans le sud de l’Iran, à grands frais. Le port de Haïfa, dans le nord d’Israël, est contrôlé par le groupe Adani. En cas de conflit, ces deux ports pourraient être attaqués, ce qui anéantirait des investissements stratégiques. C’est pourquoi le gouvernement central tente désespérément de les préserver par la voie diplomatique.
Le Premier ministre Modi a tenu une réunion avec les membres du Comité ministériel sur la sécurité au début du conflit au Moyen-Orient. Le ministre des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a été vu en contact avec Israël. Cependant, New Delhi n’a pris aucune position officielle au nom d’aucune des parties. Le gouvernement central a publié une déclaration très prudente. Par ailleurs, il prend des initiatives pour rapatrier les ressortissants indiens bloqués dans les pays arabes.
Selon certaines sources, New Delhi déploie sa marine dans les zones limitrophes du golfe Persique afin de garantir l’approvisionnement en carburant en cas de conflit. Par ailleurs, le gouvernement central a également décidé de fournir une aide humanitaire aux pays en conflit. De plus, l’armée de l’air indienne va rapatrier les ressortissants indiens bloqués dans les pays arabes. En conséquence, l’administration Modi a ordonné aux trois forces armées d’être placées en état d’alerte maximale.
Au début de la guerre, le chef religieux chiite et guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a perdu la vie lors d’une attaque conjointe israélo-américaine. De nombreuses personnes ont participé à des manifestations dans plusieurs États indiens pour protester contre cet événement. Il n’est pas exclu que la colère populaire suscitée par cette tragédie se propage aux ambassades juive et américaine. C’est pourquoi le Centre surveille attentivement cette situation. Le ministère de l’Intérieur a donné pour instruction d’identifier et de sanctionner tout propos provocateur en faveur de Téhéran.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

